AU FIL DES HOMELIES

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JÉSUS-CHRIST N'EST PAS UN SUPERMAN

Ac 5, 27-32+40-41 ; Ap 5, 11-14 ; Jn 21, 1-19
Troisième dimanche de Pâques - année C (20 avril 1980)
Homélie du Frère Jose FABRE

En écoutant il y a quelques jours, le débat qui suivit la projection du film "Jésus de Nazareth", j'ai éprouvé la sensation que certainement beaucoup de téléspectateurs ont ressentie, à lire les critiques des journaux cette impression d'insuffisance, de manque, de vide, en un mot de déception. En effet, à toutes les questions posées, peu de choses ont été répondues. Et la grande question fondamentale a cependant été posée : "Qui est-il ce Jésus de Nazareth ?" Et même un jeune ajoute : "pourquoi de nos jours, après vingt siècles, continue-t-il à drainer les foules ? Et les spécialistes de chercher dans l'histoire, dans l'archéologie, dans la haute théologie, et finalement peu de réponses suffisantes ont été données.

En effet, Jésus est celui que l'on essaie de saisir, mais qui nous échappe au moment même où on croit le saisir. On croit avoir à faire à un homme, on essaie de disséquer sa vie, de la situer dans l'histoire, dans le temps, comme on le ferait pour Louis XIV ou Alexandre le Grand, et l'on se trouve brusquement devant le tout Autre, devant l'Autre, c'est-à-dire Dieu. Et j'ai ressenti devant le vide des réponses humaines que c'était vraiment l'Esprit Saint seul qui pouvait faire dire à des baptisés, à des croyants que Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu Ressuscité. Jésus est à la fois cet homme qui a été pendu au sommet d'une croix, comme le disaient tout à l'heure les Actes des apôtres, cet homme que les foules ont acclamé au matin des Rameaux et délaissé trahi, abandonné quelques jours après, qui a été renié trois fois, cet homme au destin tragique, dont il ne viendrait a l'idée de personne, de nier aujourd'hui l'historicité.

Mais Jésus, c'est aussi l'Agneau immolé dont nous parlait tout à l'heure Jean, dans l'Apocalypse Celui qui est venu porter le péché du monde, le Prophète annoncé, le Messie, le Serviteur souffrant dont parle le prophète Isaïe. Et déjà pour reconnaître cela en Jésus, il faut avoir un certain sens de la foi une certaine écoute, une ouverture à la Parole de Dieu, à la sainte Écriture. Et puis Jésus c'est aussi pour nous croyants sous la poussée de l'Esprit, le Ressuscité, Celui qui apparaît à ses apôtres comme l'évangile d'aujourd'hui vient de nous le dire, qui confie à Pierre le soin de son Église, et qui est vivant au cœur même de l'Église du monde, au cœur de chacune de nos vies. L'Esprit Saint seul peut nous aider à le dire et c'est l'Esprit Saint seul qui fait l'équilibre dans nos vies, dans nos cœurs entre ce double mouvement qui nous anime : mouvement de rejet, de doute d'incertitude et mouvement d'adhésion au Christ ressuscité.

Il y a en nous en effet un mouvement de rejet, il faut bien qu'on se l'avoue, il y a des moments où non seulement on doute, mais même où l'on voudrait se débarrasser du Seigneur, dans la mesure où il nous gêne où il nous dérange, où il nous engage un peu trop. Et nous le rejetons lorsque nous fermons les oreilles à telle ou telle Parole ou lorsque nous ne voulons pas voir tel ou tel pas qu'il faudrait faire. Il y a en nous qui siège en permanence ce "Grand Conseil" dont parlaient les Actes des apôtres, et qui, au-dedans de nous nous impose le silence chaque fois que l'on veut parler de Jésus-Christ. Un auteur contemporain disait que nous sommes des millions et des millions à appuyer sur la pierre du sépulcre pour que les idées de Jésus ne ressuscitent pas, car certaines des idées de Jésus, il faut bien le dire nous gênent. C'est notre respect humain, c'est notre désir parfois de faire comme tout le monde alors que notre foi nous demanderait d'aller à contre courant du monde, c'est notre désir de nous laisser aller à la facilité c'est cet instinct que nous avons à ne pas tout donner et à garder "quelque chose" pour nous disons que c'est notre péché qui appuie sur la pierre du tombeau. Et puis, il y a en nous heureusement ce mouvement d'adhésion, de joie sous la poussée de l'Esprit qui nous fait nous lever, nous sortir de notre solitude, de notre péché, de notre médiocrité, qui nous fait aller vers le Père comme l'enfant prodigue, ce mouvement d'adhésion qui nous fait dire le "Amen" dont Jean parlait dans l'Apocalypse, non pas un Amen d'esclave qui nous ferait dire oui pour ne pas avoir d'histoires, un oui de racheté, mais un oui d'adhésion libre, heureuse. Il y a ce mouvement qui nous permet d'avancer dans nos efforts de vie chrétienne, malgré parfois les moments difficiles. C'est l'Esprit Saint qui, en nous, nous permet d'équilibrer dans nos vies, ces moments de doute, de défaillance, de rejet et ces moments de joie et d'adhésion au Christ ressuscité.

