AU FIL DES HOMELIES

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COMMENT RESSUSCITERONS-NOUS ?

1 Co 15, 35-44 ; Jn 6, 35-47

Jeudi de la troisième semaine de Pâques – A

(12 mai 2011)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Villefranche de Rouergue : dans l'attente de la résurrection …

M

ais dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? » C’est une question que beaucoup de chrétiens se posent et quand on parle entre chrétiens, ce dogme de la résurrection de la chair au dernier jour est un de ceux qui font difficulté. Pour beaucoup de chrétiens, c’est cette question qu’ils posent : comment ressusciterons-nous ? Ressusciterons-nous âgés ou jeunes, vieux ou en pleine forme, serons-nous avec nos deux bras et nos deux jambes ? Cette question du comment de la résurrection travaille beaucoup de cœurs de chrétiens et de ce fait, c’est un des dogmes sur lesquels ils ont du mal à se prononcer.

Saint Paul aborde cette question de plein fouet dans le passage de l’épître aux Corinthiens que nous venons de lire. Saint Paul répond avec des mots et des concepts de son temps en disant : « Ce que tu sèmes, ne reprend vie que s’il meurt ». Ce sont les paroles de Jésus : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas il demeure seul mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits ». Les anciens pensaient que la semence se dissolvait, mourait en quelque sorte dans le sol, pour revivre sous forme de la plante qui ne ressemble en rien au grain que l’on a semé. C’est donc cette même image que prend saint Paul : quand on jette de la semence dans la terre, elle se corrompt, elle se mêle à la terre et il en ressort une plante. Il n’y a pas de similitude entre la forme corporelle de la semence et la forme corporelle de la plante.

Saint Paul en conclut que toutes les chairs ne sont pas semblables et que autre est la chair de notre corps mortel autre la chair de notre corps ressuscité. Nous ne pouvons pas savoir ce que sera la résurrection, pas plus que l’enfant dans le sein de sa mère ne sait comment sera la vie du monde dans laquelle il va être jeté. Il y a là un mystère que nous ne pouvons pas élucider, que nous devons respecter, le comment de notre résurrection nous échappe car le seul être dont nous ayons vu le corps après sa résurrection, c’est le Christ, et nous ne savons simplement que les disciples ont eu du mal à le reconnaître, que Marie-Madeleine l’a pris pour le jardinier, que les disciples sur le bord du lac ont mis du temps à comprendre que c’était le Seigneur. Nous savons donc que le Christ n’était pas semblable à ce qu’il était avant puisqu’on ne le reconnaissait pas et cependant, c’était bien le même puisqu’on le reconnaissait au bout d’un certain temps.

C’est devant ce mystère que saint Paul nous invite à réfléchir, et il va répondre en disant : « De même que la semence est différente de la plante qui en sort, de la même manière notre corps terrestre est différent du corps ressuscité ». Il emploie là une terminologie qui peut nous surprendre : « Autre est le corps psychique, autre le corps spirituel ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Psychique pour nous, c’est ce qui est de l’ordre de la pensée. En réalité, le mot psychique vient du grec « psychè » (????) qui signifie l’âme. Un corps psychique c’est donc un corps qui est animé par notre âme, c’est notre corps terrestre, car pour les hébreux l’âme n’est pas dans le cerveau, l’âme est dans le corps tout entier, précisément elle est dans le sang qui irrigue tout notre corps, car l’âme ne se contente pas de penser, elle commence par nous faire vivre, nous animer, c’est elle qui donne vie et qui donne efficacité et activité à tous les membres de notre corps. Un corps psychique c’est un corps terrestre, tel que nous l’avons dans notre vie actuelle et qui est menée par notre âme qui est le principe de vie de notre corps. Voilà ce qu’on appelle un corps psychique.

A ce corps psychique, c’est-à-dire à ce corps humain dans toute son humanité, dans toute la vie qu’il manifeste sur terre, Paul oppose le corps spirituel. Spirituel, cela vient de l’Esprit, non pas au sens où nous parlons de l’esprit comme de l’intelligence, mais au sens où l’on parle de l’Esprit Saint. Un corps spirituel c’est un corps qui est animé non plus simplement par notre âme, mais par l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu qui vient envahir notre vie et peu à peu la transformer pour nous rendre semblables à la vie divine qui nous est donnée. Un corps spirituel, c’est donc un corps qui est animé par l’Esprit même de Dieu, ce qui réalise quelque chose que nous ne pouvons pas encore une fois imaginer, car nous ne sommes pas dans le monde de la résurrection, nous sommes encore dans le monde ancien, mais nous devons croire non pas comment cela se passera, comment sera notre corps spirituel par rapport à notre corps actuel, mais nous devons mettre notre foi dans le « pourquoi ». Pourquoi faut-il que le corps ressuscite ? Parce que le corps tout au long de notre vie terrestre a vécu en symbiose étroite avec notre âme, car c’est elle qui anime notre corps, et c’est notre âme qui donne à notre corps d’aller et de venir et d’agir. Par conséquent, le corps comme l’âme a vécu notre vie terrestre et il est normal qu’il connaisse la béatitude céleste dans laquelle s’accomplira cette vie terrestre. Nous ne sommes pas de purs esprits qui traînent temporairement un corps avec eux, nous sommes des corps animés, nous sommes des âmes corporelles et nous vivons aussi bien au niveau corporel qu’au niveau psychologique, et c’est pourquoi notre corps psychique s’accomplira auprès de Dieu dans un corps spirituel auquel Dieu communiquera sa manière à lui de vivre, d’agir et d’aimer.

Que nous nous préparions sur cette terre à notre vie éternelle dont nous ne savons pas exactement comment elle sera, mais nous savons que ce sera une vie auprès de Dieu, une vie animée par la présence de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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