AU FIL DES HOMELIES

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POUR LE FAIRE ROI

1 Co 15, 1-10 ; Jn 6, 16-27

Mardi de la troisième semaine de Pâques – A

(8 mai 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

N

 

ous commençons aujourd'hui la lecture de ce long chapitre sixième de l'évangile de saint Jean qui est essentiellement centré sur la révélation du pain de vie qui annonce la Pâque du Christ dans sa mort et sa résurrection, cette mort et cette résurrection qui s'accomplissent encore aujourd'hui dans l'Église et pour elle à chaque fois qu'elle célèbre l'eucharistie.

De ce passage sur la multiplication des pains je voudrais simplement retenir les deux dernières phrases. "Jésus guérissait les malades et les foules couraient derrière Lui en quête de guérison." Jésus vient de multiplier les pains et les foules courent derrière Lui en quête de nourriture terrestre. Jésus se rend compte alors que "ils allaient venir l'enlever pour le faire roi, alors Il s'enfuit à nouveau dans la montagne tout seul".

Ces quelques versets ont l'apparence dans l'évangile de Saint Jean, et il est le seul à le noter, ces quelques versets ont l'apparence d'une ébauche d'un coup de force messianique, une sorte de coup d'état intérieur pour que le Christ puisse prendre la place que la tradition messianique réservait, dans la conscience d'Israël, à Celui qui allait venir régner pour redonner au peuple toute la grandeur de la nation et toute son autorité. Cependant Jésus refuse catégoriquement cette investiture messianique quelque peu équivoque dans la conscience de ces gens.

Bossuet comment ce texte de cette façon : "Si nous remontons jusqu'à l'origine, nous verrons que la grandeur n'est établie que pour faire du bien aux autres. C'est pourquoi Jésus-Christ, dans notre évangile, refuse la royauté qu'on lui présente parce que cette royauté n'était pas utile à son peuple. Un jour, Il acceptera le titre de roi, et vous le verrez écrit au haut de sa croix, parce que c'est là, et là seulement, qu'Il sauve le monde."

La mort du Christ c'est l'accomplissement de cette multiplication des pains et c'est l'accomplissement de sa véritable royauté. Mais cette royauté ce n'est pas le peuple qui va venir la lui donner. Au contraire, le peuple sera encore là à l'entourer, mais c'est pour demander non pas son couronnement comme roi mais sa crucifixion et sa mort. Ce jour-là le Christ ne s'enfuira pas tout seul. Il restera seul mais entouré de cette foule. Il se laissera conduire par cette foule jusqu'à la mort. Ce jour-là Il ne refusera pas la royauté, au contraire Il la revendiquera. Lorsque Pilate lui dira : "Donc Tu es Roi ?" Jésus répondra : "Tu le dis : Je suis roi et Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité." Ce jour-là, il n'y aura plus d'équivoque puisqu'on ne viendra pas chercher un mort ou un condamné à mort pour en faire son roi.

La royauté du Christ est ainsi manifestée dans le don de son corps, de son corps rompu, de son corps livré, de son corps multiplié et de son sang versé. C'est donc là qu'il faut reconnaître sa véritable royauté. Dans la multiplication des pains, Il annonce que son Royaume vient à l'intérieur même du cœur de chacun. Dans la crucifixion, par son corps livré, il manifeste et accomplit que ce royaume est désormais venu et qu'il vient chaque jour pour nous lorsque nous mangeons son corps, lorsque nous buvons son sang. Le Royaume du Christ ce n'est pas une domination sur le monde, même pas une domination spirituelle, c'est une attirance du cœur. "Lorsque je serai élevé (sur la croix) j'attirerai tout à Moi !" Et c'est son cœur ouvert qui nous attire à Lui pour nous rassasier du sang qui en jaillit. C'est son cœur ouvert qui nous sera donné tout à l'heure dans l'eucharistie. Et c'est ainsi que s'accomplit sa véritable royauté. On ne me fait pas roi. Ma royauté c'est Moi qui la donne.

En partageant, une fois encore, cette Eucharistie, que le Christ nous fasse vivre j'allais dire, royalement. Qu'Il nous fasse vivre avec son corps et son sang, que nous devenions nous-mêmes membres de son corps et qu'ainsi nous puissions participer réellement à sa royauté et ne pas nous tromper de messianisme, même pas dans notre vie spirituelle. Le Christ ne vient pas nous combler d'un tas de choses. Il vient nous faire entrer dans son Royaume, pour que nous devenions, comme Lui, fils du Royaume à travers sa mort, à travers sa Résurrection qu'Il accomplit aujourd'hui, pour nous, afin que nous puissions accomplir notre propre mort pour Lui, en entrant dans son Royaume.

 

AMEN

 
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