AU FIL DES HOMELIES

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L'ÉGLISE ET LA MULTIPLICATION DES PAINS

1 Co 15, 1-10 ; Jn 6, 1-15

Mardi de la troisième semaine de Pâques –C

(5 mai 1992)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

V

ous avez entendu dans cet évangile de saint Jean cette description minutieuse de ce mira­cle, ce qui prouve qu'il était certainement présent. Que ce soit en décrivant le lieu ou en rap­portant les paroles dites par le Christ et ses apôtres. Apparemment le Christ met à l'épreuve les apôtres, ces mêmes apôtres qu'Il enverra, à la fin de l'évangile, prêcher cet évangile à toutes les nations. Il met ainsi en évidence cette lourdeur qui, pourtant ne sera pas un obstacle à la légèreté dont feront preuve les apôtres au jour de la Pentecôte, lorsqu'ils témoigneront, dans toutes les langues du monde, de la bonne nouvelle de l'évangile.

Ce récit est une vision de l'Église. Le Christ est en son centre, en haut d'une montagne et une foule l'entoure. Les douze piliers, les douze apôtres sont immédiatement autour du Christ, comme les colonnes de l'Église. L'herbe est abondante, c'est la vision pres­que eschatologique. Les gens sont étendus et ils sont dans la paix. C'est la vision de l'Église. Nous sommes rassemblés comme des brebis. Nous avons enfin trouvé notre pasteur, nous allons être rassasiés du pain de vie et nous sommes couchés dans l'herbe, dans la paix, dans le bonheur d'un après-midi apparemment ensoleillé. C'est la vision de l'Église, celle d'un peuple qui a mis fin à son errance, à son exode et qui trouve dans ce Christ le véritable pasteur, le bon pasteur.

Mais cet évangile dit aussi autre chose. A la fin du récit, "Jésus se rendant compte qu'ils voulaient venir le chercher pour le faire roi, s'enfuit tout seul dans la montagne." Le mot "seul" est le dernier de ce passage et la suite de l'évangile décrira le Christ reve­nant vers les apôtres, en marchant, seul sur les flots déchaînés. Il met fin à la tempête et revient vers les apôtres en leur disant : "N'ayez pas peur !"

Il y a donc dans l'évangile de saint Jean, une petite note dramatique exprimée par le fait que le Christ est seul. Il se refuse à être pris pour un thau­maturge, pour un prophète faisant de grands prodiges. Il veut prouver autre chose qu'Il prouvera pas les scè­nes qui vont suivre ou Il signifiera que ce n'est pas seulement du pain qu'Il donne mais sa propre vie. Il ne veut pas simplement donner à manger, mais être mangé. Et vous vous rendez compte alors que ce pas­sage de la multiplication des pains, non seulement annonce l'Église mais aussi, le cœur même de l'Église, la croix du Christ, la passion. Le Christ veut servir comme Il le fera pour ses disciples au moment de la Cène. Il veut aussi être mangé.

Alors nous qui sommes ses disciples d'au­jourd'hui, nous avons à manger le pain de vie et à être mangés. A être mangés par cette divinité pour qu'en nous meure définitivement l'homme ancien, pour que niasse l'homme nouveau. Nous avons à être mangés pour que notre vie ancienne, celle à laquelle nous tenons encore, soit dévorée puisque inutile et que de ses cendres naisse l'homme nouveau qui jaillit du pain de vie donné en ce jour. Manger et être mangé, c'est ce que le Christ voulait, c'est ce que le Christ nous demande de vivre encore aujourd'hui pour que, de notre vie, jaillisse la vie divine aux yeux de tous les hommes, et que nous puissions, comme les apôtres, annoncer la bonne nouvelle de paix.

 

AMEN

 

 

 
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