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 EN VUE DE NOTRE RESURRECTION

1 Co 15, 1-10 ; Jn 6, 1-15

(26 avril 2004)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saint Jean de Malte : Eucharistie

F

 

rères et sœurs, pendant toute cette semaine, la liturgie va nous proposer la lecture en continu de deux textes majeurs, d'une part, le chapitre quinzième de la première lettre de saint Paul aux Corinthiens, qui est l'affirmation de la Résurrection du Christ et de notre résurrection découlant de la sienne, et d'autre part le texte du chapitre sixième de saint Jean où, à partir de la multiplication des pains dont nous venons d'entendre le récit, Jésus dans un long dialogue avec les foules, va les amener peu à peu, à comprendre qu'Il est lui-même le pain véritable, le pain de vie, celui qui nourrit non seulement le corps, mais aussi le cœur et toute la vie. Ce long discours du Christ aboutira à l'annonce de l'eucharistie : "Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde".

        Le parallélisme voulu par la liturgie entre ces deux textes est d'une très grande importance, c'est de nous faire comprendre que le mystère de l'eucharistie et le mystère pascal ne font qu'un. Jésus, dans l'évangile de Saint Jean ne cessera de le répéter : "Celui qui mange ma chair je le ressusciterai au dernier jour". Manger le pain de vie, manger la chair du Christ offerte en sacrifice, "le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde", manger ce corps du Christ, c'est peu à peu, recevoir en notre être profond, le germe de la Résurrection. En effet, dans l'eucharistie, nous communions au corps livré, au sang versé. Nous communions donc au Christ dans l'acte même de sa Passion, de sa croix, de son sacrifice pascal, ce que nous recevons, c'est la chair et le sang du Christ qui ont été donnés pour nous, donnés en sacrifice, donnés jusqu'à la mort. Mais ce corps du Christ ainsi déchiré sur la croix, ce sang du Christ ainsi versé par le côté transpercé de Jésus, ce corps et ce sang sont ressuscités. Le Christ ne s'est pas endormi dans la mort pour toujours, Il est sorti vivant du tombeau, son corps livré, son sang versé sont ressuscités. Il a repris vie, et donc, ce à quoi nous communions dans l'eucharistie, c'est au Christ mort et ressuscité. C'est toute la Pâque du Christ qui nous est ainsi offerte, car sa Résurrection ne peut pas être séparée de sa mort, c'est le même mystère, le mystère d'un don si total qu'il rassemble dans la vie et la victoire, tout ce qui a été donné, et tout ce qui en nous a besoin d'être racheté et revivifié.

       L'eucharistie, c'est donc la Pâque du Christ renouvelée chaque jour, renouvelée pour nous, pour que la Résurrection du Christ à travers sa chair que nous mangeons, son sang que nous buvons, devienne en nous le principe de notre propre résurrection. Si nous ressuscitons, si nous devons au-delà de notre mort retrouver la vie, la vie de la résurrection, c'est parce que nous sommes ensemencés par la Résurrection du Christ. La promesse de notre résurrection réside dans la Résurrection même de Jésus. Jésus est mort par amour pour nous, Il a donné sa vie pour le salut du monde. Par là même, Il est ressuscité pour nous afin de devenir principe de notre propre résurrection, de notre propre victoire sur la mort. Venir célébrer l'eucharistie comme nous le faisons chaque jour à cette heure de midi, c'est venir nous ressourcer au mystère de la mort et de la Résurrection du Christ pour que notre propre mort devienne semblable à la sienne et nous conduise ainsi à une résurrection semblable à la sienne. Voilà notre foi. C'est pour cela que nous sommes ici. Nous ne sommes pas simplement en train de commémorer un événement du passé, nous sommes en train de nous abreuver, de nous nourrir de cet événement pour qu'il devienne en nous principe de cet événement nouveau que sera notre résurrection au-delà de notre mort.

         Si notre foi n'assume pas ce mystère, comme nous le dit saint Paul, alors, "elle est vaine, alors nous sommes les plus malheureux de tous les hommes". Il ne sert à rien que nous venions faire mémoire de la mort et de la Résurrection du Christ si nous ne comprenons pas avec la foi dans la profondeur de notre cœur, que cette mort et cette Résurrection du Christ sont pour nous, qu'elle sont notre propre mort et notre propre résurrection.

         Frères et sœurs, tout à l'heure, en recevant ce corps livré, ce sang versé, nous adhérions de toutes nos forces à ce mystère qui nous est donné de notre propre dépassement de notre propre condition mortelle, afin qu'avec le Christ, nous puissions vivre éternellement de sa vie.

 

        AMEN