AU FIL DES HOMELIES

Photos

MORT ET RÉSURRECTION

1 Co 15, 12-19 ; Jn 6, 16-24

Mardi de la troisième semaine du temps pascal – C

(11 avril 1989)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

otre raison humaine aime manier la synthèse. Nous aimons bien assembler des idées contradictoires afin de nier cette contradic­tion pour arriver à une idée positive qui satisfait, sécu­rise notre esprit. Nombre de philosophies se sont ins­pirées de cette dialectique profonde thèse, antithèse, synthèse afin de grimper, par la seule force de la rai­son, vers un sommet que la raison voulait atteindre. De fait, en mathématique 1 + 1 = 0. le grand problème avec l'évangile, c'est que cette mathématique ne fonctionne pas.

Si les apôtres et spécialement saint Paul af­firment avec autant de force et d'insistance à la fois la mort et la Résurrection du Christ, ce n'est pas pour dire que la mort c'est l'événement négatif et la Résur­rection l'événement positif et que finalement ils s'an­nulent, car il ne resterait rien. Nous serions sur zéro. De fait, il n'y a pas de synthèse possible entre la mort et la Résurrection. On ne peut pas dire que la Résur­rection vient contrebalancer le malheureux événement de la mort, en disant : après la résurrection, il n'y a plus de mort. Car il n'y aurait ni résurrection ni mort, il n'y aurait plus rien qu'un zéro, qu'un nul. Il n'y a pas de synthèse possible dans la foi chrétienne car il y a à la fois la mort et la résurrection du Christ. Ces deux choses sont à tenir ensemble et ne peuvent pas s'annuler mutuellement comme dans une équation mathématique qui nous permettrait d'aller plus loin. Pourquoi cela ?

Nous avons tendance à penser la mort et la ré­surrection du Christ comme séparées l'une de l'autre. Or ce sont deux réalités, distinctes historiquement, mais un seul événement. Un seul événement qui n'est pas, d'une part un événement négatif malheureux de­vant lequel nous piétinerons de désespoir, et une autre événement qui, heureusement, viendrait nous sauver et nous emporter dans son espoir, annulant ainsi notre premier désespoir. Il n'y a qu'un seul événement, noué sur deux réalités qui sont à la fois la mort et la Résur­rection. Nous ne pouvons pas nier l'amplitude de la mort ni celle de la Résurrection. Les deux sont à tenir ensemble, car cette amplitude couvre notre vie, la vie humaine. Et Dieu ne vient pas nier ce qu'est cette vie humaine mais Il la considère, d'un bout à l'autre, de son début jusqu'à sa fin.

Et le fait que le Christ vive à la fois la mort et la Résurrection prouve que tout de notre vie sera pris en compte et accompli dans sa mort et dans sa Résur­rection. Nous avons tendance à nier la mort pour sau­ter à pieds joints sur la Résurrection, mais en faisant ainsi nous nions la force et la puissance même de la Résurrection qui ne vient pas supprimer cette mort mais la transformer de l'intérieur afin qu'elle devienne résurrection.

Comme tout événement de l'évangile, ce que nous avons entendu aujourd'hui, est à comprendre comme un seul événement mais compris sous ses deux réalités. Jésus marche sur les eaux, événement historique qui s'est passé en présence des apôtres, bien avant la Résurrection, et les apôtres l'ont vu marcher sur les eaux. Ce même événement peut être la lumière de la Résurrection. Il y a une barque, c'est l'Église. Le Christ qui marche sur les eaux est Celui qui vient réconforter l'Église secouée par les événements de ce monde et ainsi l'Église peut continuer son chemin sur la mer démontée, le Christ est avec elle. Ces deux événements n'en font qu'un seul ce qui s'est passé avec les apôtres préfigurant ce qui se passe aujourd'hui lorsque le Christ vient à notre rencontre. Et l'on ne peut pas nier ce qui s'est passé historiquement à l'époque où les apôtres l'ont vécu, pour ne préférer que ce qui se passe aujourd'hui. Les deux sont à tenir ensemble car ils découvrent ainsi toute l'amplitude de ce que Dieu a voulu dévoiler de Lui-même. Comme conséquence première, dans notre vie, nous voudrions bien nier ce qui appartient à la mort. Or ce qui est mort en nous sera résurrection. Et ce n'est pas ce qui n'est pas mort. Ce qui est péché profondément en nous suscite en nous une telle adhé­sion à sa résurrection qu'il nous fait pousser ce cri d'espérance profonde en la résurrection.

Ne restons pas à la surface de nous-même, croyant que les choses iront mieux. C'est fondamentalement parce que les choses se détruisent que le Christ les remplace et les transforme. C'est fondamentalement parce que nous nous usons, que le vêtement de notre monde s'use, que le Christ les transforme en un monde nouveau. Christ est mort et ressuscité ! Voilà l'événement de notre vie. La mort et la résurrection sont inscrites dans celles du Christ.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public