Mais le Christ ne se rencontre que dans le quotidien de nos vies. Il se laisse reconnaître dans notre vie de travail. Dans l'évangile d'aujourd'hui le Christ est venu se faire reconnaître aux apôtres en plein travail, ils étaient en train de pêcher, et c'est dans leur travail qu'Il les avait un jour rencontrés pour la première fois, sur ce port de Capharnaüm ou André Pierre, Jacques et Jean étaient en train de tirer les filets, où devant ce bureau du collecteur d'impôts, il fit signe à Lévi, et Matthieu de le suivre. Jésus vient donc au soir d'une journée harassante de travail, rencontrer les apôtres au moment même où ils constatent qu'ils n'ont rien pris. Et Jésus va se faire reconnaître au signe de l'abondance car le Royaume de Dieu est toujours suggéré par une richesse inattendue, insoupçonnée, au moment justement où l'on n'attendait rien. Vous vous en souvenez, c'était le vin de Cana qui coula à flots au moment où il n'en avait plus, cela a été le jour de la multiplication des pains cette nourriture donnée en abondance au moment où il n'y avait rien à manger.

Dans une parabole du Christ qui voulait signifier le Royaume de Dieu, c'est ce repas, ce festin des noces auquel les invités refusèrent d'aller et où les invités de dernière heure remplirent la salle du festin. C'est, dans cet Évangile, le filet rempli de poissons, alors qu'on n'avait rien pris jusque-là. Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il ne porte pas de fruit, nous dit le Seigneur ; c'est le grain de blé, en effet, qu'on avait oublié, et puis l'hiver a passé, et ce grain de blé s'est remis à germer et à porter du fruit. Mais alors, qui a veillé sur le grain ? et saint Jean nous le disait tout à l'heure : c'est le Seigneur qui fait germer de l'insoupçonné, de l'inattendu, à partir de ce que nous, les hommes, nous appelons l'échec, le manque, le vide. Frères et sœurs, sachons reconnaître dans nos vies la présence du Ressuscité, dans ce qu'il y a de pauvre, de vide, dans nos manques et dans nos échecs.

Sachons vivre vraiment le mystère pascal de mort et de résurrection, lorsque nous constatons véritablement qu'il y a quelque chose qui manque, quand nous découvrons cependant cet inattendu qui vient de germer là où on ne le soupçonnait pas. Voyez, dans la vie de tout apôtre, dans notre vie si nous savons être apôtre, il faut accepter qu'il y ait ce qui s'est passé dans l'évangile d'aujourd'hui, des moments d'échec et des moments de réussite. Les apôtres, certains jours, prenaient du poisson, d'autres ne prenaient rien. Et puis, le Seigneur de temps en temps nous demande de jeter le filet en haute mer, et sur sa Parole on le fait, parfois un peu lassé, fatigué, mais on le fait. Et alors des hommes accueillent en profondeur ce message qu'on vient de lancer et on est parfois stupéfait de voir combien ils sont nombreux de toutes races, de toutes nations, de tous milieux, de toutes formations, et le Seigneur accueille tous ceux qu'Il rassemble ainsi et leur prépare le repas, comme Il l'a fait pour les apôtres sur le rivage, Il va nous préparer tout à l'heure son eucharistie.

Tel est le Christ en qui nous mettons notre foi, et le monde qui nous regarde ne cesse de poser la question, et la posera jusqu'à la fin des temps: "Qui est-Il ce Jésus de Nazareth ?" et c'est à nous, chrétiens, de dire et de donner la réponse, non pas une réponse d'historien, il y en a trop et leurs réponse sont insuffisantes, non pas une réponse de théologien, la plupart du temps les théologiens ont un tel vocabulaire qu'il passe au-dessus de la tête du peuple de Dieu, non pas une réponse d'apologétique, à force de trop prouver on ne prouve plus rien, mais une réponse de vie, une réponse d'expérience de ce que nous vivons chaque jour. Nous devons dire au monde que nous avons vraiment touché du doigt la présence du Christ Ressuscité, dans ces petits miracles quotidiens, ces petits miracles qui nous font marcher, alors qu'à certains jours, nous avons envie de tout laisser tomber, de nous arrêter, ces petits miracles qui nous font parler ; nous engager, alors qu'on aurait envie de se taire pour ne pas avoir d'histoires, la plupart du temps, ces petits miracles quotidiens qui nous font pardonner, sourire, faire un premier pas alors que dans notre cœur, on aurait envie de bouder, de jalouser, d'envier ou même de haïr, ces petits miracles qui nous font tenir bon et ferme, malgré le désarroi et le découragement. C'est là, frères et sœurs, que nous pouvons affirmer que nous avons vu le Seigneur Ressuscité à l'œuvre. Alors nous pourrons dire comme Jean : "Oh non, ce n'est pas une illusion qui fait ainsi ce travail en nous, ce n'est pas un fantôme, ce n'est pas une vue de l'esprit. Ce n'est pas un simple prophète, ce n'est pas un superman. C'est le Seigneur, le Fils du Dieu vivant, le Ressuscité.

 

AMEN

 
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