AU FIL DES HOMELIES

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 COMMENT LES MORTS PEUVENT-ILS RESSUSCITER ?

1 Co 15, 35-44 ; Jn 6, 35-47

(18 avril 1991)

Homélie du Frère Michel MORIN

Au matin, elle fleurit, le soir, elle se fane … 

Q

 

uelques mots sur ce texte de la première épître aux Corinthiens où saint Paul essaie non pas de répondre de façon scientifique ou rationnelle, mais d'approfondir une observation, que lui font probablement quelques-uns de ses paroissiens ou des parents des enfants qu'il catéchise : "Comment les morts peuvent-ils ressusciter ?" Les gens qui se posent cette question, au moins semble-t-il, croient en la résurrection. C'est peut-être d'ailleurs pour cela que beaucoup de chrétiens ne se posent même plus la question de savoir "Comment vont-ils ressusciter ?" car si l'on en croit les sondages, ils ne croient guère eux-mêmes à leur propre résurrection.

        Dans le texte qu'il développe, saint Paul ne part pas des oppositions qui nous sont habituellement familières parce qu'elles sont faciles. Nous, nous disons : il y a le corps avec ses péchés, ses lourdeurs, ses maladies, sa mort et sa pourriture, et puis il y a l'âme avec ses grandeurs, sa prière, sa sainteté qui, déjà, ira de façon certaine, dans la vie éternelle parce qu'elle est immortelle. Non, saint Paul ne veut pas que nous pensions la résurrection comme un problème, car ce n'est pas un problème mais un mystère qui n'a pas de solution au sens humain du mot. Mais il nous dit ceci qui est très important. "Nous, nous sommes semés dans la corruption, mais nous ressusciterons dans la gloire, nous sommes semés dans la faiblesse, nous ressusciterons dans la force, nous sommes semés dans la corruption, nous ressusciterons dans l'incorruptibilité, nous sommes semés dans un corps psychique, nous ressusciterons dans un corps spirituel."

       Saint Paul ne part pas d'oppositions de concepts ou de réalités, mais il parle d'une densité, d'une intensité. Non pas pour opposer des choses qui seraient contraires, qui seraient inscrites dans un rapport dualiste ou séparatiste mais dans un rapport d'intensité. Et l'on comprend là que l'incorruptibilité ne sera pas quelque chose d'ajouté à la corruption, mais ressuscitera de la corruption, que la force ne sera pas un élément supplémentaire, mais que nous ressusciterons dans la force à l'intérieur de notre faiblesse, que la résurrection du corps spirituel ne sera pas fondamentalement étrangère au corps psychique, de même que l'épi n'est pas étranger à la graine qui pourrit. On ne peut pas opposer la corruption de la graine et la fructification de l'épi. Ce n'est pas possible. Aucun scientifique ou agronome sérieux ne ferait cela. Alors pourquoi nous-mêmes, chrétiens, nous aurions une conception d'opposition entre le corps que nous avons, entre la matière et la résurrection dans l'Esprit et dans la vie éternelle.

       Aborder ce problème par contraires, par contradictions, c'est le rendre encore plus obscur qu'il peut être. Et saint Paul nous dit : Ce n'est pas en opposant mais en lisant et en reconnaissant une intensité, et une densité nouvelle, certes, différente certes de ce que nous sommes, mais sûrement pas étrangère à ce que nous sommes maintenant. Donc, de ce qu'il y a en nous de corruptible, mettons la chair de notre corps car les deux mots ne coïncident pas exactement, la chair de notre corps est corruptible, de cette, corruption naîtra sous forme de résurrection une incorruptibilité. La corruption n'est pas le retour au néant total, l'abandon par Dieu d'une partie de sa création qui serait peu intéressante parce que provisoire. Ce qui est semé dans la corruption, Dieu le ressuscitera sous mode, dans une intensité d'incorruptibilité, ce qui est semé dans la faiblesse de notre pauvreté, de notre maladie, de nos péchés, de nos drames, de nos désespoirs, Dieu le ressuscitera, Dieu en fera surgir une force. Et l'exemple même, le type même de cette résurrection, c'est celle du Christ. Si son corps est ressuscité, cela prouve bien que ce qu'il y avait dans sa personne de corruptible, de péché, d'ignominie, de détresse, de désespoir et de mort puisqu'Il a épousé et vécu tout cela, au matin de Pâques, tout ceci a été ressuscité dans la force, dans la gloire et dans la lumière, sans que rien ne soit laissé dans le tombeau. C'est-à-dire que tout ce que nous sommes, le meilleur et le pire, le plus fort et le plus fragile, le plus beau et le plus laid, tout Cela est déjà travaillé par une force de résurrection qui rendra la totalité de ce que nous sommes incorruptible dans la gloire de Dieu, dans la vie spirituelle et dans la force de la résurrection du Christ.

