AU FIL DES HOMELIES

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LE DÉSIR

1 Co 15, 12-19 ; Jn 6, 16-24

Mardi de la troisième semaine de Pâques – B

(24 avril 2012)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Multiplication des pains (Clermont-Ferrand)

F

rères et sœurs, je voudrais attirer votre attention sur l'importance du récit de la multiplication des pains que nous avons entendu hier, et ce que nous avons entendu dans l'évangile aujourd'hui. Nous les hommes, nous avons peur de la nature, nous avons peur du cosmos, nous avons peur de ce monde dans lequel nous sommes. Nous avons cru à un moment donné avec les progrès technologiques que nous avions enfin circonscrit la nature, qu'elle nous obéissait, et que nous n'avions plus à la craindre. Or, je ne vais pas vous refaire l'histoire de ce qui se passe depuis un certain temps, nous apprenons que nous sommes extrêmement fragiles et que cette nature que nous pensions avoir domptée est profondément libre.

Mais si nous, les hommes, avons peur de la nature, est-ce que Dieu aurait peur de quelqu'un ? dans l'évangile d'hier et d'aujourd'hui, on pourrait dire en forçant un peu le trait, que Jésus, le Fils de Dieu, lui n'a pas peur de la nature, mais il a peur des hommes. Plus exactement, il a une certaine crainte vis-à-vis de ces hommes qui veulent le saisir pour le faire roi. Le Christ n'est pas venu pour recevoir une couronne ni en fer, ni en métal doré. Il est venu pour nous rencontrer. A travers ce que je veux dire, c'est que nous avons affaire à deux types de relations. C'est le problème du rapport de l'homme au mal, à la souffrance, et à la mort. Dans notre rapport à la nature, il n'y a pas vraiment de place pour la liberté de l'homme car il y a des règles et des lois qui sont naturelles et toute discussion que nous pourrions avoir en face de telle ou telle loi physique n'arriverait pas à faire changer la donne ! Si vous vous mettez en face d'un précipice, vous aurez beau dire tout ce que vous voudrez, si vous vous y jetez, vous y tomberez.

En revanche, la relation entre Dieu et les hommes est régie par autre chose et c'est ce que nous appelons la liberté. Là, nous sommes dans un tout autre domaine. Si Dieu est capable de régir la nature et le cosmos parce qu'il en est le créateur, et que cette nature obéit à des lois très compliquées, nous sommes bien placés pour le savoir puisque les sciences exactes sont là pour essayer d'exprimer avec des modèles mathématiques et physiques ces lois. Si la nature obéit à des lois, et que les choses paraissent simples, la relation entre Dieu et les hommes ne fonctionne pas sur ce même registre.

Ce qui régit la relation entre Dieu et l'homme c'est le désir. Nous le découvrirons demain dans l'évangile : Jésus d'une part fuit le désir des hommes qui veulent le faire roi, mais en même temps ces hommes et ces femmes n'ont de cesse que de poursuivre Dieu et de le saisir. Nous pouvons trouver le procédé un peu limite, mais c'est ce que nous faisons une bonne partie de notre vie quand nous sommes mus vers Dieu pour des considérations qui sont souvent primaires. Notre limite, notre péché, notre faiblesse fait que nous nous tournions en dernier ressort vers celui qui est censé avoir la clé du problème : Dieu. Même si nous sommes poussés par des qualifications que nous pourrions qualifier petites et minables, ce qui compte aux yeux de Dieu, c'est cet élan qui nous porte à marcher. C'est tout ce jeu de cache-cache qui fait que tous ces gens qui au départ avaient été captés et fascinés par la multiplication des pains opérée par Jésus, au fur et à mesure du voyage qu'ils vont faire d'un côté à l'autre côté de la rive du lac, ils vont aboutir à la synagogue de Capharnaüm pour y découvrir autre chose : la parole de Dieu et ce pain, cette nourriture que Dieu nous donne.

Frères et sœurs, que ce voyage que l'on pourrait presque appeler initiatique nous fasse découvrir que le Dieu dan lequel nous croyons est un Dieu souverain, un Dieu qui n'a pas peur de cette nature, puisqu'il présidait à la création de ce cosmos, mais ce Dieu a décidé, même si cela ne nous fait pas toujours plaisir, d'entrer en relation avec nous, non pas à travers des lois immuables qui nous obligeraient à le rencontrer, mais à travers un des plus beaux mots de toute langue humaine : le désir.

Que cette eucharistie à laquelle le Christ nous a convié nous fasse aussi voyager des désirs secrets qui nous habitent de rencontrer Dieu pour qu'il règle nos angoisses et nos problèmes personnels, que nous sachions saisir ce que Dieu nous propose : nous laisser emmener plus loin vers cette vie éternelle, cette vie divine que Dieu veut partager avec nous.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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