AU FIL DES HOMELIES

Photos

QU'EST-CE QUE LA RÉSURRECTION ?

1 Co 15, 1-10 ; Jn 6, 1-15

Lundi de la troisième semaine de Pâques – C

(15 avril 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Corinthe, cité païenne

F

rères et sœurs, nous commençons ce midi et nous lirons pendant toute la semaine le chapitre quinzième de la première épître de saint Paul aux Corinthiens. C'est le premier grand document sur la résurrection. En effet, tous les autres textes du Nouveau Testament qui nous parlent de la résurrection de Jésus, ou bien de notre propre résurrection sont pratiquement postérieurs à celui-ci.

Comment ce texte est-il né ? Vous le savez peut-être, la communauté de Corinthe était composée en grande majorité de païens. Pour eux et dans la mentalité et la culture hellénistique qui était la leur, l'histoire de la résurrection était un gros problème difficile à avaler. Que veut dire "ressusciter" dans une culture dans laquelle le summum était de se libérer de son corps ? Dans la population de Corinthe, la compréhension de la résurrection était une chose difficile à accepter. Et une deuxième chose, aussi bien à Corinthe que dans d'autres communautés fondées par Paul, il avait annoncé la résurrection des morts, et Paul lui-même pensait que cet événement de la résurrection allait arriver de façon très prochaine. Or, cela faisait six mois, deux ans, que Paul avait prêché dans ces différentes villes et il y avait des gens qui étaient morts. Par conséquent, il était un peu compliqué d'accepter qu'il y ait une résurrection des morts, étant donné que ceux-là qui s'étaient fait baptiser en vue de ressusciter, voyaient qu'en réalité, cela n'aboutissait à rien.

Paul se trouvant affronté à cette difficulté est obligé d'y apporter des réponses. Nous sommes à peu près en cinquante-quatre, cinquante-cinq, il est sans doute à Éphèse et il reçoit régulièrement des nouvelles par bateau, car il est très facile de traverser la Mer Égée et d'envoyer des émissaires qui transmettent leurs questions à Paul. C'est ainsi que s'est constituée petit à petit la rédaction des deux grandes épîtres aux Corinthiens.

Saint Paul va traiter à fond ce problème, le chapitre quinzième comporte une soixantaine de versets, c'est le plus grand traité que nous ayons sur la résurrection. Il a quand même l'avantage d'être écrit vingt-trois ans environ après la mort et la résurrection de Jésus. Même si Paul n'a pas été directement à Jérusalem le témoin oculaire de Jésus ressuscité, il en a lu des récits. Ce qui est intéressant aujourd'hui, c'est la manière dont il s'y prend. Il aurait pu commencer tout de suite par des grandes théories qui auraient beaucoup plu à son auditoire sur la manière dont toutes choses renaissent au printemps, ou que chaque semence, chaque graine recommence son cycle, il y viendra plus tard. Mais pour l'instant, il ne veut pas aborder le problème de cette façon-là. Quand on lui oppose des objections sur la résurrection, il dit simplement : "Je vous rappelle ce que je vous ai dit". Et quand il cite : "Christ est mort selon les Écritures, et il a été mis au tombeau, Christ est ressuscité selon les Écritures, et il a été vu et il est apparu aux disciples", vraisemblablement il cite ce qu'il dit lui-même : "ce que j'ai moi-même reçu".

Il cite en fait, le premier Credo. Il est d'ailleurs structuré comme un Credo, il y a les trois personnes de la Trinité, et la partie consacrée au Christ énumère tout ce qui le concerne depuis l'Incarnation jusqu'à la résurrection. C'est le sujet Jésus-Christ qui ensuite se voit attribué un certain nombre d'actes et de faits qui procurent le salut. Quand il dit : "Je l'ai moi-même reçu", quand il s'est converti trois ou quatre ans au maximum après la mort de Jésus, cela veut dire que probablement il cite ici les premiers mots de la foi qu'il a lui-même reçue par la communauté, que ce soit à Damas ou ailleurs.

 

De l'avis de tous les spécialistes aujourd'hui du Nouveau Testament, c'est le document le plus fondamental, le plus sûr que nous ayons comme attestation de la foi en la résurrection. C'est d'une force et d'une validité qui n'est pas contestable même par les plus critiques.

Paul dit deux choses. La première, pour comprendre la résurrection, on ne peut pas séparer mort et résurrection. "Christ est mort selon les Écritures, Christ est ressuscité selon les Écritures". Les deux éléments sont traités comme deux parties absolument inséparables. On ne peut pas parler de la mort du Christ sans parler de sa résurrection et inversement. Deuxième chose, quand on dit : "Christ est mort pour nos péchés", on donne une attestation, un témoignage. Il a été mis au tombeau et enseveli.Cela veut dire : le Christ est mort, et il y a une sorte de témoignage historique qui consiste à l'avoir mis au tombeau, sa mort est attestée, et Christ est ressuscité, il a été vu par Pierre, les douze, etc …

Paul explique la foi en la résurrection basée sur la foi dans le témoignage de ceux à qui il est apparu. Au lieu de s'embarquer dans une théorie physique, cosmique sur les possibilités de la résurrection à partir de la philosophie, Paul dit : de toute façon, on ne peut traiter la question qu'à partir de la foi qui est portée elle-même par le témoignage de l'Écriture de ceux qui l'ont vu enseveli, et de ceux qui l'ont vu ressuscité. C'est le point de départ.

Cela nous aide nous-même à remettre exactement la perspective de ce que nous croyons. Quand nous parlons de la résurrection, il est certain que nous ne faisons pas une théorie sur l'avenir de l'humanité. On laisse cela aux philosophes qui ont parfaitement le droit de la faire, mais ce n'est pas le but de la proclamation de la résurrection qui elle, se fonde sur un témoignage de foi que Paul lui-même déjà a vécu puisque c'est ce que "je vous ai transmis et que j'ai reçu", et nous sommes exactement dans la même situation. Nous continuons à transmettre un témoignage de foi, et c'est ce que Paul explique à ses Corinthiens, c'est fondé sur la réalité unique de la foi.

Cela nous aide à voir comment nous-mêmes nous devons nous situer par rapport à cela. Il y a beaucoup de tendances aujourd'hui qui, de façon larvée ou plus ou moins explicite, veulent purement et simplement assimiler l'affirmation de la résurrection à une sorte d'émanation ou de résultat d'une certaine vision du monde de l'époque, ou d'un certain courant de réaction de la communauté chrétienne par rapport à cette réalité-là. Non, Paul dit carrément que la foi des témoins est transmissible puisqu'il la transmet lui-même, et qu'il dit être le fondement et la base de leur propre manière d'être vis-à-vis de la résurrection. C'est donc pour nous une manière à la fois certaine, qui nous donne des repères pour savoir comment nous devons parler de la résurrection. C'est Paul qui nous en donne la couleur du premier témoignage. C'est à ce premier témoignage que nous devons rester fidèle.

 

AMEN

 

 

 

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public