AU FIL DES HOMELIES

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PORTE DE LA MORT ET PORTE DU CIEL

Rm 5, 1-11 ; Jn 17, 1-11 c

Vendredi de la sixième semaine de Pâques – C

(25 mai 2001)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

e Christ disparaissant nous permet d'observer quelque chose de l'apparition de Dieu. Lors­que au matin de la Résurrection, Il avait "dis­paru" d'une certaine manière du monde des mortels pour réapparaître comme immortel au milieu des mortels, une première porte avait été franchie, celle de la mort. Les scellés avaient été ouverts, brisés, pour laisser entrevoir cette vie qui maintenant envahissait le monde, envahissait les tombes, envahissait la mort, envahissait les ténèbres dans lesquelles l'homme pou­vait être resté. Les portes de la mort. Et puis jeudi, hier, c'était la porte du ciel qui n'est pas celle dont les hommes pensait qu'elle était fermée, close, comme si Dieu était resté indifférent dans ses grands palais gla­cés, mais cette porte du ciel, de nouveau ouverte par l'Ascension du Christ nous faisait entendre un chant très ancien du Père qui depuis le début de l'humanité avait simplement voulu se cacher pour ne pas contraindre la liberté de l'homme. Maintenant qu'elle est ouverte, cette porte fonctionne dans les deux sens : non seulement Jésus brise cette deuxième porte, c'est une image, le visible et l'invisible maintenant se cô­toient. Non que l'invisible soit devenu visible, mais l'invisible est à fleur de visible, le Christ ne s'est pas absenté, Il s'est étendu, le Christ n'a pas disparu, Il envoie en son nom, en leur nom, le Père et le Fils, l'Esprit qui retraverse cette frontière de l'invisible et va habiter et demeurer. Le Christ quand Il est venu dans sa chair était venu une première fois ouvrir cette porte entre le monde visible et le monde invisible, et puis Il était venu se faire reconnaître par les brebis, Il les a marqués de son sceau en leur proposant sa Pa­role. Nous sommes marqués de la Parole de Dieu, nous sommes les brebis qui ont reconnu en Christ leur pasteur. Nous cherchons la porte du pâturage dans lequel nous étions enfermés, ce pâturage trop clos, pour lequel nous ne sommes pas faits, et le Christ en ouvrant la porte fait une brèche, et Il invite derrière Lui toutes les brebis que nous sommes, à franchir cette porte, non pas simplement à la franchir au terme de notre vie, mais à la franchir dès maintenant, nous sommes des citoyens du visible et de l'invisible. Dès maintenant, peut-être même sans le savoir, sur nos pas frêles de brebis toutes neuves, nous franchissons allè­grement ce monde nouveau, nous y piétinons un peu, nous n'avons guère l'habitude, nous sommes un peu trop jeunes, trop neufs, ou trop vieux dans nos péchés pour savoir marcher sur les pâturages célestes, mais le Christ nous apprend à fréquenter ce monde qui était à fleur, à portée. Ainsi, ce moment entre l'Ascension et la Pentecôte n'est pas simplement une sorte d'attente nécessaire, mais c'est le moment où les brebis appren­nent à franchir cette porte, puis il leur sera donné une plénitude, une assurance, une assise qui est à la fois comme le fondement de notre être, et au sommet de notre vie, qui est l'Esprit Saint.

L'Esprit Saint est à la fois ce qui va nous as­seoir comme créatures de Dieu et nous élever à la promesse de la vie divine. Il écartèle, Il étend, Il dif­fuse cette promesse que Dieu veut faire de nous des enfants de Dieu, des divinisés. Il irrigue toute notre humanité, de part en part, de haut en bas, de gauche à droite, d'est en ouest. Et la porte ne se ferme pas. L'invitation que Dieu lance retentit de collines en collines, se fait entendre comme les pas du Bien-Aimé, à travers le monde, à travers les histoires du monde, les évènements, dans les vallées les plus som­bres et au sommet des montagnes. C'est la Bonne Nouvelle qui court, et l'Esprit Saint l'excite, l'allume comme un feu. Moment extrêmement apaisant, déli­cieux, où Dieu sans cesser d'être ce qu'Il est, se laisse saisir, mais c'est nous qui sommes saisis dans ce feu de l'Esprit Saint.

Prions les uns pour les autres et pour l'Église qui est le lieu où se voit cette frontière, où s'entend le bruit des portes qui s'ouvrent du Christ qui n'est pas remonté seul mais qui attire à Lui tous ceux que le Père lui avait confié, et Il ne supportera pas qu'un d'entre nous se perde sur le chemin.

 

AMEN

 

 

 

 
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