AU FIL DES HOMELIES

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L'HUMANITÉ EN MARCHE

1 Co 15, 35-44 ; Jn 6, 35-47

Jeudi de la troisième semaine de Pâques – A

(14 avril 2005)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

es grands mouvements de l'humanité. Il y a au premier plan de la vie de l'humanité, ce remue-ménage, ce fatras de bruits, de désordres, de haines, de guerres qui saturent nos oreilles et nos yeux, et qui sont ces mouvements des cités, des nations entre elles, qui sur cette terre tentent, ou parfois s'acharnent contre la paix, contre le bien des hommes. L'histoire de ce monde que nous connaissons, car il y a une partie de l'histoire qui nous est inconnue, est faite de ces mouvements d'armées, de populations. Mais Dieu ne compte pas en termes de nombre de populations ou de peuples, un jour Il a cessé de compter de cette manière. Maintenant, Il compte en terme de personne, il compte chaque personne. L'addition n'est plus les grands mouvements des empires, des royaumes qui se heurtent s'associent, s'allient, puis se détestent. Il y a désormais, et c'est la grande initiative à laquelle Abraham a répondu, chaque mouvement d'homme appartient maintenant à un mouvement qui n'est pas simplement celui qui apparaît sur le premier écran de la vie du monde, mais il appartient à un autre mouvement.

Il y a une humanité qui est en marche, qui se rassemble, arrivant des quatre coins de l'horizon, chacun avec ses blessures, ses infirmités, ses espoirs et sa foi, et qui depuis l'aube du temps, part du fin fond du monde pour rejoindre cette foule immense dont on parle dans l'Apocalypse, dont l'Église en est la figure anticipatrice, et qui va au-delà du monde. Je l'imagine très aisément, on marche un peu au pas, comme le disait un jour un pasteur qui prêchait dans cette église, on marche doucement, au pas des enfants, des jeunes agneaux, c'est texte où Jacob descend pour rejoindre avec grande crainte son frère Esaü et on raconte qu'il marche au pas de ceux qui marchent le plus lentement, c'est-à-dire les enfants et les agneaux qui viennent de naître, ou des vieillards. L'Église marche cette marche-là, la marche lente pour que le troupeau, le peuple, tous nos biens, tout ce que nous sommes puisse marcher et trouver le rythme, comme pour ceux qui connaissent un peu le désert, il faut trouver le rythme de la marche qui convient au groupe qui traverse le désert. Il ne s'agit pas d'aller ni trop vite ni trop lentement, il faut aller d'un point d'eau à un autre point d'eau. L'Église est ce peuple qui va de point d'eau en point d'eau, qui va d'eucharistie en eucharistie, de pain de vie, en pain de vie et qui marche dans ce temps, qui donne le rythme profond. La véritable marche du monde, ce n'est pas simplement cette apparence de mouvement, de fatras, mais c'est qu'il y a derrière des hommes de foi, qui relient, qui retrouvent d'autres hommes de foi et qui constituent ce peuple nouveau qui traverse la mort, qui traverse toutes les apparences de destruction, les maladies, les infirmités, et même leur propre mort pour rejoindre l'au-delà du monde, les bras du Père.

Il est évident que cette description que je fais, qui est imparfaite, qui est une image que nous pouvons avoir de notre propre marche, quand nous rentrons dans une église, nous dessinons sur un petit écran notre propre mouvement, nous venons ici pour continuer notre marche, prendre des forces, prendre ce sac dont nous avons besoin, ce sac de la marche vers Dieu, et nous signifions ce rassemblement. C'est cela que voit Jésus quand Il parle : tout ce que tu me donne, tous recevrons la vie éternelle et iront vers toi. Il voit ce mouvement-là, et Il voit dans le cœur de chaque homme le début du retour, le commencement du retour. Ce retour a besoin d'un simple passeport de chacun de nous, c'est le passeport qui nous permet d'accéder à cette grande marche de l'humanité qui retourne vers le Père, elle a en tête le Père qui l'attend. Elle a au fond du cœur, elle connaît, sans l'avoir épuisé, l'amour du Père. L'Église est le signe dans le monde d'un autre mouvement, d'une autre façon de voir les choses et juste derrière, qui est plus vrai, et qui elle passera par-delà, les capitaines, les grands commandants, comme en parle l'Apocalypse, et par-delà même les guerres des nations, nous sommes les uns les autres en marche. Ce n'est pas seulement d'ailleurs les vivants d'aujourd'hui, mais aussi les défunts, et il y a en tête de cette grande foule, nos saints qui effectivement, ouvrent la marche, ouvrent la nouvelle Mer Rouge qui s'ouvre devant la marche de l'Église et la marche de l'humanité qui va vers l'oasis éternelle qui et le cœur du Père.

Quand nous confessons, quand nous célébrons, quand nous prions, jamais nous ne le faisons pour nous-mêmes, car si nous le faisons pour nous-mêmes, nous perdons du terrain, nous sommes doublés, mais nous avons à trouver le rythme de l'Église, le rythme propre de cette marche ensemble. Nous irons tous ensemble vers le Père, ou nous n'irons pas, car nous ne pouvons pas y aller seuls. Nous sommes aidés par ceux qui ont déjà franchi la première mort, pour reprendre les termes de l'Apocalypse, et puis par ceux qui effectivement ont ouvert d'un rayonnement et d'une lumière particulière notre marche, ce sont les saints, et la communion des saints joue comme anticipant la route sur laquelle nous sommes invités à avancer. C'est cela qu'on appelle, il me semble, le retour vers le Père. Jésus, et à travers l'évangile de Jean, Jésus dessine dans ce passage du discours du pain de vie, Il raconte précisément comme un peintre, il dessine ce retour des hommes vers ce lieu qui sera désormais leur lieu. Nous sommes comme en exil et il nous reste en tête que nous serions mieux si nous retournions vers le Père, alors, c'est le mouvement de l'enfant prodigue, c'est même le mouvement d'Israël qui s'est retrouvé en terre d'exil et qui en exil, a élaboré son retour vers Dieu. C'est cela que nous célébrons et que nous vivons ensemble, cette grande marche qui est inexorable, qui a commencé bien avant nous, à laquelle nous avons à nous associer, nous avons à apprendre à marcher, à être avec, à célébrer, à prier, pour que nous y avancions vers le Christ ressuscité qui brandit définitivement la victoire sur la mort.

 

 

AMEN

 

 
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