AU FIL DES HOMELIES

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DES NOUVELLES A LA BONNE NOUVELLE

Ac 2, 14+22-28 ; 1 P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35
Troisième dimanche de Pâques - année A (21 avril 1996)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

Frères et sœurs, cet évangile que nous venons d'entendre nous apprend comment traiter l'in­formation, comment gérer la communication. Il nous apprend comment passer des nouvelles à la bonne nouvelle. Il nous apprend comment faire ce passage capital pour notre foi chrétienne dans ces jours où nous sommes embarqués sur des autoroutes de l'information. A l'heure des autoroutes de l'infor­mation voilà que cet évangile nous parle du chemin d'Emmaüs. J'ai lu dans le Monde, il n'y a pas très longtemps, comment des chercheurs américains et japonais avaient réussi à atteindre le niveau de mille milliards d'unités d'informations (bits) par seconde sur de la fibre optique. Pour avoir un ordre d'idée, une ligne téléphonique ne demande que quatorze mille quatre cents unités d'informations. Mille milliards d'unités d'informations en une seconde, c'est l'équi­valent de trois cents années de publication d'un quoti­dien. En une seconde, c'est extraordinaire ! C'est comme les étoiles : je n'y comprends pas grand-chose, mais cela m'émerveille. Ça m'émerveille de voir ce que l'homme est capable de faire. Ces nouvelles tech­niques vont permettre d'approvisionner tous ces grands moyens multimédia d'aujourd'hui qui récla­ment tant d'informations. Cela va complètement ré­volutionner notre façon même d'envisager le monde. Nous allons être confrontés à un véritable raz-de-ma­rée de nouvelles, d'informations, de témoignages, de cultures, de d'expériences de foi, d'expériences tout court. Nous allons être confrontés à quelque chose dont nous n'avons sûrement même pas idée. Alors, comment gérer ce raz-de-marée de nouvelles ? Et qu'est-ce que va devenir dans tout ce raz-de-marée de nouvelles, la bonne nouvelle ? Voilà ce matin, ce que nous allons essayer de développer autour de ce che­min d'Emmaüs.

Les disciples, eux, discutent. Ils discutent, ils se partagent les dernières nouvelles. Ils sont collés contre l'événement, les événements qui viennent d'ar­river. Ils n'ont pas encore pris le recul nécessaire, ils sont encore trop près de l'événement, ils mélangent la mort de Jésus et le témoignage des femmes. Ils n'ont pas pris de recul nécessaire. C'est comme s'ils avaient l'oreille collée au poste ou alors le nez sur le journal. Ils n'ont pas pris cette distance encore et l'évangile note leur air sombre : ils sont tristes. Ils n'ont pas pris le recul donc ils n'ont pas encore vu à travers ces pe­tites nouvelles qu'ils ont entendues par-ci par-là, ils n'ont pas encore vu le Royaume qui vient et même qui est déjà là, puisque c'est le Ressuscité qui les rejoint sur la route. Et c'est très banal aujourd'hui de parler de la tristesse des informations. Aujourd'hui, tout le monde dit cela. Mais, sans doute qu'un train qui arrive à l'heure, ce n'est pas une information et qu'un train qui déraille, c'est une information. Ou encore si un évêque disait à ses prêtres : "Ne priez pas", ce serait une information, s'il disait à ses prêtres "Priez", cela cesse d'être une information. Mais la Résurrection n'est pas une nouvelle comme les autres. Le témoi­gnage des femmes n'est encore qu'une nouvelle parmi les autres et pas encore la bonne nouvelle. Mais est-ce que leur très bonne information, parce qu'ils sont par­faitement informés, ils sont au courant de tout ce qui s'est passé, va les rapprocher du monde dans lequel ils vivent ? Non, ils ont acheté l'édition du soir, ils ont acheté dans un kiosque les dernières informations à moins que ce soit le téléphone arabe, ils sont très, très bien armés, mais il leur manque encore l'espérance. Il manque encore cette "petite fille espérance", comme dit Péguy. Ils n'ont pas encore saisi à travers toutes ces nouvelles un peu éparses, ils n'ont pas encore saisi la bonne nouvelle. Et alors le Sauveur va développer toute une véritable pédagogie qui peut nous servir à nous d'ailleurs aussi, pour les amener des nouvelles, des news, de France-Info si vous voulez à la bonne nouvelle, au Kérygme, à l'attestation, au témoignage. Et donc, il va développer trois points pour les faire basculer de France-Info au kérygme.

Le premier, c'est de s'arrêter. Dès que Jésus les rejoint, ils s'arrêtent sur la route. Je crois que le premier devoir c'est, face à un torrent d'informations, de s'arrêter pour prendre du recul. C'est peut-être de là d'ailleurs que vient le devoir de s'asseoir des équipes Notre-Dame. Comment traitons-nous l'information en famille ? Comment traitons-nous l'information indivi­duellement mais aussi en famille, entre amis ? Com­ment traitons-nous l'information avec les enfants ? Les enfants aussi ont des oreilles, les enfants aussi ont des yeux et regardent les informations. Comment avec nous reprenons-nous toutes ces informations pour y discerner quelque chose qui va nous faire sortir de ce torrent qui nous emporte, de ce flot qui nous emporte ? D'abord, ils s'arrêtent. Ensuite, ils écoutent Jésus. Il ne s'agit pas simplement de s'arrêter mais d'écouter Jésus. Sa parole ne va pas faire nombre avec les au­tres paroles. Sa parole n'est pas intemporelle, mais elle saisit une trajectoire, elle est de toutes les épo­ques, de tous les temps et elle nous indique une direc­tion, elle saisit toutes ces différentes nouvelles pour la ressaisir dans la bonne nouvelle.

