AU FIL DES HOMELIES

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 ENTRAINÉS PAR LE CHRIST DANS SA PÂQUE

1 Co 15, 12-19 ; Jn 6, 16-24

(12 avril 2005)

Homélie du Frère Yves HABERT

Ossios-Loukas : Résurrection

I

 

l est impossible que vous n'ayez jamais entendu le texte que je vais vous lire maintenant, à un enterrement. Ce texte qu'on entend presque systématiquement à chaque enterrement, je l'ai encore entendu ce matin. Il n'est pas attribué puisque certains l'ont attribué à saint Augustin, d'autres à Péguy, d'autres à un moine irlandais, d'autres à un chanoine allemand, bref, on ne sait pas trop à qui le prêter. Ce texte commence par : "la mort n'est rien, je suis seulement passé dans la pièce d'à côté, je suis moi, vous êtes vous, donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné, parlez-moi comme vous l'avez toujours fait. N'employez pas un ton différent, ne prenez pas un air solitaire ou triste, tout n'est pas coupé, pourquoi serai-je hors de votre portée parce que je suis hors de votre vue ?"

        Tout d'abord, je ne suis pas d'accord avec ce texte à cause de sa première phrase. Cela commence par : la mort n'est rien. Et l'Église n'a jamais dit que la mort n'était rien. La mort porte cette charge d'une sorte de saut de l'irréparable de quelque chose qui s'est passé. Je ne suis pas d'accord parce que la mort c'est la camarde, celle qui nous prend ces personnes que l'on aime, et l'on ne peut pas dire que la mort n'est rien. On comprend l'intention de ce texte. D'ailleurs, vous remarquez que ce texte fait parler le mort, c'est le mort qui console en quelque sorte. C'est le mort qui, passé de l'autre côté, donne des ultimes conseils. Mais les morts ne nous parlent pas aussi directement. Les morts prennent petit à petit dans le travail de deuil, une certaine place dans notre cœur, nous pouvons rentrer dans une communion avec eux, mais cette communion ne sera pas directe. Pour la foi chrétienne, et nous avons encore entendu ce très beau texte de la première épître de Paul aux Corinthiens, c'est le Christ qui donne sens à notre vie et qui donne sens à notre mort.

      Nous rentrons en contact avec les morts par le Christ. C'est le Christ qui est ressuscité, et Il nous pousse en avant, à l'inverse de ce texte qui pourrait encore nous retenir en arrière, figer nos relations, figer quelque chose. Le Christ n'a jamais dit à ses disciples pendant le temps de Pâques, le temps qu'il a vécu avec eux après sa Résurrection, Il n'a jamais dit : la mort n'est rien, continuez à me parler comme vous l'avez toujours fait. Non, le Christ nous pousse en avant. Il nous renvoie à la figure de son Père qui l'a tiré de la mort. Le Christ nous demande de baptiser toutes les nations, d'aller, Il ne fige pas dans sa mort une relation mais nous ouvre à un avenir, à quelque chose qui est devant nous.

        Ce texte pourrait nous retenir en arrière, mais le Christ lui, nous poussera toujours en avant. Et le temps pascal est justement ce moment où la communion avec nos frères défunts se fait encore plus intense, parce que nous visons dans les pas du ressuscité, parce que l'Église est toute tendue vers la Résurrection des morts, parce que l'eucharistie est célébrée avec une sorte d'allégresse qui nous fait déjà communier à la gloire de nos défunts, c'est le temps privilégié pour non pas nous arrêter à quelque chose qui serait de l'ordre du passé, mais déjà, envisager nos défunts dans leur gloire éternelle, cette gloire qui nous attire, qui nous entraîne, qui nous pousse en avant.

       La prière de l'Église pour les défunts n'est donc pas regrets, mais au contraire quelque chose qui doit nous aider à vivre avec cette place particulière que celui et celle que nous avons perdu prend maintenant dans notre cœur. C'est je dirais, main dans la main avec ceux qui nous ont quitté que nous avançons. C'est cela la trame, le leitmotiv de toute l'Église pendant ce temps pascal.

 

       AMEN

 

 

 
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