AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE DÉTECTEUR DU BONHEUR

1 Co 15, 35-44 ; Jn 6, 35-47

Jeudi de la troisième semaine de Pâques – C

(22 avril 2010)

Obsèques de Pierre CHALLE

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Finsonius : La résurrection

 

F

rères et sœurs, chère Suzon et vous tous qui êtes là aujourd'hui pour accompagner Pierre de votre prière, nous nous souvenons tous de cet humour un peu british qui était dans le cœur de Pierre, dans son sourire et dans son regard. Vous me permettrez d'évoquer sa figure d'abord par un petit trait d'humour.

Je l'imagine arrivant au paradis, toujours bien mis à quatre épingles, toujours parfaitement aimable, courtois, et disant simplement à saint Pierre : "Excusez-moi je ne veux pas vous déranger, mais, où est-ce qu'on chante Gouzes au paradis ?" Pierre était un homme très soucieux, d'abord de ne pas déranger, de respecter. Je pense qu'il n'aurait jamais osé arriver brutalement dans l'assemblée de saints et des anges. Il se serait d'abord fait tout petit, pour trouver discrètement sa place, mais en même temps, il savait exactement ce qu'il voulait, il savait exactement ce qui était important, et pour lui la louange de Dieu, la célébration de la bonté de Dieu c'était le cœur de sa vie. Il avait découvert, il a vécu et il a partagé avec nous dans cette église, pendant des années, ce goût de célébrer le mystère d'un Dieu qui nous sauve, ce mystère d'un Dieu qui est présent dans la vie de chacun d'entre nous. Je suis sûr qu'à ce moment-là, saint Pierre aura reconnu son protégé Pierre Challe et lui a dit : "Écoutez Pierre, on vous a préparé votre place, venez au pupitre des basses, nous comptons sur vous et nous allons chanter la louange de Dieu à l'unisson avec tous ceux qui sont encore sur la terre et qui dans la joie et l'espérance de la résurrection, partagent avec vous aujourd'hui ce chant de victoire du Christ ressuscité".

C'est vrai que Pierre avait une sorte de sens du détail de ce qu'il fallait faire, de ce qui était convenable, de surtout de ce qu'il ne fallait pas faire, et qu'il savait exactement avec une méticulosité que nous lui connaissons tous, et presqu'une sorte de scrupule, il savait exactement trouver ce qui pouvait faire plaisir. Je crois que ses proches le savent, et nous-mêmes, nous l'avons remarqué à plusieurs reprises. Ce qui était le secret de cela, et pour moi c'est le plus important, et c'est cela que nous devons garder de Pierre, c'est qu'il avait toujours le souci du bonheur des autres. S'il était si attentif, si attentionné, parfois même presqu'à l'excès, c'est parce qu'il savait dans son cœur que le bonheur est une chose fragile dans le cœur des autres, et qu'il fallait s'approcher de ce bonheur avec respect, douceur et admiration.

Je crois que c'est cela toute la vie de Pierre. Que ce soit au niveau de la famille, que ce soit au niveau professionnel, que ce soit au niveau social et de l'amitié, que ce soit au niveau de la foi, je crois que Pierre était capable de percevoir que chaque homme, chaque frère, chaque sœur, était destiné au bonheur et que c'était un secret qu'il fallait laisser s'épanouir, qu'il fallait être proche et pouvoir s'en émerveiller. C'est pour cela qu'il ne formulait jamais aucune critique sur personne, jamais une parole d'amertume et c'est rare de nos jours. Pierre avait ce don de reconnaître, c'était un détecteur du bonheur des autres et avec un grand respect, il essayait de le servir et de le promouvoir. Cela demande infiniment de délicatesse, infiniment de réserve. C'est pour cela que nous lui connaissons ce personnage si discret, si délicat et si attentif.

Je crois que s'applique admirablement à lui cette parole que nous avons entendue dans l'épître de saint Paul aux Corinthiens : "On sème de la faiblesse et il en ressuscite de la force". Là aussi, c'est vraiment le cœur que Pierre avait reçu de son Seigneur. Il ne voulait pas s'imposer, il ne voulait pas cultiver une sorte de force. Il savait que c'était en paraissant attentif, proche, faible au sens de saint Paul, c'est-à-dire celui qui ne s'impose pas, qui ne bouscule pas, celui qui est discret, il savait que le Seigneur était capable de prendre ce que saint Paul appelle la faiblesse et d'en faire de la véritable force spirituelle. Là aussi, ce que nous pouvons garder du cœur et de la vie de Pierre, c'est ce côté fort et tenace. Quand il avait décidé quelque chose, il fallait que cela se fasse parce qu'il avait compris que c'était par là qu'était un certain chemin de bonheur, et donc, il fallait le suivre. C'est une force non pas de violence, mais une force de grâce. Tous ici, d'une manière ou d'une autre, nous l'avons éprouvée, cette force qui s'appelle la fidélité, qui s'appelle l'attention, qui s'appelle la proximité, qui s'appelle finalement la tendresse.

Oui, c'est cela le cœur de Pierre, un cœur dont la tendresse et la douceur étaient la force. Je crois qu'il nous lègue cela comme un héritage, un cadeau très précieux que nous avons à essayer de faire vivre en nous. Après tout, en nous aussi, même si nous n'avons pas ses talents presqu'innés, nous devons savoir cultiver et aimer le bonheur des autres de façon très profonde et très respectueuse.

Que par la grâce du Seigneur, que par sa présence, que par la prière de Pierre dont je ne doute pas qu'il est en train de prier avec nous aujourd'hui, et de demander au Seigneur qu'il nous garde dans l'espérance et la confiance, que le Seigneur nous accorde à nous aussi de savoir découvrir à quel point jusque dans cette ultime faiblesse qui est notre mort, que c'est là que Dieu peut nous donner la véritable force dont nous avons besoin pour avancer sur le chemin de la vie.

 

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public