AU FIL DES HOMELIES

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GARDER LA PAROLE

Ac 3,13-19 ; 1 Jn 2, 1-5 a ; Lc 24, 35-48
Troisième dimanche de Pâques - année B (29 avril 1979)
Homélie du Frère Michel MORIN

"Petits enfants, en celui qui garde la Parole, Dieu atteint la perfection." Cette Parole, depuis bien longtemps, Dieu nous l'a donnée, préparée par la loi de Moïse, annoncée par les prophéties, chantée et proclamée par les psaumes. Et voici que cette Parole s'est faite chair, en Jésus-Christ, et elle est venue s'accomplir totalement, parfaitement, définitivement, en la mort et la résurrection du Seigneur Jésus, "en Celui qui garde la Parole." C'est avec un accent d'urgence et de vérité que l'apôtre Jean écrit cela aux premiers chrétiens : "Si vous ne gardez pas la Parole, vous êtes des menteurs !"

Garder la Parole, ce n'est pas la cacher dans un coin de notre vie et la laisser là, tranquille et immobile, comme lorsqu'on place un vase précieux, mais qui reste vide, dans un coin d'armoire par crainte de le briser. Garder la Parole, ce n'est pas intellectuellement garder un certain nombre de vérités dans la tête. Garder la Parole, c'est avant tout en vivre, c'est-à-dire puiser toutes nos raisons de vivre, quelle que soit notre vie. Et les hommes de ce temps ne se trompent pas, lorsqu'ils vous interrogent, lorsqu'ils nous posent ces questions : "Croyez-vous vraiment en ce Dieu, en ce Jésus que nous-mêmes avons tant de peine à découvrir ?" - "Mettez-vous vraiment toutes vos énergies à vivre selon cet évangile, alors qu'à nous, gens du dehors, la ressemblance nous paraît parfois plutôt lointaine ?" et question peut-être plus profonde encore : "Ce Dieu auquel vous croyez et que vous célébrez, vous rend-Il vraiment heureux ?" Et devant ces questions, devant ces réflexions, nous autres chrétiens, nous nous sentons petits, parfois déroutés, voire un peu complexés. Pourquoi ? Parce que notre foi n'est pas assez assurée dans l'accomplissement de cette Parole, accomplissement en la Pâque de Jésus-Christ. Nous avons peu de foi, nous sommes souvent harcelés par le doute. Et cependant, en vérité, même si nous disons que cette foi n'est pas encore totale, même si nous avons de la peine à la vivre, nous ne pouvons pas dire que nous ne connaissons pas Dieu, nous ne pouvons pas dire que nous n'avons pas entendu la Parole de Dieu, nous ne pouvons pas dire que Dieu ne nous rend pas heureux. J'espère que, dans votre vie de chrétien, vous avez pu vivre, une fois ou l'autre, ce bonheur, cette joie qui vient de la Parole que nous gardons comme quelque chose de vivant. Autrement, une foi sans la joie, quelle tristesse et quelle absurdité !

Cette joie, cette joie dans la foi, cette joie qui vient de Dieu est quelque chose qui en fait partie de façon essentielle. Les apôtres, harcelés par la crainte, harcelés par le doute, ont mis du temps à croire, mais ils ont senti, eux aussi, ce bonheur de voir le bonheur Ressuscité. Et pour nous aussi, ce n'est pas un phantasme que d'être heureux de croire. Ce n'est pas un fruit de l'imagination ou de je ne sais quel idéalisme ou naïveté. Car depuis qu'Il nous réunit en chaque Pâques, en chaque dimanche, ce n'est pas un fantôme, ce n'est pas un esprit ou je ne sais quelle divinité. Le Seigneur nous dit dans l'évangile d'aujourd'hui : "C'est bien Moi !" Oui c'est bien Moi, en chair et en sang ! Oui c'est bien Moi présent devant vous, vous qui m'avez connu avant ma Pâque. Oui, c'est bien Moi! Ouvrez votre cœur, ouvrez l'intelligence de votre cœur et croyez ! Ne soyez plus lents à croire. Ne soyez plus incrédules ! Croyez que les souffrances du Christ, croyez que la mort du Seigneur, croyez que sa Résurrection, c'est vraiment, pour nous, aujourd'hui, comme jadis pour les apôtres, l'accomplissement définitif, total des Écritures, de la Parole que Dieu nous a donnée et dont Il nous a promis cet accomplissement.