       Alors ceci est très important pour nous. Cela veut dire que de ce que nous sommes ou de ce que sont les autres, de l'humanité, ou du cosmos entier, rien n'est absolument négligeable. Tout est infiniment respectable. Même ce qu'il y a de pire, parce que, de ce pire le Christ fera surgir la résurrection, l'incorruptibilité. Et sa gloire se manifestera à nous dans ce que nous avons de moins glorieux. Et c'est là que nous croirons qu'Il est vraiment Résurrection et force, non pas simplement pour Lui, mais pour nous, mais en nous et à cause de nous.

       Ceci rejoint bien ce que Jésus disait dans l'évangile de Jean : "Tout ce que le Père m'a donné, Je ne peux pas le perdre. Je ne perds rien de tout ce qu'Il M'a donné, mais je le ressusciterai au dernier jour." Jésus dit bien : "Tout ce que le Père M'a donné." Or le Père a tout donné au Fils, pas simplement l'esprit de l'homme, mais la chair de l'homme, pas simplement la grandeur de l'homme, l'intelligence humaine, mais le péché de l'homme qu'Il a porté, pas simplement la force mais la fragilité, pas simplement la vie mais la mort, pas simplement le bonheur de vivre mais la souffrance de mourir et d'être abandonné. Tout ceci a été donné, par le Père, dans la chair humaine du Christ. Et parce que cette chair humaine va être semée dans la même faiblesse que nous, parce qu'elle est habitée par la force de Dieu, tout cela ressuscite, tout cela revit, tout cela passe de l'ignominie à la grandeur, de la faiblesse à la gloire, de ce qu'il y a de psychique c'est-à-dire de fragile jusqu'à la vie dans l'Esprit.

       Frères et sœurs, tout ce que nous sommes et tout ce que nous vivons, les uns et les autres, dites-vous bien que rien n'est perdu. Car si quelque chose de nous-mêmes était perdu, et si le péché que nous faisons était définitivement perdu, le Christ ne serait pas Sauveur. Car ce qu'Il vient sauver, c'est justement ce qui était perdu, ce que nous, nous perdons. Or le Père ne veut pas que même le péché de l'homme soit perdu et le perde et c'est pourquoi même cela Il l'a donné au Christ pour qu'en le portant Il le pardonne, pour qu'en prenant notre mort, Il la ressuscite, pour qu'en épousant notre souffrance, Il la guérisse. Il en va ainsi de chacun de nous dans notre vie, quelle qu'elle soit, de l'humanité tout entière et du monde aussi dans tout ce qu'il a de plus beau et dans ce qu'il a de plus catastrophique.

       C'est pourquoi ne réfléchissons pas à ce mystère de notre résurrection en nous demandant : qu'est-ce qui va ressusciter, qu'est-ce qui ne va pas ressusciter ? Mais adhérons de tout notre être et laissons-nous emporter, corps et biens, par cette force de Dieu. Lui-même assumera tout ce que nous vivons et tout ce que nous sommes comme Il a assumé cela dans son propre corps. Et de cette réalité qu'Il va assumer, Il va en faire comme une assomption, monter et ressusciter dans sa gloire.

        AMEN

 

 

 
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