AU FIL DES HOMELIES

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LE PAIN DE VIE

1 Co 15, 12-19 ; Jn 6, 24-35

Mardi de la troisième semaine de Pâques – B

(23 avril 1985)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

C

 

e passage de l'évangile de saint Jean fait suite immédiatement au miracle de la multiplica­tion des pains et il en est le commentaire par lequel le Christ va progressivement orienter le cœuret l'esprit de ses auditeurs vers l'annonce, encore mysté­rieuse et voilée, du mystère de l'eucharistie. Dans ce que nous venons de lire Jésus insiste sur la différence entre la nourriture périssable, passagère, la nourriture du corps et la nourriture spirituelle qu'Il est Lui-même.

Jésus a voulu se présenter à nous comme une nourriture. Si Jésus a choisi pour le sacrement de l'eu­charistie les signes du pain et du vin, du pain qu'on mange et du vin qu'on boit, c'est bien pour nous faire comprendre qu'il est Lui réellement présent sous l'ap­parence de ce pain et de ce vin, qu'Il est, Lui, une nourriture, une boisson. Le Christ vient à nous pour être notre nourriture.

Qu'est-ce que la nourriture ? Au premier abord, c'est ce qui apaise la faim, et c'est ainsi que Jésus reproche à cette foule d'avoir pris ainsi le mira­cle de la multiplication des pains. "Vous me cherchez non pas parce que vous avez vu un signe mais parce que vous avez pu manger et vous rassasier." La nour­riture c'est donc ce qui comble le désir, ce qui comble la faim. C'est la première signification que Jésus veut donner au fait qu'Il s'offre à nous sous la forme d'une nourriture. Jésus nourriture vient combler en nous le manque dont la faim, la soif sont le symbole et dont le désir est le résultat. Parce que nous sommes des êtres incomplets, imparfaits, nous avons besoin d'un achè­vement, nous avons besoin d'être complétés par un au-delà de nous-mêmes, et rien ne peut assouvir ce désir, rien ne peut combler cette faim et cette soif que le Christ Lui-même Ni la nourriture de la terre, bien entendu, ni aucune nourriture psychologique, voire intellectuelle, spirituelle, aucune nourriture, si ce n'est Dieu lui-même~même ne peut combler notre désir, ne peut combler notre faim et notre soif profonde, spiri­tuelle. "Notre cœur est sans cesse dans l'inquiétude, tant qu'il ne se repose pas en Toi", dit saint Augustin. Nous sommes des êtres de désir, et il est bon, il est important que nous sachions reconnaître et creuser en nous ce désir pour comprendre véritablement notre besoin de Dieu et rechercher en Lui ce qui peut com­bler ce désir.

Mais la nourriture ce n'est pas seulement ce qui comble la faim, c'est surtout ce qui construit notre être, notre être de chair. Par la nourriture notre corps s'édifie. Et en se présentant à nous comme nourriture, Jésus veut nous dire qu'il est Celui qui nous édifie, qui construit, qui structure notre être profond. Si nous avons en nous ce désir qui reste inassouvi tant que Dieu ne vient pas le combler, c'est parce que Dieu seul peut équilibrer et structurer en profondeur, notre vie. Cela aussi est décisif et capital pour une vie spi­rituelle. Nous ne devons pas rechercher l'équilibre de notre vie, nous ne devons pas rechercher la structura­tion de notre être dans je ne sais quel équilibre psy­chologique quel équilibre de santé, de pensée ou d'opinion philosophique ou autre. Nous ne pouvons trouver l'équilibre et la structure profonde de notre vie que dans une personne, la personne du Christ. Seule l'adhésion, de tout notre être, à la personne du Christ peut nous donner cet équilibre, cette structure pro­fonde qui fera de nous des hommes vivants, des hommes vrais. C'est pour cela que saint Irénée dit que "La gloire de Dieu c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme, c'est de voir Dieu."

La nourriture est aussi ce qui apporte l'éner­gie, le dynamisme, cette sorte de jaillissement vital en nous, qui nous permet d'agir et d'accomplir notre pro­pre destinée Nous ne sommes pas seulement des êtres stables, équilibrés, structurés, plantés là, nous som­mes des êtres en mouvement, des êtres agissants, des êtres qui s'accomplissent, qui sont toujours en deve­nir, et c'est encore la nourriture qui, au niveau physi­que, nous donne ce dynamisme de l'énergie. Là aussi le Christ est notre nourriture parce que c'est Lui qui est la dynamique profonde de notre vie. Il est ce qui finalise notre vie, ce qui l'attire, ce qui lui donne son sens, son orientation et l'énergie nécessaire pour at­teindre son but.

Nous devons donner au Christ cette place non seulement centrale mais unique. Que cette réflexion soit à la base de notre vie chrétienne, de notre vie quotidienne.

 

AMEN

 
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