AU FIL DES HOMELIES

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EUCHARISTIE ET RÉSURRECTION DU CHRIST : FONDEMENTS DE LA FOI CHRÉTIENNE

1 Co 15,1-10, Jn 6,16-24

Mardi de la troisième semaine de Pâques –B

(9 mai 2000)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, pendant cette troisième semaine pascale, tant au niveau de la lecture de l'épître que de l'évangile, l'Église nous propose une lecture continue d'une part du chapitre quinzième de la première lettre de saint Paul aux Corinthiens entiè­rement consacrée à la proclamation de la Résurrec­tion, celle du Christ et la nôtre, et d'autre part, l'évan­gile est consacré au chapitre sixième de saint Jean, qui après avoir hier proposé le récit de la multiplication des pains, et aujourd'hui celui de la marche du Christ sur les eaux, va se prolonger les jours suivant par ce qu'on appelle le discours de Jésus sur le Pain de Vie, qui est une annonce de l'eucharistie. Voilà donc les thèmes qui vont nous nourrir pendant toute cette semaine : la proclamation de la Résurrection et le mystère de l'eucharistie. Il ne s'agit pas de deux cho­ses disparates, car non seulement l'eucharistie est le troisième sacrement de l'initiation pascale que les catéchumènes ont vécu pendant leur temps de prépa­ration au baptême et qui s'est accompli pendant la nuit de Pâques, par leur baptême et leur première commu­nion, initiation qui va se clore le jour de la Pentecôte en fin de Temps Pascal par leur confirmation, non seulement donc parce que l'eucharistie fait partie de cette initiation pascale du chrétien, mais encore parce que l'eucharistie est en nous, dans notre chair, le fer­ment de la résurrection, comme nous l'ont dit les Pè­res de l'Église.

Les textes d'aujourd'hui ne parlent pas encore expressément de l'eucharistie, mais sont davantage centrés sur la Résurrection. En effet, d'une part, le miracle de Jésus marchant sur les eaux, assez proche de celui de la tempête apaisée qui est représentée sur la petite icône du cierge pascal de cette année, ce mi­racle qui n'est pas comme la plupart des miracles du Christ des guérisons, signe de miséricorde, mais qui sont des miracles s'exerçant sur le cosmos, sur la na­ture, n'ont donc pas d'abord une signification d'ex­pression de tendresse de Dieu pour les souffrances de l'homme, mais une signification symbolique : le fait que Jésus marche sur la mer, le fait que Jésus arrête le déchaînement de la tempête de la mer, ces miracles ont un sens pascal de résurrection. Le Christ affirme par ces miracles qu'Il est le Maître du monde, qu'Il est non seulement Celui qui a façonné ce monde, qui l'a créé, mais encore qu'Il en est le Roi, le Seigneur, que par sa résurrection il domine toute la création maté­rielle. Dans la mentalité symbolique du Nouveau Testament, et de l'Ancien, dans toute la Tradition Biblique, et dans toute la tradition de pensée des An­ciens, la mer et plus généralement les eaux signifient ce que nous appelons plus couramment les Enfers, le lieu de la mort, le lieu du dégoût, le lieu des puissan­ces hostiles. Ceci précisément à cause du déchaîne­ment de la mer en tempête, de la mer en furie qui est comme une sorte d'image du déchaînement des puis­sances du mal. Le fait que le Christ apaise la mer dé­chaînée ou encore qu'Il marche sur la mer sans être englouti par les flots, manifeste sa victoire sur les puissances du mal symbolisées pour les sémites par la mer.

Nous avons donc là dans ce miracle, une sorte d'image, d'annonce, de présentation sous forme des­criptive de la Résurrection du Christ, en tant qu'elle fait de Lui le Roi de l'univers.

