AU FIL DES HOMELIES

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 LA RÉSURRECTION FACTEUR DE COMMUNION

1 Co 15, 20-28 ; Jn 6, 35-47

(24 avril 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Corinthe : Ville ancienne

E

 

n lisant toujours ce texte de l'épître aux Corinthiens, je vous disais que saint Paul affirmait que la foi en la résurrection n'est pas simplement basée sur un désir de survivre ou que survive cette partie la plus précieuse, la plus spirituelle de nous-mêmes, car cette foi n'est pas mesurée par ce désir de l'homme mais par le désir qu'a Dieu de nous donner la vie. Si nous croyons en la résurrection des morts, nous n'y croyons pas parce que nous voudrions retrouver notre corps, mais parce que Dieu veut nous donner une vie intégrale, cœur, corps et esprit.

       C'est précisément dans ce projet de Dieu que prend place la Résurrection du Christ et c'est ce que saint Paul nous explique à partir d'Adam. Saint Paul établit une comparaison, des points de repère, entre Adam et le Christ. Or qu'est-ce que Adam ? C'est la première cellule de ce corps que l'on appelle l'huma­nité. Tous, nous sommes pétris de la même chair et du même sang. Par conséquent, entre Adam et nous, ce n'est pas une relation comme celle des voitures qui sortent à la chaîne, toutes bâties sur le même modèle. Ce n'est pas simplement que tous nous possédons une nature humaine, mais c'est que nous faisons corps ensemble et que le sens même déjà de notre vie sur la terre, comme membres de l'humanité, est déjà scellé, marqué, fonde, dés l'origine par la communion. En effet, pour qu'un homme naisse, ne faut-il pas la communion de ses deux parents ? C'est fondamental. Nous naissons toujours du fruit d'une rencontre entre un homme et une femme, et c'est ce qui fait que notre vie, dès le premier moment de son existence, est sous le signe de la communion que Dieu avait instituée entre Adam et Eve dans son projet primitif de création.

       Par conséquent, la notion même d'Adam, la notion de nature humaine telle qu'elle est véhiculée à travers la Bible, ce n'est pas simplement la répétition à des milliers d'exemplaires du même prototype. C'est plutôt tous les liens qui unissent les cellules les unes aux autres par des liens de communion qui, sans cesse, engendrent à nouveau quelque chose. Et c'est précisément cette référence-là que prend saint Paul pour nous expliquer la résurrection du Christ.

       La Résurrection du Christ, c'est précisément le moment où, dans sa chair qui avait été pourtant vouée à la mort, va commencer à s'amorcer un processus du même type que celui qui, humainement, charnellement s'était amorcé en Adam. A partir du Christ Ressuscité va se propager, de cellule, en cellule, d'homme à homme, la puissance même de la Résurrection. C'est pourquoi le premier aspect sur lequel veut insister saint Paul dans ce texte, c'est que la Résurrection du Christ est créatrice de communion. Elle nous unit au Christ, elle nous récapitule en Christ sous une nouvelle manière, non plus la vieille manière d'Adam par laquelle chaque individu nouveau naît de la communion de deux autres individus, mais selon une économie, selon une dynamique, selon une perspective nouvelle qui est que, par la puissance de l'Esprit Saint, chaque être qui existe est engendré par la grâce de l'amour de Dieu, est engendrée pour être agrégée, agglutinée au corps du Christ Ressuscité Et de même que, dans le premier projet de la création, le premier Adam servait de cellule de base pour qu'à partir de cette cellule, par multiplication cellulaire, se forme tout un corps d'humanité, de la même façon, dans l'humanité ressuscitée, à partir de l'humanité du Christ comme première cellule, par multiplication cellulaire de la grâce et la puissance de l'Esprit Saint, se reforme un nouveau corps qui, progressivement, est soumis au Christ.

       Et dans cette soumission, c'est non seulement l'humanité tout entière qui, progressivement, est agglutinée au Christ, comme lorsqu'un essaim d'abeilles essaime toutes les abeilles sont agglutinées les unes aux autres pour s'attacher à la reine mère, mais ici c'est en même temps que le processus d'agglutination, le processus de communion qui s'instaure, c'est en même temps toutes les forces de mort et de rupture de communion qui sont progressivement évacuées, éliminées et brisées.

       Tel est un des aspects que saint Paul veut nous donner du mystère de la Résurrection. C'est très important car la plupart du temps nous pensons que, dans notre vie chrétienne, il y a d'un côté des dogmes à croire parmi lesquels l'un des plus importants est celui de la Résurrection, et de l'autre côté des bonnes actions à faire, entre autres "Aimez-vous les uns les autres !" Or, les deux choses sont proches, sont inséparables. La Résurrection du Christ est la première mise en œuvre de l'amour de communion entre le Christ et tous les hommes qui, petit à petit, vont être appelés à faire partie du corps du Ressuscité. Pour le Christ, ressusciter c'est communiquer, donner tout ce qu'il est Lui-même à travers son humanité glorifiée. Par conséquent, c'est appeler tous les êtres humains à vivre dans l'unique amour de Dieu. L'ultime de la Résurrection c'est la manifestation radicale et totale de l'amour du Père dans la chair du Christ, amour qui à ce moment-là devient si totalement efficace, si totalement présent, si totalement englobant que, petit à petit, réellement, efficacement, il attache chacun d'entre nous à Dieu.

       AMEN

 

 

 
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