AU FIL DES HOMELIES

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VIVRE L'ABSENCE

1 Co 15, 12-19 ; Jn 6, 16-24

Mardi de la troisième semaine de Pâques – A

(8 avril 2008)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, dans l'évangile, il y a deux épisodes qui se ressemblent et qui sont complémentaires au sujet de cette barque traversant le lac de Tibériade. Dans la page d'évangile que nous venons d'entendre, il y a une tempête et Jésus n'est pas dans la barque. Il vient à la rencontre des disciples et au moment où ils vont le prendre à bord, la barque touche terre. Il y a un autre récit qui se trouve dans les autres évangélistes, les synoptiques, où Jésus est à bord de la barque, mais il dort, il y a de nouveau la tempête qui soulève des vagues et qui produit le même effet de peur chez les disciples. Ils réveillent Jésus, et Jésus d'un mot apaise la tempête.

Ces deux récits sont très semblables et parallèles par leur signification. Cette barque qui traverse le lac de Tibériade c'est l'image de tout ce temps de l'Église, ce temps dans lequel nous sommes, qui nous sépare du moment du retour du Christ, quand il viendra pour achever notre salut, notre résurrection. Pendant tout ce temps qui va de l'Ascension de Jésus jusqu'à la fin du monde, deux vérités contradictoires et pourtant complémentaires se présentent à nous et nous sont proposées par les évangiles. D'une part, le Christ ayant quitté ce monde au jour de l'Ascension, le temps que nous traversons est le temps de l'absence, nous ne le voyons pas nous le touchons pas, nous ne pouvons pas avoir de rapport avec lui comme les disciples l'ont eu pendant sa vie terrestre. Le Christ nous manque et d'une certaine manière, c'est ce qui explique que dans cette barque de l'Église nous soyons secoués par la tempête. Où le Christ est absent, ou le Christ dort, de toute façon, il manque et notre expérience est celle de cette absence douloureusement ressentie comme si nous étions abandonnés. C'est ce que les évangélistes Marc et Luc signifient quand ils disent que Jésus s'en va, Jésus semble abandonner ses disciples son Église.

En même temps, il est aussi vrai que le Christ est avec nous jusqu'à la fin du monde comme le dit l'autre évangéliste synoptique, saint Matthieu. Pendant tout ce temps, Jésus n'est pas parti, il est secrètement présent, invisiblement mais réellement présent à son Église et à chacun de nous par la grâce par le don de l'Esprit, il ne cesse de vivre en nous, avec nous, de nous rendre vivants de sa propre vie. Le mystère de l'Église c'est à la fois qu'elle est en marche vers la rencontre de son Seigneur qui l'introduira dans le Royaume, elle est en marche vers ce Royaume et elle est déjà dès maintenant dans le début de réalisation de ce Royaume parce que le Christ n'est pas uniquement celui vers qui nous marchons, il est aussi celui qui marche avec nous, qui nous entraîne, qui nous conduit, nous guide, nous fait déjà entrevoir la vérité du Royaume.

Nous vivons tout à la fois ce désir de voir le Christ, ce désir qu'il soit visiblement présent parmi nous, désir qui traverse cette longue traversée de l'histoire, de cette mer de Tibériade, et en même temps, nous vivons déjà la présence naissante du Christ en nous, au fond de notre cœur, où il se révèle à nous et où il nous transforme par la grâce de sa résurrection. Saint Paul le dit : "s'il n'y a pas de résurrection du Christ, nous sommes les plus malheureux des hommes, si nous ne ressuscitons pas alors notre foi est vaine. Mais non, conclut-il, le Christ est vraiment ressuscité, prémices de tous ses disciples qui doivent ressusciter avec lui".

Que nous portions déjà en nous cette aurore du monde à venir, cette aurore du Royaume, cette première lueur de ce monde nouveau vers lequel nous marchons et qui déjà est semé dans nos cœurs.

 

AMEN

 

 

 

 
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