Quant-à saint Paul, en fait ce que nous avons lu est extraordinairement précieux. A deux reprises dans cette épître, la première aux Corinthiens, saint Paul transmet quelque chose qu'il dit expressément avoir lui-même reçu, c'est dire qu'il ne se livre pas à une méditation théologique, mais qu'il est là le témoin d'une tradition qui s'enracine dans l'essence même de l'Église, de la révélation du Nouveau Testament. Tout d'abord, au chapitre onzième, à propos de l'eucharis­tie, et ici, à propos de la Résurrection : "Je vous ai donc transmis ce que j'avais moi-même reçu", c'est le fondement de la prédication chrétienne et de notre foi, "à savoir, que le Christ est mort pour nos péchés, qu'Il a été mis au tombeau, enseveli et qu'Il est res­suscité le troisième jour". Et tout cela "selon les Ecritures", en accomplissement de la promesse de salut qui a été faite à tout l'Ancien Testament, car en mourant, parce qu'Il endosse sur Lui tous les péchés, et en ressuscitant, parce qu'Il est victorieux de la mort corporelle et de la mort spirituelle, Jésus nous sauve, accomplit ce serment promis à Adam, à Abraham, à Moïse, à David, annoncé par tous les prophètes.

Voilà donc le fondement de notre foi, vous le savez, c'est la Pâque du Christ, mort et résurrection. Et cette résurrection, saint Paul nous dit qu'elle a été manifestée par les apparitions du Christ ressuscité, dont il donne une liste, non pas complète mais ex­haustive, car nous n'y trouvons pas certaines appari­tions que nous relatent les évangiles, comme celle aux disciples d'Emmaüs, à Marie-Madeleine, à Thomas, par contre, il nous en signale quelques-unes que l'évangile relate aussi, par exemple, l'apparition à Pierre dont il est question dans saint Luc, quand les disciples d'Emmaüs reviennent et les apôtres leur disent : "C'est bien vrai, il est ressuscité et il est ap­paru à Pierre", saint Paul dit ici : "Il est apparu à Céphas", c'est-à-dire Pierre. De même l'apparition aux douze dans la chambre haute quand Jésus leur dit : "Voyez mes mains et mes pieds, c'est bien moi, et soufflant sur eux, il leur dit : recevez l'Esprit Saint, quand vous pardonnerez les péchés, ils seront par­donnés". De même l'apparition à cinq cents frères à la fois, et il annonce aussi d'autres apparitions que nous ne connaissons pas, par exemple à Jacques, une mys­térieuse apparition à tous les apôtres qui ne sont pas les douze mais qui signifient tous ceux qui vont évan­géliser le monde encore païen. Et puis, en tout dernier lieu nous dit-il : "Il m'est apparu à moi, le dernier, le plus petit, comme à un avorton, moi saint Paul à qui Il est apparu sur le chemin de Damas". Ce qui est fort intéressant car saint Paul met sur le même pied d'im­portance les apparitions aux apôtres et celle du che­min de Damas, il considère que c'est le même phéno­mène qui s'est passé pour lui sur le chemin de Damas que ce qui s'était passé pour les apôtres dans le Céna­cle, ou pour Marie-Madeleine au tombeau, et il se dit le dernier, car il est de loin le plus petit des apôtres, même s'il a travaillé plus que tous les autres en répan­dant l'évangile à Jérusalem, en Samarie et enfin dans tout le bassin méditerranéen, c'est quand même saint Paul qui est allé prêcher à Ephèse, à Corinthe, à Rome. Mais il est le dernier, le plus petit, car ce n'est pas à la quantité du travail fourni que l'on peut établir une hiérarchie : "Je suis le dernier des apôtres, je ne mérite même pas d'être appelé apôtre, parce que j'ai été un persécuteur de l'Église de Dieu". Et c'est de cet état de persécuteur plein de haine que Dieu va l'en tirer sur le chemin de Damas par la puissance de sa Parole.

Voilà donc le cœur même de la révélation du chrétien, en tout cas c'est ce que saint Paul nous dit, c'est ce qu'il a reçu et qu'il nous transmet. Ressour­çons-nous dans cette révélation fondamentale, dans cette expérience fondamentale de Paul sur le chemin de Damas, celle des apôtres au Cénacle, celle de Ma­rie-Madeleine au tombeau, ressourçons notre foi dans cette prédication qui est à là-bas de toute la vie et de l'histoire de l'Église pour que nous puissions nous aussi comme saint Paul proclamer cette foi jusqu'aux extrémités du monde.

 

 

AMEN

 

 
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