AU FIL DES HOMELIES

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APPELÉS À RESSUSCITER CORPS ET ÂME

Ac 3,13-19 ; 1 Jn 2, 1-5 a ; Lc 24, 35-48
Troisième dimanche de Pâques - année B (26 avril 2009)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Frères et sœurs, l'apparition de Jésus aux disciples que nous venons d'entendre dans l'évangile de saint Luc est très proche du récit de l'apparition que nous avons entendu dimanche dernier, celui du doute de Thomas (Jn 20, 24-29). La différence, c'est que dans l'évangile de saint Jean, c'est Thomas seul qui doute alors que les dix disciples ont accepté la révélation de la résurrection de Jésus. Ici, dans l'évangile de saint Luc, c'est  non seulement Thomas, mais tous les apôtres qui sont pris par le doute. 

       De fait, dans le texte de saint Jean que nous lisions, l'accent est mis sur la conversion, le retournement du cœur de Thomas, autrement dit, sur la foi qui vient éteindre la tentation du doute. Ici, saint Luc met plus particulièrement l'accent sur la vérité de la chair du Christ ressuscité. Je crois que c'est l'intérêt tout à fait particulier de ce texte que d'affirmer d"une manière incontournable que le Christ est ressuscité avec sa chair, non pas une chair d'emprunt, non pas une chair supplémentaire (réincarnation), mais la chair même avec laquelle il est né du sein de la vierge Marie, la chair dans laquelle il a vécu avec nous, auprès des hommes, la chair dans laquelle il a souffert et il est mort. C'est cette même chair manifestée par les plaies que Jésus invite les disciples à toucher pour constater la réalité de sa résurrection. 

        Jésus écarte expressément une interprétation que nous pourrions donner, à savoir qu'il s'agit simplement d'une image, d'une vision, d'une apparition au sens faible du terme, que c'est un corps astral, que sa chair est une apparence mais Jésus dit : "Voyez que je ne suis pas un esprit comme vous croyez que je le suis". Vous vous imaginez voir un fantôme, non, touchez, voyez ! C'est bien moi, c'est bien ma chair, c'est bien mon corps. La résurrection du Christ et par conséquent notre propre résurrection qui en découle est véritablement une résurrection de notre corps, tel qu'il est, tel que nous avons vécu avec lui. Quand nous mourrons, c'est ce corps-là qui ressuscitera. 

       Je voudrais compléter ce témoignage de saint Luc dans son évangile par le témoignage de saint Ignace d'Antioche, martyr au tout début du deuxième siècle, à peu près vers l'an cent. Saint Ignace d'Antioche a écrit sept magnifiques lettres dans lesquelles il affirme l'unité de l'Église et la foi dans la vérité du Christ.  Voici ce qu'il écrit aux chrétiens de Smyrne : "Je veux que vous soyez achevés dans une foi inébranlable, cloués de chair et d'esprit à la croix du Christ. Jésus a souffert pour nous, pour que nous soyons sauvés. Il a véritablement souffert et c'est aussi lui qui est véritablement ressuscité, non pas comme disent certains incrédules qu'il n'ait souffert qu'en apparence, il leur arrivera un sort conforme à leurs opinions, eux seront aussi sans corps et semblables à des esprits. Pour moi je sais et je crois, qu'après sa résurrection, il était dans la chair. Et quand il vint à Pierre et à ceux qui étaient avec lui, il leur dit : "Prenez, touchez-moi et voyez que je ne suis pas un esprit sans corps". Et aussitôt ils le touchèrent, étroitement unis à sa chair et à son esprit, et c'est pour cela qu'ils purent mépriser la mort et qu'ils furent trouvés supérieurs à la mort. Car après sa résurrection Jésus mangea et but avec eux, comme un être de chair, lui qui était spirituellement uni au Père" (Lettre aux Smyrniotes, 1 – 3, 2). Vous le voyez, c'est la foi de l'Église depuis les origines. Non seulement l'évangile de saint Luc nous le dit explicitement mais un des témoins majeurs de l'Église naissante reprend avec fermeté cette foi. 

