AU FIL DES HOMELIES

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M'AIMES-TU ?

Ac 5, 27-32+40-41 ; Ap 5, 11-14 ; Jn 21, 1-19
Troisième dimanche de Pâques - année C (25 avril 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Trois questions. Première question : "Pierre, m'aimes-tu plus que ceux-ci ?" Jésus a déjà posé un certain nombre de questions dans l'évangile de Jean, et plus particulièrement à Pierre. Ainsi Jésus a demandé : "Mais que dit-on de moi ? Pour vous, qui suis-je ?" Pierre a généralement répondu à toutes les questions de Jésus. Il a même certainement fait les plus belles réponses de l'évangile : "Tu es le Christ. Tu es le Messie". Ou encore : "Mais à qui irions-nous, Seigneur, tu as les paroles de la vie."

Et voilà qu'au final de cet évangile de Jean, dans cette troisième et dernière apparition du Christ ressuscité, Jésus pose pour la dernière fois, trois questions.

Première question : "Pierre, m'aimes-tu plus que ceux-ci ?" Pierre répond sans problème : "Seigneur, tu sais que je t'aime". Bien sûr que le Seigneur le sait, mais la question aurait été de dire plus précisément : tu vois, tu es entouré des disciples. Il y a Thomas, celui qui a voulu voir, toucher pour croire et qui a confessé "mon Seigneur et mon Dieu". Il y a les fils de Zébédée, il y a ceux qui ont participé de plus près à tout ce que j’ai fait, à tout ce que j’ai dit. Il y a Nathanaël de Cana en Galilée cet homme que j’ai reconnu sans artifice, il y a aussi, le disciple que j’aime. C’est cette question que Jésus pose à Pierre. Je te demande si tu m'aimes plus que Thomas ? je te demande si tu m'aimes plus que Nathanaël de Cana cet homme droit ? Je te demande si tu m'aimes plus que celui qui m’est si proche, ce disciple, que j'aime ? "M'aimes-tu plus que ceux-ci ?" La question, en fait, n'est pas si banale qu’il y paraît. Jésus met le doigt certainement sur une chose très difficile dans la vie des hommes lorsqu'ils connaissent l'amour. C'est le fait de se sentir peut-être mal aimé, ou pas aussi bien aimé que ce qu'ils voudraient. Et c'est Jésus lui-même qui interroge Pierre sur ces "ceux-ci" ; d'ailleurs, tu pourrais en être jaloux, parce que parmi ceux-ci, il y a le disciple que j'aime particulièrement. Tu pourrais avoir des sentiments dans ton cœur qui t’empêcheraient de croire que malgré tel lien telle relation, telle manière d'être avec tel ou tel, il y a pour toi, cette question que je te pose et qui t'est personnelle : "Pierre m'aimes-tu plus que ceux-ci ?" C'est-à-dire, est-ce que tu as saisi, est-ce que tu as compris que Dieu n'a pas besoin d'esclaves ? Est-ce que tu as compris que le Seigneur n'a pas besoin de serviteurs ? Est-ce que tu as saisi que le Seigneur n'a pas besoin de rabaisser l'homme pour se sentir grand ? Le Seigneur a besoin d'une seule chose, de cet amour, mais pas d'un amour général, pas d'un amour qui englobe tout, pas de cet amour dont les chrétiens ont l'habitude : oh ! j'aime tout le monde surtout s'ils sont loin et qu'ils ne me dérangent pas. Non, "m'aimes-tu plus que ceux-ci" ? Est-ce que l'amour qu'il y a entre toi et moi est vraiment personnel ? En somme, considères-tu que malgré tout ce qui peut troubler ton cœur, rien de ce que nous vivons ensemble, de ce lien qui est le nôtre, ne peut le détruire ? Ni la haine, ni la jalousie, ni la mort, ni rien de semblable, rien ne peut détruire l'amour qu'il y a entre toi et moi, tout simplement parce qu'il n'est pas noyé dans le général, il t'est particulier, c'est notre relation, c'est notre amour.

