AU FIL DES HOMELIES

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 JE CROIS EN LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

1 Co 15, 12-19 ; Jn 6, 16-24

(6 mai 1992)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Athènes : cratère funéraire

C

 

e passage fait suite immédiatement à la multiplication des pains. C'est une sorte de parabole vécue de l'identité du Christ avec son Église. Les disciples, la barque qui les porte, c'est une image de l'Église affrontée au monde. Le Christ rejoint cette Église au milieu de ses souffrances, de ses difficultés et la conduit immédiatement à l'autre rive, la rive de Dieu, la béatitude éternelle.

       Je voudrais illustrer cette page d'évangile par l'affirmation de saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens. "La résurrection du Christ et notre propre résurrection, c'est tout un !" Il n'y a pas d'une part la foi chrétienne en la Pâque, en la Résurrection du Christ, celle que nous avons célébrée, il y a quelques semaines et qui est au cœur de notre foi, et puis un élément secondaire du Credo qui serait la "résurrection de la chair" à la fin des temps et sur lequel un certain nombre de chrétiens peuvent avoir des doutes. Bien des chrétiens ont du mal à imaginer que leur corps, que le corps de leurs proches, le corps de leurs défunts, ce corps que l'on met en terre, dans un cercueil, dans un caveau, ce corps qui se décompose, ce corps qui retourne aux éléments naturels de ce monde, ce corps ressuscitera. Pour beaucoup de chrétiens, ce salut demeure obscur et leur semble même un peu secondaire car, comme me l'ont dit plusieurs fois des paroissiens, "l'essentiel était l'âme, l'essentiel était l'esprit, était la part spirituelle qui est en nous et qu'il suffisait largement que l'homme soit immortel, que nous vivions pour toujours avec notre esprit, avec notre cœur. Qu'importe le corps, c'est si secondaire, c'est même peut-être un peu méprisable, en tout cas cela n'a qu'une importance relative."

       Et bien saint Paul n'est pas d'accord et dit : "S'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité !" Parce que la chair du Christ et notre chair c'est tout un. Il a voulu prendre une chair en tout semblable à la nôtre. Ce n'est pas une chair particulière, un peu plus divine que la nôtre, ce n'est pas une chair qui aurait quelque particularité biologique plus étonnante, ce n'est pas un corps astral que le corps du Christ Ressuscité. Il n'a rien à voir avec ces élucubrations qu'un certain nombre de sectes accumulent. Il ne s'agit pas de cela. La chair du Christ c'est une chair en toute matérielle comme la nôtre. Il l'a prouvé après sa résurrection : "Avez-vous quelque chose à manger ? Touchez Moi, voyez que Je ne suis pas un fantôme ! que Je ne suis pas un esprit. Touchez mes mains, mes pieds, mes plaies !" Ce sont les plaies de mon corps mort sur la croix, c'est le même, c'est cette même chair qui est ressuscitée.

       Alors ne nous imaginons pas que la chair est un élément secondaire, que tout cela n'a qu'une importance relative par rapport à l'essentiel qui est l'union spirituelle, immatérielle, de nos cœurs avec Dieu qui est Esprit. Si Dieu a voulu prendre une chair dans le sein de la vierge Marie, s'Il a voulu souffrir, mourir en cette chair, ressusciter, reprendre vie avec cette chair, c'est que la chair a une importance, c'est que notre chair, comme la sienne, n'est pas quelque chose de secondaire. Notre chair a du prix aux yeux de Dieu puisqu'Il a voulu la faire sienne, qu'elle devienne la chair de Dieu. Et si la chair du Christ est ressuscitée, si elle est transfigurée, non pas en quelque chose de vague et de fantomatique, mais transfigurée dans sa matérialité même, sans rien perdre de sa substance, si la chair du Christ est transfigurée par sa résurrection, c'est que notre chair aussi est appelée à cette résurrection, c'est que notre chair est assez importante aux yeux de Dieu pour qu'Il la rappelle du tombeau, pour qu'Il l'arrache à la pourriture, pour qu'Il l'arrache à sa décomposition. Oui, nous sommes des êtres d'esprit et de chair et notre esprit est profondément incarné dans notre chair, et notre chair est tout entière remplie de la puissance de l'esprit que Dieu nous a donné. Il n'y a pas, d'un côté, un être humain spirituel qui ferait des choses plus ou moins sublimes, qui inventerait, qui penserait et qui aimerait, et de l'autre côté un pauvre corps qui se traînerait dans la boue. Il y a un seul être humain, corps et âme. Et l'amour c'est l'affaire du corps autant que de l'âme, et l'intelligence c'est l'affaire de nos yeux autant que de notre cerveau. Et la vie c'est l'affaire de nos membres corporels autant que de notre cœur. Tout cela est précieux aux yeux de Dieu, Ce serait faire complètement fausse route et s'éloigner totalement de la foi chrétienne que de le rejeter. Saint Paul affirme : "Notre foi serait vide, notre foi serait vaine et nous serions les plus malheureux des hommes" si ce n'était que pour cette vie que nous étions sauvés et avions mis notre espérance dans le Christ.

       Ce n'est pas une vie pour un homme d'être un pur esprit. Nous ne sommes pas de purs esprits nous sommes des esprits incarnés, nous sommes des corps spiritualisés, nous sommes des être façonnés de cette interaction entre l'esprit et la matière, entre l'esprit et la chair. Nous sommes à la charnière de ce monde, liés à la matière par notre corps, liés aux mondes angéliques par notre esprit et en nous se résume tout l'univers et en nous Dieu veut que cet univers soit éternel. Alors que notre foi en la résurrection de la chair aille jusqu'au bout de ses conséquences et ne considérons plus comme secondaire cet article de notre credo : "Je crois en la résurrection de la chair."

      AMEN

 

 

 
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