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LA RÉSURRECTION

1 Co 15, 12-19 ; Jn 6, 16-24

Lundi de la troisième semaine de Pâques – C

(19 avril 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Corinthe : Les boutiques

 

F

rères et sœurs, nous avons entendu tout à l'heure un passage de saint Paul qui peut nous paraître un peu compliqué. Il explique que s'il n'y a pas de résurrection des morts le Christ n'est pas ressuscité, et après il dit, si le Christ n'est pas ressuscité alors comment pouvez-vous dire qu'il n'y a pas de résurrection des morts ? Bref au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans ce texte, on ne comprend plus si c'est parce que Jésus est ressuscité que les morts ressuscitent, ou bien si c'est parce que les morts ressuscitent que Jésus est ressuscité.

Je voudrais vous donner simplement quelques éléments pour y voir un peu plus clair. Ce que saint Paul a annoncé aux chrétiens de Corinthe qui étaient des païens, c'est essentiellement que le Christ était ressuscité. C'est cela la Bonne Nouvelle. Jésus, celui qui a souffert, qui est mort pour nous, celui-là est ressuscité. Il leur avait expliqué que si Jésus était ressuscité, nous aussi nous allons ressusciter. Seulement, voilà le problème, à Corinthe, Paul étant parti, il y a des gens qui mouraient et ils ne ressuscitaient pas. Donc, les Corinthiens commençaient à dire : c'est comme dans notre bonne vieille religion païenne, de temps en temps il y a des gens qui ressuscitent, qui reviennent de façon cyclique, mais il n'y a pas de résurrection des morts, puisque précisément nos amis, nos parents sont morts et ils ne sont pas ressuscités. Ces nouveaux chrétiens avaient tendance à réinterpréter, repenser la religion que Paul leur avait annoncé, ils disaient : oui, on veut bien croire que pour Jésus, il a eu la chance de ressusciter, mais nous, finalement, on n'aura pas cette chance-là.

Saint Paul est obligé de remettre les pendules à l'heure. Il leur dit : vous ne comprenez pas que les deux choses sont inséparables. Pourquoi le Christ est-il ressuscité ? Pour une seule raison, c'est pour que nous puissions entrer un jour, nous aussi, dans la vie éternelle avec le Christ. Le Christ n'est pas ressuscité pour lui, il est Fils de Dieu, il est vivant éternellement, mais il est ressuscité pour que nous qui connaissons la mort nous puissions un jour recevoir la vie même de Dieu. Il explique aussi en même temps la raison de la résurrection du Christ. C'est parce que depuis le début de la création, Dieu voulait que nous soyons des vivants. Dieu voulait que l'homme ne meure pas. Si Jésus a dû passer par la mort pour arriver à la résurrection, c'est pour nous, pour nous rappeler la condition fondamentale pour laquelle nous existons : nous n'existons pas uniquement pour ce monde. Certes quand nous sommes dans ce monde, il faut vivre de la façon la plus harmonieuse et la plus heureuse possible, mais nous vivons pour un but qui nous dépasse.

La Bonne Nouvelle n'est pas simplement qu'un d'entre nous, Jésus, qui s'est fait homme est ressuscité, mais c'est qu'à travers cette résurrection de Jésus, nous pouvons croire même si c'est difficile à croire surtout quand on est affronté à la mort d'un proche, nous devons croire que chacun d'entre nous est promis depuis toujours à la résurrection des morts. Chacun d'entre nous doit un jour partager cette plénitude de la vie de Dieu. C'est cela que les Corinthiens avaient tant de mal à accepter. C'est peut-être cela que nous avons encore aujourd'hui tant de mal à accepter, peut-être encore plus de mal que les Corinthiens. Car aujourd'hui, dans la mentalité actuelle, nous sommes tellement préoccupés par les affaires immédiates, par la vie au jour le jour, par le fait de passer d'une étape à l'autre de notre vie que la plupart du temps nous perdons le but fondamental. Ce but, c'est ce que saint Paul dit à la fin : "Si c'est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes".

Ce que Jésus est venu nous apporter, nous annoncer, ce n'est pas tous les jours facile à accepter et à croire, mais il est venu nous dire que le but ultime de la vie est au-delà de notre vie, de ce que nous pouvons en imaginer, de ce que nous pouvons en désirer même. Le Christ est venu pour inscrire toute notre vie, tous les gestes de notre vie dans cette perspective de la résurrection où nous serons tous ensemble rassemblés auprès de Dieu. C'est pour cette raison que tous les gestes et les actes que nous posons dans notre vie, dès maintenant sont inscrits dans cette perspective. Si nous sommes les témoins de la charité de Dieu, si nous nous aimons les uns les autres, si nous allons visiter les prisonniers et les malades, si nous nous entraidons les uns les autres, c'est parce que ultimement nous visons ce moment où, tous, ressuscités, nous vivrons et partagerons ensemble ce bonheur que nous avons commencé à ébaucher sur la terre. C'est cela le mystère de la résurrection pour les chrétiens. Ce n'est pas simplement qu'un jour, tout ira mieux, mais c'est que dès maintenant, même si à certains moments, c'est dans la peine, les difficultés, dans les efforts, dans les larmes, nous commençons à construire le monde nouveau, le monde de la résurrection. Chacun de nos gestes, chacune de nos réponses à l'amour de Dieu et à l'amour de autres s'inscrit dans la perspective de la résurrection. Et cela ne s'inscrit pas uniquement dans ce monde.

Si nous croyons au Christ, nous n'y croyons pas uniquement pour ce monde, parce qu'il faut commencer en ce monde, mais nous y croyons parce que se construit petit à petit, jour après jour, dans l'obscurité de la foi, dans les difficultés, parfois même dans certains doutes et dans beaucoup de questions, mais commence à se construire ce royaume et cette vie éternelle pour laquelle nous sommes faits.

 

 

AMEN