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N'AYEZ PAS PEUR !

1 Co 15, 12-19 ; Jn 6, 16-24

Mardi de la troisième semaine de Pâques – B

(16 avril 1991)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

a parole que Jésus donne à ses apôtres, au moment de l'agitation dans la tempête est celle-ci : "N'ayez pas peur !" Cette parole de Jésus est la réponse exacte à la première constatation qu'a faite l'homme de sa propre vie, lorsqu'il s'est sé­paré de Dieu. Dans le paradis, après la faute, Dieu dit à Adam et à Eve : "Où es-tu ?" Et Adam répond : "Je me suis caché car j'ai eu peur !" Et Jésus vient nous dire : "N'ayez pas peur !" Adam et Eve avaient mangé le fruit de ce fameux Arbre de vie et ce geste les avait séparés, ce geste les avait éloignés de la paix, de la présence de Dieu quand Il venait "à la brise, au vent léger du soir" pour partager son amitié avec les hommes. Or ici, nous ne sommes plus dans la brise du soir, ni dans l'amitié, nous sommes dans une tempête et dans la peur. La peur est exactement celle du péché et la tempête aussi.

Or c'est là que le Christ vient. Et ce n'est que là qu'Il pouvait venir pour être fidèle à l'accomplisse­ment des paroles de l'Écriture. Or que fait-il ? Notre vie se situe entre deux rives, entre la rive de l'eucha­ristie sacramentelle et la rive de l'effet éternel de l'eu­charistie qui est la Résurrection dans la vie de Dieu. Et entre ces deux rives, il y a toujours la tempête. La tempête de notre péché, pas d'abord la tempête des problèmes économiques ou sociaux. La mer agitée, c'est notre cœur. Et notre cœur a peur parce qu'il ne vit plus dans la paix du soir avec Dieu. Le Christ a multiplié les pains, puis, après cette tempête apaisée par sa présence lorsqu'Il marche sur les eaux, Il va révéler ce qui sera l'eucharistie : "ma chair pour la vie du monde". Cette chair pour la vie du monde, c'est pour nous la multiplication des pains. C'est celle que le Christ nous a donnée avant même que nous exis­tions, que nous venions dans la vie, c'est celle qu'Il nous a acquise comme nourriture, comme vie éter­nelle partagée, donnée pour aujourd'hui. Ce sacrement de l'eucharistie, cette multiplication abondante de la grâce pascale du Christ, s'achèvera lorsque nous pas­serons sur l'autre rive en résurrection éternelle : "Ce­lui qui mange ma chair et boit mon sang à la vie éter­nelle et Moi je le ressusciterai au dernier jour".

Or les apôtres ont pris peur au jour de cette tempête parce qu'ils n'avaient pas encore bien saisi qu'à travers la multiplication d'un pain abondant, Jé­sus leur donnait le viatique pour la tempête, la force pour les difficultés, le remède pour traverser "les ra­vins de la mort" comme dit le psaume 22, puisqu'Il nous "a dressé une table face à nos ennemis". Les apôtres comprendront cela au moment du discours sur le pain de vie, puisque eux-mêmes diront, alors que leurs amis quittent le Christ : "A qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle !" Les paroles de la vie éternelle, c'est la chair et le sang.

Nous aussi nous sommes entre la multiplication eucharistique du pain au jour de la Cène et de la Pâque et l'achèvement de cette multipli­cation au jour de notre vie éternelle où il ne s'agira plus de discours sur le pain de vie mais du repas lui-même du pain de vie pour l'éternité, non plus sous mode sacramentel mais dans la vision même. Pour l'instant, nous croyons sans voir, alors, nous verrons et nous n'aurons plus besoin de croire. L'eucharistie est donc, pour nous aussi, le signe, l'assurance que le Christ est présent comme Sauveur et que même si la tempête du péché se déchaîne, Lui est capable de marcher sur cette mer et Il est capable de nous faire suivre ses propres traces en marchant sur la mer de notre péché c'est-à-dire en le dominant avec Lui. Et la force pour dominer ce péché et en être vainqueur et de ne plus en avoir peur, c'est l'eucharistie. C'est ce signe qu'Il avait donné avant, pour que les apôtres le com­prennent pendant.

Le Christ nous a donné son eucharistie de Pâque pour notre vie avant nos péchés, avant ce que nous sommes aujourd'hui, pour que, maintenant, dans la tempête d'une mer souvent agitée, nous comprenions qu'Il est là et que cette eucharistie nous fait marcher sur les eaux "Trace dans la mer un che­min !" dit le psaume, mais c'est le chemin de la Pâque à travers la mer Rouge, la mer de la mort et de la des­truction. L'eucharistie, et l'Église l'a toujours saisie ainsi, c'est le viatique, c'est le pain du voyage, c'est la force du pèlerin, c'est la nourriture du faible dont l'homme se nourrit à chaque fois qu'il est faible et fragile, qu'il est pauvre et nu et que son péché lui fait peur. C'est l'accomplissement de ce qui avait été an­noncé au moment du péché d'Adam : "Ou es-tu ?Je me suis caché parce que j'ai eu peur." Alors nous nous disons au Christ : "Où es-Tu ?" Et Il nous ré­pond : "Je suis caché en toi par mon eucharistie. N'aie plus peur !"

 

 

AMEN