AU FIL DES HOMELIES

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DONNE-NOUS TOUJOURS DE CE PAIN-LÀ

1 Co 15, 20-38 ; Jn 6, 27-35

Jeudi de la troisième semaine de Pâques – A

(10 mai 1984)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

D

 

onne-nous toujours de ce pain-là". Jésus répond : "Je suis le Pain de Vie !" Dans cette demande et cette réponse sont contenus tout le sens, toute la valeur de cette autre parole de Jésus que nous répétons inlassablement, chaque jour, avec l'Église : "Donne-nous notre pain de ce jour !" dans la prière du Notre Père.

Nous pensons peut-être que le pain de ce jour que nous demandons c'est la nourriture dont nous avons besoin pour vivre. C'est non seulement la nourriture matérielle de notre corps mais aussi tout ce dont nous avons besoin pour vivre comme homme, ce qui nourrit notre intelligence, ce qui nourrit notre cœur, ce qui fait que nous grandissons en humanité, en connaissances, en déploiement de nos possibilités humaines, intellectuelles ou affectives. Ce sens-là, premier, immédiat n'est pas totalement exclu de cette demande, mais cependant, ce n'est pas le sens profond, le sens le plus important, ce n'est pas ce que nous demandons en priorité. Si ce n'était que cela ce serait réduire terriblement cette demande à des choses matérielles. Or "le Père sait de quoi nous avons besoin " et Il nous demande, à ce niveau-là, d'être en totale confiance "comme les oiseaux du ciel qui ont leur nourriture" ou "les fleurs des champs qui ont leur parure."

Notre demande du "pain de ce jour" c'est autre chose. C'est ce qui nous permettra de vivre notre vie de chaque jour vers une autre vie. Le Christ Lui-même nous l'avait déjà signifié dans l'épisode des tentations, lorsque Satan s'approche et lui dit : "Si tu veux, Tu peux changer ces pierres en pain." Jésus répond : "L'homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu." Déjà dans cette réponse, nous saisissons que le pain dont Il parlera toujours ne sera pas le pain matériel, si nécessaire soit-il, mais une autre nourriture. Et Lui-même le redira de façon un peu plus explicite à ses disciples, au bord du puits de Jacob, après son entretien avec la samaritaine. Alors que Jésus était en train de révéler à cette femme le don de "la vie jaillissant comme une source d'eau vive pour l'éternité" les disciples, revenant avec un panier de pain, de fromage et de viande, lui disent : "Mange !" et Jésus répond :"Je n'ai pas faim ! J'ai une autre nourriture, celle de faire la volonté de mon Père !"

Et aujourd'hui même, lorsque les juifs lui demandent : "Que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ?" Jésus répond : "L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en Celui qu'Il a envoyé !" C'est tout cela qui nous fait comprendre que le pain dont il est question, ce n'est pas le pain matériel si bon, si nécessaire soit-il mais c'est le pain qui vient de Dieu. C'est le pain qui "sort de la bouche de Dieu", c'est le pain qui est l'accomplissement du dessein de Dieu par l'Envoyé, par le Fils. Et c'est pour cela que le Christ peut dire : "Je suis le Pain de Vie !" Je suis l'accomplissement du désir de Dieu pour vous. Je suis cette nourriture bien plus important bien plus profonde que le pain quotidien que vous demandez et dont vous vous êtes réjouis d'être rassasiés, lors de la multiplication des pains. A travers ce miracle très matériel, le Christ signifiait une nourriture tout à fait spirituelle, c'est-à-dire Lui-même, accomplissant la volonté de Dieu, sortant de la bouche de Dieu comme Parole vivante pour nourrir notre cœur, notre vie spirituelle et notre foi.

"Donne-nous notre pain de ce jour !" En disant : "Je suis le Pain de Vie !" Jésus ajoute : "Celui qui me mange n'aura jamais faim ! Celui qui croit en Moi n'aura jamais soif !'' Il nous signifie par là que le pain qu'Il est, le pain de vie, est un pain non pas pour le temps présent mais pour ce temps où il n'y aura jamais de limites c'est-à-dire pour l'éternité, pour la vie éternelle pour "son Jour", ce Jour où Il sera totalement manifesté à notre propre cœur, à notre propre vie et où Il se donnera en abondance, et où nous le recevrons sans restriction, sans réticence, sans mesure, sans calcul. Ce jour c'est "son Jour", c'est celui de la vie éternelle. Lorsque le matin, le soir, si souvent, chaque jour, nous demandons au Père "Donne-nous notre pain de ce jour !" c'est cela que nous demandons. C'est d'entrer, au jour qui sera le sien, dans la vie éternelle. Or ce jour qui est celui de Dieu pour nous donner la vie éternelle, c'est non seulement l'éternité que nous connaîtrons après notre mort, mais c'est ce jour d'aujourd'hui. Puisque dans son corps livré, dans son sang versé, le Christ nous donne le pain de la vie, de façon que, dès aujourd'hui, nous n'ayons pas d'autre faim, que jamais plus nous ne connaissions la torture du désir de l'homme sans être immédiatement rassasié par le corps du Christ et par son sang.

Ainsi, nous accomplissons sa volonté, car la volonté du Père, c'est que nous connaissions le Fils et la volonté du Fils c'est que nous connaissions le Père Or c'est dans la Pâque que le Père a révélé pleinement son Fils, et c'est dans la Pâque que le Christ s'est manifesté totalement fils. Nous travaillons à l'œuvre de Dieu qui est de croire au Fils lorsque, comme aujourd'hui, nous allons recevoir le pain de vie. Et ce pain de vie travaille en nous et tisse en nous, dès aujourd'hui, la vie éternelle.

Que chaque fois que nous disons dans notre prière personnelle ou communautaire cette parole, cette demande : "Donne-nous, aujourd'hui, notre pain de ce jour !" que notre foi grandisse puisque, dès aujourd'hui, Dieu nous répond pour nous faire vivre, en ce temps-ci, de la vie éternelle de la Pâque du Ressuscité.

 

AMEN

 
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