AU FIL DES HOMELIES

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Actes 13-15+17-19 ; I Jean 2, 1-5a ; Luc 24, 35-48

Troisième dimanche de Pâques – B

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, pendant ces premiers dimanches du temps pascal, nous revivons avec l’Église, un certain nombre des apparitions du Christ après sa Résurrection. Je ne sais pas si vous avez été frappés aussi bien par le texte que nous venons d’entendre que par celui de dimanche dernier : une des constantes de ces apparitions du Christ, c’est le doute et l’incrédulité qui habitent ses disciples.

Saint Marc en fait une sorte de refrain de la fin de son évangile. Marie-Madeleine voit Jésus auprès du tombeau, elle va le dire aux apôtres mais ils ne la crurent pas (Mc 15, 9-11). Et rappelant l’épisode des disciples d’Emmaüs, deux disciples le rencontrèrent sur le chemin, eux aussi vinrent le raconter aux apôtres, mais eux non plus on ne les crut pas (v.12-13). Et quand Jésus apparaît aux apôtres dans l’évangile de saint Marc, la première chose qu’Il fait, Il leur reproche leur incrédulité et leur difficulté à accorder foi au témoignage de ceux qui l’avaient vu ressuscité (v.14).

Dimanche dernier, nous avions la version de saint Jean (Jn 20, 24-29) qui insiste plus particulièrement sur le doute de Thomas qui devient ainsi en quelque sorte, le prototype de celui qui a du mal à croire, Thomas qui dit : « Si je ne touche pas ses plaies, si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas » (v. 25).

Aujourd’hui nous avons la version de saint Luc. Il ne focalise pas son récit sur Thomas, c’est l’ensemble des apôtres, des onze qui, devant l’apparition de Jésus, sont tellement bouleversés et effrayés, qu’ils ont du mal à croire, qu’ils se refusent à croire. Jésus va être obligé d’apporter des preuves tangibles ou plus exactement, un contact expérimental avec la vérité de sa Résurrection. "Ils s’imaginaient voir un esprit" nous dit saint Luc : entendez, un fantôme, une apparition purement imaginaire. Et Jésus leur dit : "Venez, voyez, touchez, rendez-vous compte que j’ai des os et de la chair comme aucun fantôme ne peut en avoir". Jésus va donc les chercher au milieu de leur doute : vous me prenez pour un fantôme, pour une illusion d’optique ? eh bien ! non, "touchez et voyez, c’est bien moi". Et comme ils restent encore tellement étonnés et incrédules, Jésus va aller plus loin : "Apportez-moi quelque chose à manger pour que vous voyiez que je suis vraiment l’un de vous".

Donc Jésus insiste dans ce passage de l’évangile de Luc sur la vérité concrète, tangible, sensible de sa chair ressuscitée. Ce n’est pas une façon de parler, ce n’est pas une métaphore, moins encore une illusion d’optique, Il est vraiment ressuscité avec le corps dans lequel Il a vécu, dans lequel Il a souffert, dans lequel Il est mort. C’est cela l’importance de ses plaies qu’Il montre aux disciples, de ses plaies qu’Il les invite à toucher comme il l’a fait pour Thomas : "Approche ta main, touche et vois que c’est bien moi" (Jn 20, 27). L’identité de Jésus, cette identité corporelle, expérimentable, sensible, l’identité, c’est celle de celui qui est mort avec les pieds et les mains percés de clous, avec le côté transpercé. C’est le même. Certes, d’autres récits d’apparitions nous montrent comment Jésus semble autre. Marie-Madeleine le prend pour un jardinier (Jn 20, 15), les disciples d’Emmaüs le prennent pour un pèlerin sur la route (Lc 24, 16), les disciples qui sont en train de pêcher au bord du lac ne le reconnaissent pas (Jn 21, 4). C’est que tout en étant le même, Jésus, (c’est bien moi dit-il), Jésus est passé dans un autre registre, un autre monde, une autre réalité, une autre dimension. Il est ressuscité, Il ne fait plus partie de notre monde caduc, périssable, il est le principe du monde nouveau, du monde éternel, de cette éternité que Dieu veut partager avec toute sa création, avec l’humanité tout entière, avec l’univers tout entier. Jésus est le principe de ce monde nouveau et c’est pourquoi d’une certaine manière, Il apparaît comme étranger à notre monde temporaire, notre monde qui va à sa ruine, et pourtant, c’est bien lui : "C’est bien moi, voici mes plaies, voici mon côté transpercé".