Deuxième question que Jésus pose à Pierre : "Pierre, m'aimes-tu ?" Il n'y a plus de "ceux-ci". Simplement, Pierre, m'aimes-tu. Réponse de Pierre : "Tu sais bien Seigneur, je t'aime". Oui, mais peut-être que là, le Seigneur essaie d'inviter Pierre à voir ce qui fonde cet amour. Qu'est-ce qui fonde cet amour ? Pierre, ne vois-tu pas que cet amour, c'est celui que j'ai depuis toujours ? Les lieux et les gestes ne sont pas innocents. Les lieux ? Le lac de Tibériade. Mais Pierre, nous y étions déjà au bord du lac de Tibériade, c'est là que je t'ai appelé Pierre, c'est là où tu étais dans ta barque et je t'ai dit : "viens et suis-moi, je ferai de toi un pêcheur d'hommes". C'est au bord du lac de Tibériade, Pierre, que j'ai déjà annoncé la bonne nouvelle du salut, annoncé aux hommes, leur délivrance. Pierre, te souviens-tu ? C'est là que j'ai multiplié les pains pour la foule affamée, c'est là que j'ai nourri le pauvre, c'est à cet endroit que j'ai rassasié de biens celui qui était affamé. Pierre, te souviens-tu ? Pierre, te rappelles-tu que c'est au bord du lac de Tibériade qu'il y a eu une tempête un jour, et que je t'ai sorti de là, que je suis venu, et j'ai apaisé toutes les tempêtes de ta vie et de ton cœur ? "Pierre m'aimes-tu ? " C'est-à-dire : Pierre te souviens-tu de tout ce que j'ai déjà fait ? Te souviens-tu de toutes ces paroles que j'ai déjà dites ? Te souviens-tu de tous les gestes de communion, de tous les gestes de guérison, de tous les gestes de proximité et de tendresse que j'ai posé pour toi ? "Pierre m'aimes-tu ?" Te souviens-tu ainsi qu'il y a eu des choses merveilleuses et que ces choses merveilleuses, c'est ce qui fonde notre lien, c'est ce qui fonde notre relation, c'est ce qui fonde l'amour que je te demande. "Pierre, m'aimes-tu, te souviens-tu?" Te rappelles-tu, fais tu mémoire des merveilles de l’amour de Dieu pour toi ?

Troisième question : "Pierre, m'aimes-tu ?" Troisième et dernière question de Jésus dans l'évangile. Un moment de silence, car c'est peut-être plus difficile de répondre à cette troisième question. Pierre est décontenancé, il est peiné de ce que pour la troisième fois, Jésus lui dit : Pierre m'aimes-tu ? Alors, Pierre va répondre : "Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime".

Jésus, en posant cette troisième question, bien sûr, transperce le cœur de Pierre. C'est la dernière enveloppe, la dernière apparence qui tombe. Pierre était nu dans la barque, il s'est rhabillé pour se jeter à l'eau, c'est un peu étrange, mais finalement, il ne voulait pas paraître nu devant le Seigneur. Pourtant, avec cette troisième question, "Pierre m'aimes-tu", Pierre n'a jamais été aussi nu devant Dieu. Il ne peut pas cacher qu'il a renié le Seigneur, il ne peut pas dire qu'il a sans faille suivi le Seigneur et qu'il n'y a jamais eu de doutes dans sa vie. Il ne peut pas affirmer qu'il n'a pas trahi le Seigneur, il l'a fait trois fois. Trois fois, il l'a abandonné, trois fois, il l'a rejeté. Pierre n'est pas vierge d'une histoire difficile et compliquée. Pierre sait bien que peut-être, la pire des choses c'est d'abandonner celui dont on prétend être l'ami. Pierre a été infidèle à l'amour de Dieu pour lui. Pierre a donc connu le reniement, l'épreuve, Pierre a connu du même coup le regret, mais surtout l'isolement. Pierre a connu la solitude et le repliement sur lui-même. Et Jésus lui dit : "Pierre m'aimes-tu ?" Es-tu capable d'aller au-delà de l'échec. "Pierre, m'aimes-tu ?" Es-tu capable d'aller au-delà de ton infidélité ? "Pierre, m'aimes-tu ?" Es-tu capable d'aller au-delà du reniement, de la trahison, de la mort de ton ami à laquelle tu as participé ? "Pierre m'aimes-tu ?" Ton amour est-il capable d'avoir mûri malgré ou à cause de tes défaillances et de tes échecs ? Es-tu capable de ressentir que l'amour qu'il y a entre toi et moi est plus grand que toutes les trahisons, que tous les reniements ? "Pierre m'aimes-tu ?" ; "Seigneur, tu sais tout". Celui qui aime sait tout, il comprend sans qu'on ait besoin de lui dire, mais il aime mieux qu'on le lui dise. "Tu sais tout, tu sais bien que je t'aime". Dernière réponse de saint Pierre dans l'évangile de Jean.

La dernière question de Jésus à chacun des baptisés, c'est : "Pierre, Nathalie, Sylvie, Antoine, m'aimes-tu ?" Si la dernière réponse de Pierre, Nathalie, Sylvie, Antoine pouvait être : "Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime"

 

 

AMEN

 

 
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