AU FIL DES HOMELIES

Photos

 LA MORT SE TROMPE D'OBJECTIF

1 Co 15, 12-19, Jn 6, 24-35

(10 mai 2000)

Homélie du Frère Yves HABERT

Cap Sounion

T

 

oujours ces textes qui se répondent entre eux, d'une part l'affirmation radicale de la Résurrection de Jésus, affirmation primitive comme on l'a entendu hier, affirmation première de cette Résurrection de Jésus et qui met ici comme en écho, ce Pain de Vie. Il s'agit de comprendre comment cette Eucharistie à laquelle nous participons tous les jours pour certains d'entre nous, comment cette Eucharistie est liée à la Résurrection. Il nous faut retrouver pour mettre en parallèle ces deux textes de l'Ecriture, le langage des Pères de l'Église, la saveur de ces Père qui ont toujours eu le génie des images, de ces Pères de l'Église qu'on pourrait appeler aussi les poètes de l'Église, de ces personnes qui étaient tellement proches de ces récits primitifs qu'ils avaient trouvé comme le langage pour l'exprimer au mieux. Et dans les Pères de l'Église, il y a une image qui est donnée par ces hommes qui n'avaient pas une prédication vaine, parce qu'ils croyaient fortement à la Résurrection et qu'ils s'adressaient aussi à des chrétiens qui croyaient à cette Résurrection, ils employaient pour traduire le mystère du Samedi Saint, ce moment où le Christ est revenu à la vie pleine et entière, qui n'est pas la nôtre, mais la vie éternelle, ils employaient l'image de l'hameçon.

        D'ailleurs on l'entend ici tous les ans dans cette église, dans le grand texte de saint Jean Chrysostome qu'on lit devant le feu pascal. L'image de l'hameçon est toute simple à comprendre. Saint Jean Chrysostome nous explique que l'enfer, quand il a voulu s'emparer de cet homme dont il a cru qu'il était fait de chair et de sang, croyant que c'était un être de choix qui appartenait au peuple élu, quand l'enfer a voulu avec ses mâchoires saisir cet homme, il a été anéanti, car croyant saisir l'homme, il a saisi un Dieu. Cet homme était frappé de ce sceau divin dont parle l'Ecriture, cet homme quand on l'a frappé a fait voler en éclats la mort et l'enfer, il y avait comme une espèce de ruse pour attraper la mort, pour attraper celui qu'on appelle le monstre.

       Et nous ? Par rapport à l'eucharistie, c'est un petit peu cette même réalité. En communiant à l'eucharistie, en laissant faire en nous l'œuvre de cette monnaie d'éternité, de ce Corps du Christ frappé à l'image de Dieu, puisque nous recevons le Corps du Christ dans notre chair, qui commence à nous dévorer dans notre vie, et ainsi, la mort se heurte à cette Vie qui fait son travail en nous. Et quand au dernier jour, quand nous vivrons notre samedi saint, quand nous serons au tombeau, la mort croira saisir un homme, mais elle saisira un homme dont le corps de la Vie a déjà fait son œuvre. L'eucharistie est ainsi en quelque sorte cet hameçon déposé en nous et qui va faire voler la mort en éclats. Bien sûr, l'eucharistie, c'est la Vie en nous, cette oeuvre de vie qui nous apprend petit à petit à agir comme Dieu, à donner notre vie comme Dieu, à donner ce qui nous retient de vivre comme le Christ, mais il y a aussi cette monnaie d'éternité qui est en nous, et quand la mort croira saisir un homme, elle saisira aussi quelque chose qui en cet homme est marqué par une communion très particulière avec le mystère de la mort et de la résurrection. Croyant saisir un mort elle saisira ainsi un homme en qui l'œuvre de la résurrection avance.

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public