AU FIL DES HOMELIES

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L'AVENIR DU MONDE EST DANS LA RELATION AU PÈRE

1 Co 15, 35-44 ; Jn 6, 35-47

Jeudi de la troisième semaine de Pâques – B

(8 mai 2003)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

L

'évangile est vraiment une nourriture substantielle, il est même quelquefois difficile à saisir. Il est à remarquer que Jésus n'a pas livré ainsi ce discours-là le jour même de la multiplication, mais le lendemain, parce que le jour même de la multiplication, il a simplement nourri cette foule. Des pains d'orge, dit saint Jean, or l'orge était deux fois moins cher que le froment. Ce sont donc des pains de ménage, des pains substantiels, le pain qui est là pour nous rassasier, un pain qui ne fait pas de chichis. Un pain d'orge pour une foule de cinq mille hommes, ce sont les chiffres des organisateurs, ce ne sont pas les chiffres de la police !

En tout cas, le lendemain, ils sont revenus, et Jésus livre quelque chose d'extrêmement pointu et intéressant, mais difficile, puisqu'Il veut parler de la même que ce que reprendra Paul plus tard, c'est-à-dire du lien qui va se créer entre Dieu et le monde, du lien que Dieu souhaite pour le monde, du salut éternel, du salut de ce monde. Le salut de ce monde n'est pas dans les solutions, par exemple du panthéisme mystique qui est cette manière de dire que Dieu est en tout l'univers, en tout le réel, le monde n'ayant pas vraiment de consistance, ni de chair, et à ce moment-là la participation finale du monde à Dieu disparaîtra comme la poupée de sel dans l'océan et le monde se fondra dans le seul existant, le seul réel : Dieu. C'est la solution du panthéisme qui voit Dieu comme le seul existant. D'autres ont pu dire aussi que cette participation, le monde étant le seul existant puisque le monde résume Dieu, Dieu serait dispersé dans toutes les parcelles du monde, alors c'est le monde qui est le seul existant et Dieu n'est rien. Solution du panthéisme qu'il faut éviter pour garantir la consistance de notre monde et le salut que Dieu a voulu pour ce monde. D'autres ont voulu juxtaposer Dieu et le monde, comme deux réalités tellement dissemblables qu'aucune participation n'était possible.

Je crois qu'à travers ce discours difficile de Jésus dans l'évangile de saint Jean, Jésus nous ouvre à autre chose. Il nous ouvre à une communion. C'est pour cela que ce discours est placé sous le signe du pain. Il nous ouvre à une communion entre Dieu et le monde. Ce ne sera pas la disparition du monde, ce ne sera pas une sorte de résumé terrifiant d'une disparition totale du monde en Dieu, mais ce sera notre participation au mystère de Dieu. Et Il nous ouvre à cette participation en risquant un discours trinitaire, en risquant un discours sur son Père, un discours qui fait jouer un jeu de relations. Il nous introduit dans cette idée que le monde a un avenir dans une relation, en parlant précisément de la relation qu'Il a avec son Père. "Ne murmurez pas entre vous. Nul ne peut venir à moi si celui qui m'a envoyé ne l'attire, et moi, je le ressusciterai au dernier jour". Il nous introduit dans cette participation en nous introduisant dans le mouvement trinitaire, en nous introduisant dans le secret de la relation qu'Il a avec son Père. Seule, une reprise dans un jeu de relation peut garantir que le monde ne disparaîtra pas en Dieu, le monde que le Père aura comme projeté sur son Fils, ce monde, le Père continue à le regarder en son Fils, et ce monde, l'Esprit Saint vient en lui pour garantir une éternité.

Demandons comme cadeau de la part du Seigneur, en communiant, de pouvoir rentrer plus avant encore dans cette communion des trois personnes, qui est notre avenir et qui est comme la garantie que notre monde, notre existence, tout ce qui a été semé ainsi dans la faiblesse, dans le psychique, dans toute cette fragilité, que tout cela puisse ressusciter dans le spirituel, dans la gloire, dans la force.

 

 

AMEN

 

 
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