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JE SAIS BIEN POURQUOI VOUS ME CHERCHEZ

Ac 5, 32-42 ; Jn 6, 27-35

Jeudi de la troisième semaine de Pâques – A

(7 mai 1981)

Homélie de Frère Daniel BOURGEOIS

N

 

ous commençons donc ces jours-ci, la lecture de ce grand texte de saint Jean, le discours sur le pain de vie que Jésus a prononcé bien avant sa Pâque. Or, on pourrait se demander pourquoi l'Église tient tant à lire ces paroles du Christ après la multiplication des pains, alors que nous venons de fêter la mort et la résurrection du Seigneur. C'est qu'en réalité, ce texte est la première grande invitation de la part du Seigneur, adressée à tout son peuple d'Israël, à entrer dans la même aventure que Lui. Vous savez que lorsque le Christ a multiplié les pains, les foules voulaient en faire leur roi. C'est-à-dire que Israël, à travers ce pauvre peuple de Galilée qui suivait le Christ, avait tout d'un coup pris conscience de sa destinée messianique de cette promesse de Dieu qu'un jour Israël serait le point de rassemblement de toutes les nations. Et Israël, à ce moment-là s'est imaginé que le Christ pourrait être à la fois le leader politique et le représentant religieux de ce mouvement par lequel Israël trouverait enfin sa grandeur et sa gloire parmi toutes les nations.

Or le Christ s'est dérobé. Les foules n'en ont pas pour autant abandonné là leur enthousiasme, mais elles ont décidé de le chercher, et elles l'ont trouvé à Capharnaüm, dans une synagogue, dans le lieu de la Parole. Après le lieu du pain le lieu de la Parole. A ce moment-là, les foules ont demandé au Christ, ont dû renouveler leur demande. Et le Christ devinant cette demande au fond de leur cœur, dit : "Je sais bien pourquoi vous me cherchez," non à cause de ce que j'ai voulu vraiment vous donner, mais à cause de la nourriture périssable. Vous me cherchez parce que vous avez sur moi une optique qui vient du monde, une sorte de restauration politique d'Israël dans sa grandeur et dans sa gloire. Or, il ne faut pas travailler pour cette nourriture périssable, car le monde périt avec son désir, avec sa fragilité et surtout avec son péché. Mais il faut accepter d'entrer dans ce pourquoi je suis venu. C'est dire qu'à partir de ce moment-là, va se produire comme un clivage.

Le peuple aimait le Christ, à cause de ce qu'il voulait bien prendre et reconnaître en Lui, mais en réalité, le Christ lui demande d'avoir foi en Lui, c'est-à-dire d'accepter le système qu'Il se donne avec les exigences du salut et de la manière dont Il se donnera au peuple. C'est cela que le Christ explique à travers ce long discours.

Si Israël veut vraiment que le Christ soit son Messie, que Jésus soit son Messie, il faut qu'il accepte d'entrer dans la Pâque, il faut qu'il accepte que dans son existence périssable, il soit marqué par la mort, par la participation à la mort et à la résurrection du Sauveur. Tout ce discours sur le pain de vie, c'est uniquement cela. C'est comme si le Christ disait aux juifs : si vraiment vous voulez que je sois votre roi, si vraiment vous voulez que je sois le Messie, il faut vraiment que je sois pain vivant, prêt à être mangé, prêt à être détruit, à être offert, à être donné. Et non seulement moi, mais il faut que vous aussi, à ma suite, vous soyez configurés dans mon aventure de mort et de résurrection, que vous soyez conformés à moi, par la Pâque, par la mort et par la Résurrection.

C'est pour cela que ces textes nous sont donnés en ces jours. C'est pour que nous comprenions la manière dont Dieu, dont le Christ, aujourd'hui nous propose l'eucharistie. Le Christ nous propose le pain et le vin pour mourir avec Lui et pour ressusciter avec Lui. Mais si nous n'acceptons pas la mort, nous ne pourrons pas recevoir la résurrection. Le Christ ne veut pas qu'on se pose à l'extérieur de Lui-même, en demandant des signes pour nous convaincre. Le Christ veut que nous croyions, c'est-à-dire que par l'adhésion profonde de tout notre être, de tout notre cœur, nous soyons à Lui, engagés dans son aventure, pris dans sa mort, pris dans sa résurrection et saisis dans sa Pâque.

Lorsque nous recevons le pain, lorsque nous portons à nos lèvres le sang du Christ, c'est vraiment pour entrer dans la mort du Christ, et c'est vraiment pour entrer, dès ici-bas, dans le mystère de sa résurrection. Que lorsque nous disions "Amen", en vérité, ce soit vraiment cette vérité-là que nous proclamions du fond du cœur.

 

AMEN