AU FIL DES HOMELIES

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LA MORT DU CHRIST C'EST SA GLOIRE

Rm 5, 1-11 ; Jn 17, 1-11 c

Vendredi de la sixième semaine de Pâques – B

(13 mai 1994)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette prière du Christ qu'on appelle la "prière sacerdotale" est une prière du Christ au mo­ment ou Il s'élève vers le Père, au moment de son Ascension : "Je ne suis plus dans le monde. Père, Je viens à Toi !" C'est une prière pour la gloire. "Père, glorifie-Moi de la gloire que j'avais auprès de Toi, avant que ne soit le monde ! Je T'ai glorifié sur la terre, J'ai manifesté Ton Nom. Maintenant mes disci­ples ont reconnu que Je viens de Toi, car tout ce qui est à Toi est à Moi et Je suis glorifié en eux." Prière du Christ pour son Ascension, prière du Christ à son Père dans l'intimité : "Tout ce qui est à Moi est à Toi", prière pour la gloire, et cependant, dans le déroulement de l'évangile, cette prière a été prononcée par le Christ au moment précis où Il allait se rendre au Jardin de Gethsémani pour y entrer en agonie, pour y être trahi par Judas, livré aux envoyés des grands-prêtres, saisi, condamné, mis à mort crucifié. La prière du Christ pour sa gloire, Il la prononce au moment même où Il va entrer dans sa Passion. La gloire du Christ, l'Ascension du Christ le Retour du Christ auprès de son Père commence, est engagé et pleinement réel dès son agonie.

Il n'y a pas, comme nous l'imaginons de façon un peu trop simple, d'un côté un versant négatif, celui de l'agonie, de la passion, de la mort, de la croix, et puis un versant positif, Pâques, la Résurrection, l'As­cension, la gloire. La gloire et la Passion c'est tout un. C'est au moment précis où le Christ va entrer en ago­nie qu'Il entre dans la gloire La gloire dont il est question ici, ce n'est pas une gloire mondaine, ce n'est pas une gloire humaine, ce n'est pas une gloire au sens courant du terme, c'est cette gloire divine, intime qui est le rayonnement de cet amour infini de Dieu, par lequel le Christ monte sur la croix et s'offre en sacri­fice pour nous sauver.

Vous le comprenez, ce mystère de la Passion et de la glorification du Christ qui ne font qu'un, ce mystère est le même que celui dont parle saint Paul dans le passage de la lettre aux Romains : "C'est au moment où nous étions pécheurs que le Christ, par amour, a donné sa vie pour nous." L'amour de Dieu pour nous n'est pas la récompense de nos efforts, de nos bonnes actions et de nos vertus. Certes peut-être accepterait-on de mourir pour un homme de bien, mais la preuve que c'est Dieu qui nous aime, que l'amour de Dieu n'est pas un amour ordinaire, "c'est que, alors que nous étions pécheurs, le Christ est mort pour nous." La mort du Christ, c'est sa gloire. Le don de l'amour de Dieu pour nous, en Jésus-Christ, c'est au moment même où nous sommes dans le pé­ché, éloignés de Lui.

Le propre de Dieu c'est que son amour vient s'insinuer, s'insérer au plus profond de l'abîme, de la souffrance, du péché, de la mort, pour, de l'intérieur, transfigurer ce péché, transfigurer cette souffrance et cette mort, en changer le sens, pour que cela même qui était souffrance, cela même qui était mort, cela même qui était péché, devienne le lieu de l'amour de Dieu triomphant. La gloire de Dieu ce n'est pas un cortège triomphal comme celui des empereurs ro­mains, ce n'est pas une victoire comme celles qui, chez les hommes, conclut des hauts faits d'armes. La gloire de Dieu c'est le resplendissement de son amour dans l'abîme de notre péché et de notre souffrance. Le propre de Dieu c'est que son amour ne connaît pas de frontières, ne connaît pas de limites. Il n'est pas arrêté par ce qui semble s'y opposer ou lui être contraire. L'amour de Dieu peut aller plus loin que tous nos péchés, plus loin que nos refus, plus loin que nos in­différences. Le propre de l'amour de Dieu c'est d'être d'une imagination sans limite et quoi que nous inven­tions pour nous opposer à lui, Dieu inventera une manière nouvelle de nous aimer pour aller plus loin encore dans la recherche de la brebis perdue que nous sommes. Quoi que nous inventions pour nous éloi­gner de Dieu, Dieu inventera quelque chose pour se rendre encore plus proche. L'amour de Dieu est sans limite, non point parce qu'il s'impose à nous, non point parce qu'il nous contraint, mais parce qu'il subit, il se fait pauvre, humble, suppliant, quels que soient nos refus, quel que soit ce que nous lui opposons. L'amour de Dieu c'est cela son triomphe, c'est cela sa gloire. C'est de savoir patiemment, douloureusement, amoureusement nous poursuivre, nous rechercher, se proposer à nous sans cesse, toujours.

Quels que soient nos péchés, quel que soit notre manque de foi, quelle que soit notre pauvreté, quel que soit notre éloignement, quelles que soient les ténèbres dans lesquelles nous voyons, quelles que soient aussi nos épreuves, quelles que soient nos souf­frances, quels que soient les-malheurs qui peuvent s'abattre sur nous, nous ne sommes jamais en-dehors de l'amour de Dieu. L'amour de Dieu est toujours plus grand que les limites que nous voudrions lui opposer. L'amour de Dieu est sans limite, il est infini et son infini c'est l'infini de sa tendresse, de sa délicatesse, de son humilité, de sa pauvreté, de sa manière de s'of­frir même quand nous avons l'air de le refuser.

Laissons-nous atteindre par cet amour de Dieu. Laissons-nous aimer. C'est cela le mystère de la Pentecôte, c'est cela le mystère de l'Esprit Saint, l'Es­prit d'amour répandu dans nos cœurs.

Laissons Dieu répandre son amour au plus profond de nous-mêmes, même là où nous ne savons pas nous ouvrir.

AMEN

 

 

 
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