AU FIL DES HOMELIES

Photos

PRÉSENCE DU CHRIST RÉSSUSCITÉ

1 Co 15, 12-19 ; Jn 6, 16-24

Mardi de la troisième semaine de Pâques – C

(24 avril 2007)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

F

rères et sœurs, le passage de l'évangile que nous venons d'entendre porte bien son nom de "passage". Le passage n'est pas uniquement un lieu un peu neutre qui nous permet de passer d'un endroit à un autre, ce passage, ce n'est pas que quelques points de suture entre le récit de la multiplication des pains, que nous lisions hier et le discours du pain de Vie que nous entendrons après-demain. J'ai envie de vous montrer que ce passage est une transition au sens plénier du terme à travers trois exodes que le Christ nous invite à vivre à la lumière de sa Pâque.

Le premier changement de perspective, le premier exode dans notre cœur, c'est le rapport de Jésus avec le cosmos, avec la nature. Le deuxième exode, auquel nous sommes invités, c'est Jésus et les disciples. Le troisième exode, c'est Jésus et la foule.

Le premier exode auquel nous sommes invités c'est de changer notre regard sur les conséquences de la résurrection sur Jésus. La résurrection, quand on y croit (il y a beaucoup de chrétiens qui mettent en doute la résurrection comme pilier central de la foi chrétienne), la résurrection est souvent une affaire intime et personnelle. Au premier degré, et d'ailleurs, saint Paul le dit à sa manière, Jésus ressuscité cela le touche personnellement. Ce n'est pas mal quand on passe à un niveau supérieur, à savoir que la résurrection du Christ touche notre propre résurrection et nous amène nous-mêmes à vivre la résurrection du Christ. Il n'est pas ressuscité pour lui-même, il est ressuscité pour nous, et pas uniquement pour nous, mais il est ressuscité dans le sens où sa résurrection chamboule complètement le cosmos. Nous sommes invités frères et sœurs, dans cette méditation sur la résurrection que le Christ nous donne à vivre, à ne pas uniquement regarder notre propre petite résurrection ou notre nombril, mais à découvrir que le Christ ressuscité travaille au cœur même du cosmos.

La deuxième perspective, le deuxième exode, touche le rapport dans cet évangile entre Jésus et les apôtres. Vous avez entendu comment les apôtres montent dans une barque et se mettent à ramer vingt-cinq ou trente stades. A chaque fois que j'écoute cet évangile, je ne peux pas m'empêcher de me souvenir du Frère Jean-François, c'est très clair, nous venions de fêter les vingt-cinq ans de la fraternité, le dimanche soir nous lisions l'évangile du lendemain qui était cet évangile et le Frère Jean-François avait lu : "les apôtres ramèrent pendant vingt-cinq ans !" C'est assez joli de comparer la fraternité et la paroisse aux disciples et aux apôtres. Cela disait à la fois les difficultés de la fraternité et de la paroisse, mais en même temps, le fait que nous ne pouvions pas nous arrêter en pleine mer mais continuer à ramer si nous avions le sentiment que Jésus n'était pas toujours présent. Je crois que le deuxième exode auquel le Seigneur nous invite est que nous ne sommes pas seuls, même quand nous ramons et que nous pensons que nous sommes abandonnés par le Seigneur au milieu de la mer déchaînée, le Christ ressuscité est présent. Par conséquent, l'absence de Dieu n'est pas signe de punition, mais cette absence est plutôt à comparer avec le comportement des parents, toujours présents auprès de leurs enfants, mais gardant une distance pour laisser l'enfant par lui-même traverser les éléments de sa propre vie, exactement comme les parents attentifs quand ils voient l'enfant faire ses premiers pas, heureux de la voir prendre son envol si l'on peut dire, et en même temps, tous attentifs en délicatesse. Le Christ qui marche sur les eaux, c'est cela. Ce n'est pas un Dieu lointain ou absent, c'est un Dieu qui marche à côté de la barque et qui accompagne les disciples qui traversent les flots de la mer de Tibériade.

Troisième exode auquel nous sommes invités, c'est l'exode des foules. Nous avons entendu hier ce très beau récit du miracle de la multiplication des pains, l'exode auquel le Christ nous invite c'est de passer du don au donateur. Parfois, en tant que chrétiens, nous avons un rapport assez confortable avec Dieu : nous avons faim, nous avons des manques affectifs, matériels, physiques, spirituels, et ce que nous attendons au premier abord de Dieu, c'est qu'il vienne nous combler dans tous ces manques, qu'il nous donne la nourriture nécessaire pour notre vie. Mais le risque c'est que nous voulions nous saisir de Dieu pour qu'il nous donne tout ce dont nous avons besoin. Et Jésus s'échappe des foules parce qu'elles allaient le saisir pour le faire roi. Cet exode des foules, c'est le passage dans lequel le Seigneur nous emmène, qui est le passage du don au donateur. Si Dieu nous demande de la suivre, ce n'est pas nécessairement pour que Dieu nous comble mais plutôt pour que nous ayons envie, le désir de rencontrer le donateur, désir fondamental et beaucoup plus important que de vouloir recevoir le don, désir qui nous mette en marche comme ces foules quittant la montagne et cherchant Jésus au risque d'avoir faim, soif, peur, de cherche Jésus sans le trouver.

Frères et sœurs, que petit intermède résonne dans notre cœur, afin que nous découvrions en ce temps de Pâques, le Fils nous invite encore et toujours à vivre cet exode, à chercher le donateur, et non plus seulement le don. Nous nous arrêtons au seuil de ce récit du pain de vie que le Christ va prononcer à la synagogue.

 

AMEN

 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public