AU FIL DES HOMELIES

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L'ŒUVRE DE DIEU

1 Co 15,1-10 ; Jn 6, 27-35

Lundi de la troisième semaine du temps pascal – C

(18 avril 1983)

Homélie du Frère Michel MORIN

L

 

a foule pose à Jésus cette question : "Que nous faut-il faire pour travailler aux oeuvres de Dieu ?" Elle emploie le pluriel et Jésus répond par le singulier : "L'œuvre de Dieu, c'est que vous recherchiez, que vous travailliez pour une nourriture impérissable, celle qui donne la Vie éternelle." Il n'est pas question ici de quelque différence d'ordre grammatical. Souvenez-vous, lorsque Jésus a reçu celui que nous nommons le jeune homme riche, il lui a dit : "Pour aimer Dieu, il faut faire les oeuvres de la Loi : aimer son prochain, aimer Dieu, partager avec ses biens, honorer son père et sa mère." Ce sont les oeuvres de l'ancienne Alliance, celles que Dieu avait demandées à son peuple et à chacun des membres de son peuple. Mais au moment où il faut aller plus loin, quand le jeune homme dit à Jésus : "Tout cela je l'ai fait", au moment où il va falloir faire le pas vers le Royaume nouveau, vers la nouvelle Alliance, Jésus lui dit : "Une seule chose te manque." Il revient non plus au pluriel, mais au singulier : "Une seule chose te manque, donne tout ce que tu as, viens, suis-Moi !" La seule chose qui manque, c'est Jésus Christ Lui-même. C'est la présence du Royaume qui est unique et simple, qui n'est pas multiple ni composée. C'est la personne même du Fils.

Cet épisode du jeune homme riche peut nous aider à comprendre pourquoi Jésus, dans l'évangile de Jean, répond à la question de la foule des juifs en disant : "L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en Celui qu'Il a envoyé," c'est-à-dire en Moi-même puisque je suis l'Envoyé de Dieu. Dans notre vie, nous sommes toujours à la recherche, et nous avons raison, d'une vie qui accomplit, à travers ses gestes, à travers ses paroles, à travers ses sentiments ce que nous pensons être l'évangile. Nous aussi, nous voulons réaliser dans notre vie les œuvres de Dieu, à travers un certain nombre d'actes, d'engagements, de prises de position ou de dispositions intérieures. Mais voyez-vous, cela c'est second, non pas secondaire comme quelque chose de moindre importance. Cela c'est notre agir humain qui est multiple au gré des événements de notre vie. Mais, à la source de ces œuvres-là, il y a quelque chose d'unique qui est l'œuvre du Fils, l'œuvre unique, simple que Jésus veut venir accomplir. Or cette œuvre-là est la seule qui nous donne une nourriture impérissable. Ce qui veut dire que si nous ne travaillons pas aux œuvres dans notre vie pour les rendre chrétiennes selon cette œuvre unique du Christ, nous sommes encore dans le monde périssable. Nos actes, nos gestes disparaîtront. Ils n'ont pas encore reçu le sceau de ce qui est impérissable, de ce qui ne finira jamais, de la vie éternelle, c'est-à-dire de la personne même du Christ C'est le Christ qui est l'œuvre en nous. C'est cette œuvre unique à laquelle nous devons ouvrir toutes nos œuvres, tous nos gestes, toutes nos dispositions, tous nos engagements pour que ceux-ci soient petit à petit imprégnés de cette réalité impérissable, de cette réalité unique qui est l'œuvre de Jésus en nous et qui prépare, déjà aujourd'hui, à travers notre vie, la vie éternelle.

Or cela pourrait rester un discours un peu abstrait et c'est pour cela que Jésus, immédiatement, va parler du pain de vie, va parler de l'eucharistie, va parler de sa chair qu'Il donnera bientôt comme nourriture, justement impérissable, pour la vie du monde, c'est-à-dire pour l'humanité tout entière et pour la vie de notre propre monde personnel et intérieur. Et je voudrais, là, m'appuyer sur quelques versets du psaume 138. "C'est Toi, Seigneur, qui as façonné mon cœur. Tu m'as tissé dans le sein de ma mère, créé de façon merveilleuse. Je fus modelé dans le secret, façonné à ton image dans le sein de la terre."

Et je crois que cette œuvre que Dieu façonne, que Dieu tisse, que Dieu brode en nous, c'est celle de son eucharistie. Car c'est Lui-même qui façonne notre cœur, et ses mains, nous savons que c'est l'Esprit Saint en nous. Nous avons une chair nouvelle qui est tissée dans le sein de notre mère qui est l'Église, dans laquelle nous avons été baptisés, dans laquelle nous sommes renés d'eau et d'Esprit. C'est à l'intérieur même de ce sein de l'Église que l'œuvre du Fils s'accomplit, tissant en nous une chair nouvelle, un esprit nouveau, la chair et l'Esprit du Fils, de l'Envoyé du Père, Celui qui est venu accomplir l'œuvre unique de Dieu. Nous sommes encore modelés dans le secret. C'est quelque chose que nous ne saisissons pas, cette transformation lente mais réelle de notre vie personnelle et de la vie du monde dans l'œuvre de Dieu. C'est quelque chose qui est un secret, qui est encore caché dont nous ne saisissons pas tous les tenants et les aboutissants, dont nous ne connaissons pas toutes les réalités merveilleuses et étonnantes.

Nous les découvrirons à la fin du monde lorsque tout ce qui est opaque dans notre vie sera élucidé et disparaîtra. Nous sommes ainsi façonnés dans le secret à son image, dans le sein de la terre, ce sein de la terre qui est notre chair. Mais dans ce sein de notre chair, nous sommes façonnés à son image c'est-à-dire à son corps ressuscité. La chair du Christ que nous recevons dans notre propre chair, contribue à tisser, à broder en nous quelque chose de nouveau qui est son corps, qui est sa chair qui est l'œuvre unique de Dieu parce que c'est Lui qui est venu pour accomplir cette œuvre et Il l'a accomplie justement en donnant sa chair et en versant son sang.

C'est cela, frères et sœurs, l'œuvre que Dieu veut accomplir et c'est en recevant son corps, en recevant sa chair dans notre propre chair humaine que, petit à petit, nous devenons son œuvre, que petit à petit Il nous façonne à son image, que petit à petit Il nous modèle selon son corps, à l'intérieur même de ce sein de notre mère qui est l'Église et qui est son corps ressuscité pour nous aujourd'hui. Nous n'en sommes pas témoins, nous ne le voyons pas, mais nous croyons à l'œuvre unique du Fils qui est venu au nom du Père accomplir pour nous ce salut.

Que cette eucharistie nous ouvre, petit à petit, à cette œuvre unique et que nous puissions, une fois encore, en recevant son corps ressuscité, sa chair ressuscitée vivre de façon plus profonde, dans tous les tissus de notre chair, dans toute la trame de notre vie, nous puissions vivre son corps ressuscité. Que nous puissions non pas nous modeler à Lui, mais le laisser Lui-même nous modeler à son image pour que, personnellement, communautairement, nous devenions vraiment l'œuvre unique du Christ aujourd'hui c'est-à-dire son corps qui est l'Église, son corps qui est livré pour le salut du monde, ce salut du monde qui nous donnera la vie impérissable.

 

AMEN

 
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