Quelle est la réponse de Jésus à cette incrédulité des disciples, à ce doute qui habite leur cœur ? saint Luc va nous le montrer de façon extrêmement précise. Non seulement Il leur fait toucher son corps, non seulement il mange devant eux, mais il va ouvrir leur esprit, nous dirions leur cœur, à l’intelligence du mystère de Dieu. Il va ouvrir leur cœur à une compréhension, non pas conceptuelle, mais beaucoup plus profonde, à une découverte d’illumination. Il va illuminer leur cœur pour qu’ils comprennent, qu’ils aient l’intelligence des Écritures. Qu’est-ce à dire ? Dans la phrase qui précède, Jésus selon saint Luc, le leur dit expressément : "Il parcourt la Loi de Moïse, les psaumes et les prophètes, pour leur faire comprendre tout ce qui était dit de Lui" (Lc 24, 27). La Loi de Moïse, les prophètes, les psaumes, n’ont cessé d’annoncer ce mystère pressenti, découvert comme à tâtons, ce mystère caché encore, et petit à petit ouvert au cœur des hommes, et qui va se révéler pleinement en Jésus-Christ. Ce mystère, c’est le dessein de Dieu. Dieu, depuis le commencement du monde a un dessein, c’est celui de nous faire entrer dans la plénitude de son amour. Devant cette incrédulité, cette incapacité des hommes à croire à un tel bonheur, à croire à une telle vocation, devant la difficulté que nous avons à croire que nous pouvons entrer dans le bonheur même de Dieu, ce bonheur qui est celui d’aimer, devant cette difficulté, Dieu va redoubler d’efforts tout au long de l’histoire, Il va envoyer toujours des messagers nouveaux pour essayer de dire, de redire et de faire comprendre aux hommes ce dessein. Et finalement, Il enverra son Fils. Cela Il l’a préparé depuis toujours, et il sait que les hommes qui refusent le dessein qu’Il leur propose, la vocation à laquelle Il les appelle, les hommes refuseront aussi son Fils, et ils iront jusqu’à le mettre en croix, à la crucifier, pour le rejeter de leur vue, pour l’écarter de leur vie, pour s’enfermer dans leur doute et leur incrédulité.

C’est pourquoi tout au long de l’Ancien Testament, sans cesse, est annoncé cet amour de Dieu qui ira jusqu’à l’extrême, ainsi que nous le dit Jésus : "Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout, jusqu’à la fin" (Jn 13, 1). Il les aima du plus grand amour qui est de donner sa vie pour ceux qu’on aime (Jn 15, 13). Les psaumes, et par exemple, le psaume 21 que nous chantons le Vendredi saint, et qui est comme une sorte de préfiguration de la croix et de la Passion du Christ, les prophètes comme Isaïe, proclament ce serviteur souffrant qui, à cause de nos péchés, est mis au nombre des criminels, mais qui à cause de cela se relèvera et nous relèvera (Is. 52, 14 à 53, 12), les psaumes, les prophètes, tout l’Ancien Testament, ne cessent de nous annoncer cette venue du Christ. Les personnages de l’Ancien Testament, comme Abel, tué injustement par son frère Caïn (Gn. 4, 1-12), comme Joseph vendu par ses frères (Gn. 37, 18-28), comme Jacob qui lutte avec Dieu (Gn. 32, 23-31), comme Abraham à qui il est demandé d’offrir son propre fils en sacrifice, en image et en annonce de ce Dieu qui va offrir son Fils sur le Golgotha (Gn. 22, 1-13), tous les personnages, tous les récits, tous les événements de l’Ancien Testament ne font qu’approfondir ce mystère d’un amour qui est si grand qu’il va jusqu’au don absolu, qui est le don de soi-même, qui est le don de sa vie, qui est le don de sa mort.

Mais le Christ est ressuscité, précisément parce qu’il a donné sa vie par amour pour nous, et parce que l’amour est plus fort que la mort, il ressurgit vivant de ce tombeau, Il nous entraîne dans la vie qui n’a pas de fin, dans la vie qui est plus puissante que tout germe de mort, et il nous introduit dans ce bonheur de participer à sa joie éternelle.

Frères et sœurs, que ces apparitions du Christ ressuscité qui s’adressent à nous comme aux apôtres, et comme à Thomas, à nous qui sommes toujours tentés par le doute et par l’incrédulité, que ces apparitions du Christ ressuscité ouvrent notre cœur, ouvrent notre esprit, ouvrent nos yeux à l’intelligence du mystère de Dieu.

 

AMEN

 

 

 

 
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