AU FIL DES HOMELIES

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 LA RÉSURRECTION DES CORPS

1 Co 15, 35-44 ; Jn 6, 35-47

(10 avril 2008)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Athènes : Stèle funéraire

D

ans l'épître de saint Paul comme dans l'évangile, il y a un mot commun : la résurrection. Le Christ dit : "Je le ressusciterai au dernier jour, je le ressusciterai celui qui croit en moi". Saint Paul essaie de nous expliquer le mode de la résurrection. Il finit pas dire que nous sommes semés dans le corruptible, mais que nous ressuscitons incorruptibles, semés corps psychiques, et nous ressuscitons corps spirituels. Cela pose la question assez récurrente de savoir comment nous ressusciterons C'est déjà un progrès quand certains chrétiens finissent par croire que la résurrection est possible aussi pour eux, et pas simplement pour le Christ, sachant que souvent le principe même de l'incarnation satisfait davantage que celui de la résurrection.

       Prenons déjà le groupe qui croit à la résurrection, mais qui du mal à croire que c'est sa propre chair, son propre corps qui ressuscitera. Dans ces cas-là, on pense que la résurrection est une manière  de parler, cela veut dire qu'on vivra, qu'il y aura quelque chose comme une espèce de tuyau blanc diaphane qui montera au ciel, qui sera auprès de Dieu, et ce sera finalement un peu quelque chose de nous qui survivra.

        Or, au centre même de notre foi, il y a deux points fondamentaux : croire en la résurrection du Christ et croire en notre résurrection. Mais attention, croire en la résurrection du Christ et croire en notre résurrection, c'est croire en notre résurrection comme celle du Christ. Le Christ n'est pas ressuscité en disant : moi je suis ressuscité, vous le voyez, c'est bien moi, touchez mes plaies, je ne suis pas un fantôme, et l'air de dire que vous, quand vous ressuscitez, vous verrez bien comment c'est parce que ce ne sera pas exactement comme moi ! Si nous croyons en la résurrection du Christ, si c'est le centre de notre foi, le Christ veut que nous ressuscitions comme lui. Première donnée, ce sera avec notre corps et ce sera vraiment nous.

       Après saint Paul ne dit pas que le corps spirituel, finalement ce n'est pas tout à fait le corps psychique, il dit que c'est autre, mais il y a toujours le mot corps : corps psychique, corps spirituel. Ce qui est intéressant, c'est de revenir à cette notion même du corps. Pourquoi ? Parce que, et les grandes religions se placent là-dessus, tout dépend de la notion que l'on a du corps. Bien sûr, si notre corps n'est qu'une enveloppe, cette enveloppe peut disparaître et le principe qui anime le corps, vivre auprès de Dieu. Certaines religions se positionnent ainsi. D'autres religions ne se posent pas la question parce que tout appartient à Dieu, ou bien le  corps a une importance.

        Ce corps, qu'est-il vraiment ? Que devient-il ? A quoi sert-il? Ce n'est pas une réponse que le christianisme va apporter, mais c'est une manière d'être.? Le christianisme sait et confesse que ce que nous sommes réellement ne peut être et ne peut passer que par le corps. Ce qui est corporel doit signifier et dire dans l'éternité ce que nous sommes pour toujours auprès de Dieu. La modalité et la manière est peut-être plus difficile d'en rendre compte, mais ce qui est sûr, c'est que notre corps n'est pas méprisable. A ce titre, il est comme le disait Tertullien, la chair et l'axe du salut. C'est pour cette raison qu'en régime sacramentel, tout touche le corps, les mots, les gestes, les objets, les réalités de ce monde qui vont nous permettre de recevoir les sacrements : verser de l'eau sur la tête en disant : je te baptise. Ce n'est que de la matière y compris le son. Nous voyons bien que la grâce, la vie de Dieu passe par la corporéité.

       Si la vie de Dieu aujourd'hui passe par la corporéité, la vie de Dieu dans l'éternité passe également par la corporéité. Il nous faut réfléchir que si nous ne savons pas rendre exactement compte du processus ou de la modalité de la résurrection, il n'en demeure pas moins vrai que nous connaissons déjà le principe de l'éternité de la résurrection dans notre corporéité aujourd'hui. Si l'on reçoit les sacrements, nous recevons la vie du ressuscité, nous vivons de la résurrection, de la grâce. Quand je reçois le corps du Christ, je ne communie pas à une viande morte ! mais au corps de vie du ressuscité.

        Le fait d'être chrétien, qu'est-ce que c'est ? C'est d'appartenir au corps du Christ, et ce n'est pas une image que de dire que l'Église est corps du Christ. Autrement dit, lorsque saint Paul parle de ce passage en disant qu'il est "autre", il manifeste aussi que nous sommes déjà semés dans cette terre et que cette semence porte déjà les fruits même de la vie éternelle, de ce que l'on peut appeler le corps spirituel. Ce que je reçois aujourd'hui, c'est ce qui doit trouver son achèvement dans l'éternité. Si je reçois le baptême, la réconciliation, et ce grand sacrement qu'est l'eucharistie, si je reçois le corps du Christ (c'est saint Augustin qui le disait), c'est pour que je devienne ce que je reçois. Or, le corps du Christ est ressuscité, et je ne serai jamais sans corps dans l'éternité, puisqu'au moins je fais partie du corps du Christ dans son Église. A plus forte raison, mon corps, ma chair qui sont le lieu même de l'expérience et de la vie de salut avec Dieu, ce corps-là, c'est sa vocation, est appelé de-facto, à ressusciter puisque c'est celui-là que le Christ appelle à la vie, puisque c'est celui-là que le Christ ensemence de sa résurrection au jour le jour, dans notre quotidien, tout particulièrement par les sacrements.

 

         AMEN

 

 

 

 
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