AU FIL DES HOMELIES

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LE PAIN POUR L'HOMME NOUVEAU

1 Co 15, 35-44 ; Jn 6, 35-47

Mardi de la troisième semaine de Pâques – A

(27 avril 1993)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

'est envisager déjà l'angle de la fin du monde comme nous l'annonce le texte de l'évangile que nous venons d'entendre. En effet, la foi qui est la nôtre nous annonce que nous ressusciterons au dernier jour, que notre corps de chair faible qu'elle était deviendra une chair ressuscitée. Et pourtant cette résurrection fondée sur celle du Christ qui est le fon­dement de notre foi, qui est le sens même de la foi que nous avons en Dieu, n'a pas le regard tourné uni­quement vers l'horizon de la fin du monde mais attend de chaque instant de cette histoire du monde une fé­condité, un renversement que la résurrection finale viendra glorifier une dernière fois.

Il ne s'agit donc pas simplement d'un événe­ment de la fin mais d'un événement dans le temps, un événement de chaque instant. Le plus étonnant c'est que notre vie terrestre a été conçue par Dieu pour être le lieu d'une métamorphose, d'une transformation d'un bouleversement si radical qui, tout en la respectant, l'amène plus haut, l'amène plus prés de Dieu, l'amène dans la demeure de Dieu. Cette histoire qui se dé­roule, ces jours et ces nuits qui sont les nôtres sont donc l'incessant renouvellement de Dieu qui permet à chaque instant de pressentir, de découvrir et d'épouser finalement cette fécondité de l'éternité qui n'est pas au bout du temps mais qui est dans le temps, immergée dans ce temps, afin de le renverser un jour, de le faire éclater.

Et le sacrement de l'Église, principalement le sacrement de l'eucharistie, est à l'intérieur même du temps ce coup de butoir, ce coup de forge de Dieu qui vient ébranler l'apparente durée pour, à l'intérieur même de cette apparente durée, faire émerger le temps qui n'aura pas de fin, le jour qui n'aura pas de fin. Par le sacrement, l'Église est le lieu où se fait entendre l'œuvre du Père. Dans le sacrement, nous entendons le Fils et l'Esprit Saint à l'œuvre dans le monde et qui transforment ce monde. Et non seule­ment nous l'entendons, mais nous devons nous y as­socier, prêter nos propres mains, notre propre voix et finalement toute notre vie à Cette transformation. Ce pain donné en ce jour c'est toujours la chair du Christ. Et cette chair, si elle a appartenu un moment à notre terre, est sortie de cette terre pour y revenir comme une chair féconde qui, touchant toutes les chairs hu­maines, les ouvre à la résurrection qui leur est pro­mise. Nous sommes comme contaminés par cette résurrection qui, comme un secret, comme un mystère profond, transforme invisiblement le monde ancien et le fait mourir afin que le monde nouveau naisse.

Et lorsque nous entrons dans l'Église nous y entrons non pas comme des hommes anciens mais comme des hommes qui savent que l'homme ancien meurt dans beaucoup de bruit et de fureur mais que nous marchons déjà, avec l'homme nouveau qui est en nous, qui regarde fixement le Christ aujourd'hui, qui le reconnaît comme son Maître et son Seigneur. Que l'homme nouveau qui est en nous, aujourd'hui encore nourri par le pain, par la chair du Christ, grandisse, s'affermisse, s'embellisse, s'ennoblisse de la présence de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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