AU FIL DES HOMELIES

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 LE CORPS RESSUSCITÉ

1 Co 15, 35-44 ; Jn 6, 35-47

(18 avril 2002)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

De la graine à la fleur

C

 

omme je le disais au début de cette eucharistie, frères et sœurs, les textes qui nous sont proposés aujourd'hui nous parlent l'un comme l'autre de la Résurrection du Christ comme principe de notre propre résurrection, ce qui est bien naturel au temps pascal. Ces textes proposent plusieurs affirmations qui sont fort intéressantes pour notre foi et qui correspondent à des problèmes que nous nous posons.

          Je choisirais de vous parler plutôt du texte de la première lettre de saint Paul aux Corinthiens qui nous parle de la modalité de notre résurrection. C'est une question que nous nous posons souvent : comment ressusciterons-nous ? Comment est-il possible, qu'est-ce que ce que cela peut vouloir dire que ce corps fragile, malade, qui s'use, qui meurt, qui se dégrade, que ce corps puisse ressusciter ? Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

          Pour, non pas répondre à cette interrogation, mais pour nous aider à la poser mieux, saint Paul part de plusieurs comparaisons. Tout d'abord, il nous dit que ce qu'on appelle chair désigne des réalités extrêmement diverses. "Autre, dit-il la chair des poissons, autre celle des animaux, autre celle des hommes, et même, selon les conceptions du temps, autre la matière des réalités terrestres, autre la matière des astres, et même d'ailleurs les astres diffèrent les uns des autres, car l'éclat du soleil, celui de la lune, celui des étoiles sont différents". Cette première affirmation n'est pas encore extrêmement profonde, il s'agit simplement de comprendre que la matière, donc la chair dont nous disons qu'elle ressuscitera, a de modalités, des structures extrêmement variables d'un être à l'autre.

         Une deuxième comparaison que prend saint Paul va être plus éclairante. Il nous montre comment une même chair, une même réalité matérielle peut se transformer, et ceci même dans la nature des choses. C'est ainsi, dit-il, qu'on plante une graine, une semence, un tout petit bout de matière qui nous a l'air informe, ou d'une forme très modeste, peut déployée ni structurée, et voilà que cette graine va faire émerger une plante, avec une tige, des racines, des feuilles, des fleurs, des fruits, tout cela était donc d'une certaine manière contenu dans la graine, non point que la graine contienne des petites feuilles, des petites fleurs et des petits fruits, mais parce que nous dirions aujourd'hui, les éléments génétiques contenus dans la graine, se déploient ensuite selon ce programme génétique, pour donner naissance à une plante, et cette plante, il est trop évident, et notre expérience le montre, ne ressemble absolument pas à la graine, même si elle en est issue. Et même si nous savons que le papillon vient de la chenille, et que la chenille, la chrysalide et le papillon sont un même être, mais le même être qui prend des formes différentes. L'intérêt de cette comparaison, saint Irénée la développera, en disant : de même que la graine est enfouie dans la terre, et que de cette graine naît une plante, (d'ailleurs Jésus l'avait dit Lui-même : "si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas", c'est une façon de parler qu'il meurt, il semble se détruire comme grain de blé), mais à partir de cette destruction s'opère une transformation, et si le grain de blé meurt il porte du fruit, et saint Irénée nous dit : "de la même manière, notre corps sera comme le grain de blé mis en terre, et à partir de cette mort, il portera du fruit, le fruit du corps ressuscité".

        C'est dire que le mystère de la Résurrection dont la modalité nous échappe, n'est pas plus difficile à imaginer que celui de la transformation de la graine dans la plante. Il y a ainsi une sorte de génération intime des êtres qui passent par des phases et qui se transfigurent. Saint Paul va appliquer à la Résurrection de nos corps, ce qu'il vient d'ébaucher par l'image de la graine, il dit : "On sème quelque chose de corruptible, notre corps qui est une réalité fragile, soumise à la dégradation, et il en germe une plante qui elle est incorruptible. On sème de la pauvreté, de la faiblesse, et il sortira de la gloire et de la force". Et il arrive à l'expression la plus profonde : "on sème un corps psychique, et il ressuscite un corps spirituel". Je voudrais attirer votre attention sur ce vocabulaire qui ne nous est pas tout à fait familier. Quand nous employons le mot spirituel nous l'opposons à matériel, et corps spirituel dans nos élucubrations modernes, cela voudrait dire, comme le prétend le New Age, ou je ne sais quelle autre idéologie pseudo religieuse, un corps spirituel, ce serait un corps astral, une espèce de fantôme, une sorte de double insaisissable de notre corps, qui ne serait pas matériel, mais qui ressemblerait quand même à quelque chose de matériel, tout en ne l'étant pas.

         Saint Paul ne veut absolument rien dire de semblable. Il n'oppose pas "corps spirituel" à "corps matériel", mais "corps spirituel" à "corps psychique". Qu'est-ce que cela veut dire "corps psychique" ? Psychique, cela vient de "psyché", qui veut dire l'âme. Un corps psychique, c'est un corps animé par une âme humaine, créée. Le corps psychique, c'est notre corps, c'est-à-dire le fait que nous sommes des êtres matériels dont la matière est synthétisée et vivifiée, animée et rendue vivante et agissante, par un principe d'unité qui est un principe d'activité et qu'on appelle l'âme. Ce qui permet de répondre à ceux qui disent qu'ils n'ont jamais vu l'âme, qu'ils ne savent pas ouvrir les yeux, parce que s'ils voient un corps qui bouge, qui parle, qui pense et qui se reproduit, voilà, l'âme n'étant pas une réalité éthérée mais étant le principe de la vie et de l'activité du corps. Voilà ce qu'est un corps psychique.

        Un corps spirituel, par opposition au corps psychique, c'est un corps dont le principe de vie n'est pas seulement d'ordre humain, n'est pas simplement une âme humaine, mais l'Esprit de Dieu, l'Esprit Saint. Spirituel ne veut pas dire immatériel, mais spirituel veut dire : ce qui vient de l'Esprit de Dieu. Cela veut dire que le principe de notre vie de ressuscité, ce n'est plus simplement un principe à notre niveau, à notre mesure, ce n'est plus simplement un principe d'ordre humain, c'est un principe de vie d'ordre surnaturel qui vient de Dieu Lui-même et qui est l'Esprit Saint Lui-même, cet Esprit que nous recevons au baptême sous l'image de l'eau, et qui est la présence en nous du souffle vital de Dieu Lui-même, car Esprit cela veut dire : souffle vital. Nous sommes donc appelés à une vie dont le principe ne sera plus simplement à notre niveau terrestre, humain, mais dont le principe sera la vie même de Dieu. Voilà ce que nous dit saint Paul. Cela ne résout pas les questions que nous nous posons, nous ne savons pas si nous aurons le nez au milieu de la figure, ou si nous aurons quatre yeux au lieu d'en avoir deux, cela ne nous dit rien sur les modalités de la résurrection. Mais cela nous dit que la résurrection, cela veut dire que nous serons vivants non pas seulement d'une vie seulement humaine, mais de la vie même que l'Esprit de Dieu met en nous, une participation à la vie divine.

         AMEN

 

 

 
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