       Evidemment, frères et sœurs, quand nous parlons de résurrection, en particulier de notre propre résurrection (car nous professons dans notre Credo que nous croyons en la résurrection de la chair), beaucoup de chrétiens sont hésitants et trébuchent. Nous n'arrivons pas à nous représenter le "comment" de cette résurrection. Serons-nous au moment de notre résurrection, âgés ou jeunes ? grands ou petits ? boiteux ou guéris ? Voilà toutes sortes de questions qui peuvent traverser notre esprit et pour lesquelles nous n'avons aucune réponse car le seul être ressuscité dont nous ayons un témoignage, c'est le Christ lui-même et on ne nous donne pas de renseignements sur l'âge qui était le sien. Tout ce que nous savons, c'est que les disciples, quand ils ont vu le Christ, ne l'ont pas reconnu au premier abord. Marie-Madeleine l'a pris pour le jardinier (Jn 20, 15), les disciples sur le lac de Tibériade ont cru que c'était un passant (Jn 21, 4), les deux disciples d'Emmaüs ont marché toute une après-midi avec lui sans le reconnaître (Lc 24, 16). 

       Il y a donc en Jésus quelque chose de nouveau, quelque chose de transfiguré qui n'est pas, remarquez-le, une gloire rayonnante qui éblouirait ceux qu'il rencontre, au contraire, Marie-Madeleine le prend pour un jardinier. Elle n'a pas du tout l'idée qu'il s'agit d'un être surnaturel, et de même les disciples d'Emmaüs s'imaginent avoir rencontré quelqu'un qui fait route comme eux. Cependant, Marie-Madeleine et les disciples reconnaissent Jésus à la manière dont Jésus prononce leur nom : "Marie. Elle le reconnut et lui répondit "Rabbouni" ce qui veut dire Maître" (Jn 20, 16). C'est l'intonation de la voix de Jésus, c'est la qualité de l'amour qu'il met dans le nom de ceux qu'il aime qui permet qu'on le reconnaisse. Les disciples d'Emmaüs le reconnaissent au geste de la fraction du pain, au geste de l'eucharistie (Lc 24, 30-31). Et les disciples qui sont en train de pêcher sur le lac de Tibériade le reconnaissent au renouvellement du premier miracle dont ils avaient été témoins, celui de la pêche miraculeuse Jn 21, 6-7). 

        Nous savons par ces quelques éléments qui sont fournis par les évangiles que Jésus est à la fois le même et en même temps, différent. Il est dans un état nouveau et pourtant, c'est le même dans sa chair aussi bien que dans son esprit. Pour nous aussi la résurrection sera celle de notre chair, même s'il y aura quelque chose de radicalement neuf dans notre manière de vivre, ne serait-ce que cette chair qui ne sera plus mortelle et corruptible, mais qui sera par la résurrection prise dans l'éternité même de Dieu. 

     Cette foi en la résurrection est tout à fait capitale. Elle manifeste que nous croyons que notre corps comme notre âme, comme notre esprit, est l'œuvre de Dieu et que Dieu l'a façonné non pas de manière temporaire, non pas de manière provisoire, mais Dieu l'a façonné pour la vie éternelle qui n'est pas simplement celle de notre esprit, celle de notre partie spirituelle, mais qui est la vie éternelle de tout notre être, de notre être corporel aussi bien que spirituel.  En réalité, il n'y a pas de différence possible à faire entre les deux, car notre corps c'est un ensemble de cellules qui sont soudées, vivifiées, animées par un principe de vie qui est notre âme. Donc, il n'y a pas de corps sans âme, et notre âme est faite pour notre corps, pour le vivifier. D'ailleurs toutes les fonctions de notre âme, même les plus intellectuelles, même les plus philosophiques, même les réflexions les plus pointues dans notre raisonnement, s'enracinent dans l'expérience corporelle que nous donnent les yeux, l'ouïe, les mains, qui nous permettent de toucher, de voir, de connaître. C'est donc notre être tout entier qui a été créé par les mains et par l'amour de Dieu, et c'est notre être tout entier qui est appelé à vivre de la vie éternelle. La vie éternelle c'est la vie divine elle-même et notre résurrection ce sera notre chair et notre esprit qui seront transfigurés par la vie même de Dieu. Nous serons fils de Dieu au sens fort, au sens où le fils a la même nature humaine que son père. Nous serons fils de Dieu en ce sens, c'est-à-dire que Dieu mettra en nous le principe de sa vie, le jaillissement de sa vie, cet amour qui est sa vie même. 

       Voyez, frères et sœurs, c'est cela l'importance pour nous chrétiens de notre corps, de notre chair, uni à notre âme. Notre chair est appelée à la même vie divine, à la même vie éternelle, au même amour consumant. Nous sommes dès maintenant appelés à vivre dans notre corps comme dans notre cœur, à vivre la présence de Dieu, le jaillissement de la vie de Dieu qui à partir de notre baptême a commencé à surgir dans notre cœur, et qui ne cesse de nous irriguer, corps et âme. 

       AMEN 


 

 
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