AU FIL DES HOMELIES

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ILS NE SONT PAS DU MONDE

Rm 5, 1-15 ; Jn 17, 11 b-19

Vendredi de la sixième semaine de Pâques – A

(29 mai 1981)

Homélie du Frère Michel MORIN

A

 

ujourd'hui, la parole du Seigneur, adressée aux hommes, c'est sa prière adressée à Dieu son Père. Prière pour ses disciples qui comme Lui, sont dans le monde, mais qui, comme Lui, ne sont plus du monde. Qu'est-ce que ce monde ? Ce n'est pas d'abord la création, en tant que telle, dans son harmonie, dans sa beauté, dans ses richesses infinies cette création qui doit, qui aurait dû nous parler clairement du Créateur, sans faute sans erreur. Ce monde, dont parle Jésus, c'est bien cette création, mais non pas telle qu'elle est sortie des mains de Dieu, mais telle que l'homme par son péché l'a façonnée, c'est-à-dire l'a défigurée et l'a brisée, laissant éclater en elle la force du mal, et la conduisant à la mort. Car, c'est par un seul homme, comme le rappelait saint Paul tout à l'heure que "le péché est entré dans le monde," et que la mort, aujourd'hui, y règne.

Dans ce monde de péché, dans ce monde de mort, nous vivons. Nous sommes pétris par cette humanité, marquée par la séparation, par ces craquements de haine, par ces soubresauts de violence, par ce refus de Dieu et de la vie. Car, voyez-vous, le mauvais, c'est, bien sûr, tout ce qui nous attriste au fil des jours, tout ce qui détruit ce que nous ne cessons de construire : notre vie, notre amitié, ce qui est solide, ce qui est beau. Mais bien plus encore et bien plus radicalement, le mauvais qui est entré dans le monde, c'est le refus de Dieu. Et tous ces mots que je viens d'évoquer ne sont que les éclats de cette explosion qui est le refus de Dieu. Ce refus de Dieu dont nous parlons lorsque nous récitons tant de fois le Notre Père : "Délivre-nous du mal !" Nous ne demandons pas à Dieu de nous délivrer d'abord des petits soucis quotidiens, mais surtout de nous éviter cette rupture radicale, fondamentale entre Lui et nous.

Nous sommes dans ce monde, séparés de Dieu, mais parce que baptisés, parce que réconciliés, parce que plongés dans la victoire sur la mort, par la résurrection du Christ, nous ne sommes plus de ce monde. Nous y sommes encore, c'est un constat, et il est vrai, chacun de nous peut le faire pour soi et pour les autres. Mais nous ne sommes plus de ce monde. Nous ne tirons plus nos raisons d'être de ce monde. Notre origine n'est plus de ce monde, mais du monde de Dieu, du royaume de Dieu, ce royaume qui s'est ouvert lorsque le Christ est descendu sur la terre, ce royaume qui reste encore ouvert depuis que le Christ est remonté vers le ciel emmenant avec Lui ses captifs, c'est-à-dire, commençant notre enlèvement de ce monde de péché et de mort.

C'est cela qui a constitué la substance même de l'ultime prière du Christ : "Je ne te demande pas de les enlever du monde, mais de les garder du mauvais."

Pourquoi le Christ demande-t-il à son Père de ne pas nous enlever du monde ? Parce que nous y sommes et parce que nous y avons une mission. Comme Lui, envoyé par le Père pour révéler la lumière et la vie, nous avons à être nous aussi, ces révélateurs du monde nouveau. Et le Christ nous le dit comme aux disciples : "Connaissant cela, votre joie sera complète, votre joie sera parfaite". Or la joie, c'est bien le contraire de la tristesse, et la tristesse, c'est bien ce vêtement derrière lequel se cache ce monde pour ne pas voir la nudité de son péché et de sa vieillesse.

En ces temps où nous célébrons le mystère de la Pâque (la mort de ce monde), la résurrection (notre origine dans l'autre monde), en ce temps où nous célébrons notre ascension déjà commencée dans le cœur du Père, en ces temps où nous attendons la manifestation de l'Esprit, dans notre vie et dans la vie du monde, il nous faut nous revêtir de cette joie, il nous faut être heureux de vivre dans ce monde, comme de vivre au soleil, mais en faisant attention de ne pas nous laisser brûler par le soleil de ce monde. Nous devons être heureux de notre foi en Dieu, sans toujours calculer ce qu'Il va nous donner, ni surtout, ce qu'Il va nous demander, puisque nous ne sommes pas de ce monde. Nous devons être heureux de notre prière quotidienne sans chercher à la préfabriquer, comme on construit ce monde, sans chercher à la construire pour s'y installer, comme nous désirons tant nous installer dans ce monde, mais en laissant ouvertes les portes de notre vie pour laisser entrer le vent de l'Esprit, et nous serons alors bien étonnés.

Nous devons être heureux, maintenant de cette eucharistie, de ce pain de midi, de ce partage de midi que Dieu nous donne, ce pain dans lequel Il va nous partager son amour et sa vie pour nourrir notre chair et notre cœur, pour la guérir, pour la fortifier, pour éloigner de nous toute maladie, tout abcès, tout excès, toute mort à cause du mauvais.

 

AMEN

 
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