AU FIL DES HOMELIES

Photos

PÈRE, GLORIFIE-MOI DE LA GLOIRE QUE J'AVAIS AUPRÈS DE TOI

Rm 5, 1-15 ; Jn 17, 1-11 c

Vendredi de la sixième semaine du temps pascal – B

(21 mai 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

L

 

es deux textes que nous avons entendus nous parlent, l'un et l'autre, de la gloire, et plus particulièrement ce début du chapitre dix-septième de saint Jean que nous allons lire demain et dimanche, et qui est la prière de Jésus avant d'entrer en agonie, avant de se rendre au Jardin des Oliviers pour y être arrêté, pour être jugé, condamné et conduit jusqu'à la croix. Cette prière du Christ, qu'on appelle la prière sacerdotale car il s'y exprime vraiment comme le prêtre qui va offrir ce sacrifice dont il sera lui-même la victime, est une prière par laquelle Jésus demande à son Père de lui donner la gloire. Et il est remarquable que saint Jean mette cette prière du Christ : "Père, glorifie-moi de la gloire que j'avais auprès de Toi avant que ne fût le monde", au moment même où Il va non pas ressusciter, ni monter aux cieux, mais d'abord mourir. Pour saint Jean, la mort du Christ fait déjà partie de sa gloire. La gloire de Jésus commence avec son arrestation, avec des outrages, avec les crachats. C'est déjà la gloire du Christ. Et au moment où Judas, quelques instants auparavant, est sorti de ce dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, pour aller le trahir, Jésus a eu déjà ce cri : "Maintenant, le Fils de l'Homme est glorifié."

Il est très important que nous suivions saint Jean dans cette vision de l'unité profonde de toute la Pâque du Christ. La gloire ce n'est pas seulement une façon un peu superficielle comme nous le penserions facilement selon le vocabulaire actuel, la gloire ce n'est pas simplement l'honneur, ce n'est pas simplement une manière pour le Père, de magnifier son Fils. La gloire est quelque chose d'infiniment plus profond, qui déjà se réalise, non pas en plénitude mais en vérité, dans la Passion du Christ. La gloire, c'est la traduction française d'un mot hébreu qui, littéralement, veut dire "le poids, la pesée". Petit à petit, de cette notion de poids, de pesée, on en est passé a quelqu'un qui a du poids et donc quelqu'un qui a de l'importance. Et c'est ainsi que, peu à peu, on en est arrivé à notre sens moderne du mot gloire qui est la majesté, la magnificence de quelqu'un. Mais l'étymologie et le sens premier sont d'une importance capitale pour comprendre le sens théologique de ce mot gloire.

La gloire que le Fils demande à son Père, ce n'est pas de lui rendre honneur ce n'est pas de le récompenser pour son obéissance, ce n'est pas d'enlever, par la Résurrection et l'Ascension, l'opprobre qu'il a subi par la croix. La gloire que le Fils demande à son Père, c'est le poids, le poids qui est cette sorte de densité de l'être, cette profondeur qui pèse au plus profond de nous-même. Et dans le cas du Christ, cette gloire, ce poids, cette densité que le Christ demande à son Père de lui donner comme Il l'avait auprès de Lui avant que commence le monde, c'est précisément le poids de l'amour du Père, le poids de l'amour du Père aimant le Fils. Saint Augustin a une phrase très belle qui nous éclaire parfaitement sur ce propos. Il nous dit que les choses matérielles ont un poids qui les entraîne vers le bas, vers le sol, tandis que, au niveau spirituel, le poids qui est le poids de l'amour, nous entraîne vers le haut. C'est un poids, non pas qui est lourd, mais qui attire, qui élève, qui aspire. C'est comme le poids d'un aimant qui attire à lui ce qui est aimanté. Le poids de l'amour c'est cette sorte d'aspiration par laquelle le Père attire vers Lui le Fils dans la communion inimaginable de l'infini trinitaire. Telle est la gloire du Fils.

Et cette gloire du Fils, qui est la gloire même que le Père lui donne, et que le Fils rend au Père, Il veut nous la communiquer Non pas, encore une fois, pour que nous soyons honorés, pour que nous soyons glorifiés au sens banal et mondain du terme mais pour que, en nous aussi, s'exerce ce poids qui attire vers en haut, ce poids de l'amour qui nous aspire vers le Christ, et avec Lui, vers le Père. Cette gloire, le Christ nous la donne pour que nous aussi nous soyons avec Lui, entraînés dans les hauteurs, entraînés jusqu'au Père. Nous comprenons, à ce moment-là, que cette gloire existe déjà au moment où le Christ donne sa vie, par obéissance et par amour du Père, pour le salut des hommes, et par amour des hommes. Sur la croix, le Christ est glorifié parce qu'Il n'est sur la croix qu'à cause de la puissance, qu'à cause du poids de cet amour qui le remplit tout entier et qui lui donne, à la fois, de nous attirer à Lui : "Quand je serai élevé de terre, j'attirerai tout à Moi !" et d'être élevé vers le Père : "Père, je viens à Toi !" Oui, la gloire du Fils est déjà pleinement en exercice pendant sa Passion et sur sa croix. C'est pourquoi saint Jean pourra, lui aussi encore, par une sorte de jeu de mots dire du Christ qu'il est tout à la fois élevé de terre sur la croix et qu'il est élevé de terre par l'Ascension. C'est un unique mouvement qui, de la vie terrestre du Christ l'entraîne jusqu'au Père, et dont la croix fait partie, elle est le chemin de cette élévation du Christ vers le Père, et de cette élévation du monde entier à la suite du Christ toujours vers le Père.

Que cette gloire du Christ, qui n'est pas une gloire du monde, qui n'est pas une gloire humaine, mais qui est cette puissance profondément intense, dense et pesante de l'amour de Dieu, remplisse totalement nos vies. Que nos vies aient le poids de l'amour de Dieu, et que ce poids nous entraîne dans les hauteurs, avec le Christ, vers le Royaume, afin que, se communiquant de proche en proche, des uns aux autres, cet amour nous rassemble tous dans ce Royaume et que l'humanité tout entière soit ainsi comme aspirée par l'amour de Dieu, par la gloire de Dieu, pour ne faire qu'un avec le Fils, dans l'amour du Père.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public