Quand Il apparaît aux disciples, le Christ Ressuscité leur dit toujours : "La paix soit avec vous !" Cette paix, c'est celle qu'Il donne Lui-même et qui fonde notre foi. C'est celle qui nous permet, aujourd'hui encore, de garder, dans la plus grande fidélité possible, la Parole accomplie en sa mort et en sa Résurrection. Et de cette paix, comme les disciples, à la manière des disciples, nous sommes témoins. N'est-ce pas dans la joie, n'est-ce pas dans l'allégresse que nous avons fêté cette dernière Pâque ? N'est-ce pas dans les alléluias, dans la joie que nous nous réunissons pour célébrer l'actualité permanente de cette Pâque dans notre vie ? La joie est le sceau que le Christ a fait naître dans le cœur de ses disciples lorsqu'ils l'ont reconnu comme Ressuscité et comme vivant. Il leur avait déjà annoncé bien avant : "Je vous quitterai ! mais lorsque Je reviendrai, Je vous donnerai ma joie et votre joie sera totale !" Vous aurez la joie en plénitude et dans les évangiles, spécialement celui de Jean, il y a une immédiateté entre l'œuvre que Dieu achève en nous vers sa perfection et la joie. La perfection de la sainteté de Dieu en nous et la joie sont quelque chose d'essentiel, d'immédiat et de permanent. Nous ne pouvons pas vivre notre foi de chrétien sans que la joie monte de notre cœur et en déborde.

Cette joie, nous ne pouvons pas la cacher, même si parfois nous avons un peu honte, même si parfois nous nous sentons mal à l'aise d'être heureux à cause de Dieu dans un monde sans joie parce que sans Dieu. Je crois que la joie chrétienne, la joie visible sur notre visage, oh peut-être pas la joie éclaboussante, mais la joie paisible et rayonnante, est un des premiers signes qui, aux yeux de l'humanité d'aujourd'hui, peut accréditer la vérité de notre foi, peut accréditer que, vraiment, en la mort et la résurrection de Jésus-Christ, Dieu a accompli le Salut du monde, annoncé par les Ecritures. Les hommes d'aujourd'hui sont sensibles à tout ce qui est joie, sont attirés par tout ce qui est bonheur, souvent peut-être par des joies, par des bonheurs qui restent bien superficiels.

Aujourd'hui, parce que nous célébrons la Pâque du Seigneur, aujourd'hui parce que nous allons participer à "la fraction du Pain", soyons joyeux. "Demeurez dans la joie du Seigneur !" La joie chrétienne n'est pas un scandale pour le monde. Le bonheur de Dieu n'est pas un scandale pour le monde, même lorsque le monde, et parfois nous-mêmes, vivons dans la souffrance, dans la difficulté ou dans la détresse. La joie chrétienne n'est pas un scandale ni un affront à la misère ou à la tristesse du monde, pas plus que la lumière n'est un scandale ou un affront pour la nuit. Ce qui serait un scandale pour le monde, c'est que nous soyons heureux tout seuls. Sur ce point, le monde aurait droit de nous le reprocher parce qu'il a le droit à participer et à connaître cette joie de la Résurrection du Seigneur, cette joie que le Christ est venu répandre sur le monde, en sa mort et en sa résurrection. Et c'est cette joie que le monde attend. Saint Paul écrivait aux Romains :"La création, le monde tout entier aspire à la révélation des fils de Dieu." Et la révélation des fils de Dieu, nous en sommes tous porteurs. C'est la manifestation, en nous, de la résurrection du Christ, source de toute joie. Le monde, notre monde, les hommes lointains ou proches ont droit, aujourd'hui, à partager cette joie car Dieu la donne à tous.

C'est une caractéristique des premières communautés chrétiennes qui se réunissaient pour la fraction du Pain, dans la joie et dans la simplicité du cœur. Nous sommes réunis à la manière de ces premiers chrétiens pour la fraction du Pain. Vivons-là, célébrons-là dans la simplicité du cœur et dans la joie. En reconnaissant aujourd'hui dans cette eucharistie que Dieu accomplit pour nous et pour le monde, les Écritures, soyons "fous de joie" ici dans cette église, et tout à l'heure, lorsque nous sortirons, gardons cette Parole de Dieu, gardons en notre cœur cet accomplissement des Écritures, afin qu'en jaillisse la joie de Dieu et qu'elle rayonne pour tous les hommes. C'est aussi cela "vivre au plaisir de Dieu".

 

AMEN
 
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