Les disciples se sont arrêtés, ont écouté Jésus. Comment relisons-nous le journal à travers la Parole ? La dernière façon de passer des nouvelles à la bonne nouvelle, extrêmement médiatique celle-là, c'est qu'ils se laissent inviter, qu'ils invitent Jésus et qu'ils se laissent inviter. Et qu'ils reçoivent le don du pain. Ils se laissent inviter et ils reconnaissent Jésus à la fraction du pain. Ce moyen est médiatique car il nous rend exactement contemporains de l'événement qui s'est passé à la croix, exactement contemporains des événements qui se sont déroulés à la mort et à la résurrection du Sauveur. Il nous rend contemporains de l'axe sur lequel tourne toute l'histoire de l'huma­nité. Il nous rend exactement contemporains de l'évé­nement qui donne sens à toutes les nouvelles. En fin de compte, c'est surtout à la mort et à la résurrection du Sauveur que nous pouvons, je crois, déchiffrer en vérité toutes les informations.

Mais la question, après cette pédagogie du Sauveur, va rebondir sur un point peut-être un peu particulier. Nous allons nous demander, nous qui sommes assez bien informés, nous qui allons avoir accès à ces moyens de communication extraordinaires dans les années qui vont venir, si Dieu est véritable­ment bien informé lui aussi ? Vous connaissez cet argument, car on vous l'a souvent opposé : soit Dieu existe et il ne devrait pas y avoir de mal, mais comme le mal existe, Dieu n'existe pas. Et la question rebon­dit souvent sur le problème de la connaissance de Dieu, la connaissance que Dieu a du mal. Comment Dieu connaît-il le mal ? Et aujourd'hui on dit parfois que Dieu ignore le mal. Et donc l'image d'un Dieu qui laisse faire le mal, se double de celle d'un Dieu mal informé. Dieu ne serait donc pas si bien informé que cela, parce que s'Il était informé comme nous il ne laisserait pas le monde aller si mal. Nous avons tous entendu parler des derniers évènements qui se sont déroulés au Liban quand on a écouté le poste ce matin et qu'on a entendu que la guerre était repartie, si Dieu était si bien informé, Il ferait quelque chose. Alors, est-ce que Dieu est véritablement bien informé de tous les malheurs qui nous arrivent ? Et cet évangile qui est déjà le passage des nouvelles à la Bonne Nou­velle, comme nous l'avons vu, va nous permettre de répondre aussi en partie à cette question : Comment Dieu est-il informé du problème du mal ? Et cela commence bizarrement parce que Jésus semble igno­rer ce qui lui est arrivé et les disciples sont interloqués : "Tu ne sais pas ce qui s'est passé ? Mais tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui s'est passé " - Que Jésus passe à travers les portes fermées, qu'Il apparaisse déguisé en jardinier dans le jardin devant Marie-Madeleine, passe encore. Mais que Jé­sus ignore ce qui lui est arrivé, cela c'est proprement de l'ordre du mystère, de l'ordre de l'étrange, de l'or­dre de l'incompréhensible. Comment Jésus qui vient de vivre ces trois jours, comment peut-Il aujourd'hui, confronté aux nouvelles, comment peut-Il ignorer ce qui lui est arrivé ? Et cela va nous permettre, assez paradoxalement sans doute, de répondre à cette ques­tion de la connaissance que Dieu a du mal. Je crois d'abord que c'est un plan supérieur qui nous échappe parce que l'on n'a pas vraiment accès à cela. C'est de l'ordre du mystère de Dieu, il faut accepter sans doute de se laisser un peu dépasser.

Sans doute que Dieu est à la fois le plus igno­rant en ce qui concerne le mal et le mieux informé. Là, le mystère redouble encore. Le plus ignorant et le mieux informé de toutes les nouvelles qui nous arri­vent. Dieu va saisir, je crois, à travers tous les événe­ments, à travers toutes les petites nouvelles, le mys­tère même de la croix. Dieu va ressaisir tout cela dans ces trois jours, Dieu va ressaisir toutes les nouvelles dans la bonne nouvelle. Il va ressaisir tous les petits malheurs qui nous arrivent, tous les grands malheurs qui arrivent, et qui nous arrivent parfois aussi dans l'unique clé de lecture de la mort et de la résurrection de son fils. Il va lire son quotidien, son journal, à l'actualité de la croix. Il va lire notre quotidien à l'ac­tualité de la croix. Cette croix qui n'est pas un événe­ment comme les autres événements. Croix qui n'est pas de l'ordre des nouvelles qu'on lit dans le journal mais qui est un Événement avec un E majuscule, un événement qui embrasse tous les autres événements. Nous aussi, nous avons à faire comme Dieu. Nous avons, nous aussi, passionnés par tout ce monde qui s'ouvre à nous, toutes ces nouvelles cultures, ces nou­velles expériences et puis traumatisés quelquefois aussi par toutes ces nouvelles qui nous arrivent, ces nouvelles tristes ou quelquefois bouleversés par des nouvelles gaies, par des nouvelles qui portent du sens, nous avons à faire comme Dieu. En nous arrêtant, en écoutant la Parole, en nous laissant inviter à la table du Royaume, nous avons à lire comme Dieu toutes ces nouvelles éparses à les lire à la lumière de la mort et de la résurrection de Jésus. Alors, dans ce cas-là, tout s'éclaire. Alors, les disciples reconnaissent Jésus. Alors si vous lisez ainsi votre quotidien, si vous écoutez les nouvelles dans le poste, à la lumière de l'événement de la mort et de la résurrection de Jésus, je vous promets qu'à travers toutes ces nouvelles, vous reconnaîtrez aussi le Royaume qui vient.

 

 

AMEN

 

 
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