AU FIL DES HOMELIES

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 LA QUESTION DE LA RÉSURRECTION

1 Co 15, 20-28 ; Jn 6, 24-35

(9 avril 2008)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Corinthe: Ancienne route vers le port

F

 

rères et sœurs, chaque année nous lisons ce qui est sans doute le plus grand traité sur la résurrection de tout le Nouveau Testament, c'est le quinzième chapitre de la première épître de Paul aux Corinthiens. La communauté de Corinthe était une communauté extrêmement tapageuse, très compliquée, il y avait eu l'influence de plusieurs missionnaires, d'Apollos, Paul y était allé, il se plaint un peu plus tard que Pierre y était aussi alors que cette mission n'était pas tout à fait de son secteur et de son domaine, bref et c'est le début de l'épître aux Corinthiens, chacun se réclame qui de Pierre, qui d'Apollos, qui de Paul, et cela faisait des mauvaises surprises. De telle sorte que lorsqu'on lit la première épître aux Corinthiens, c'est comme une sorte de traité qui résout l'un après l'autre, tous les problèmes qui se posaient dans la communauté. On suppose que Paul a écrit cette épître lorsqu'il était à Ephèse, à deux jours de bateau, il n'avait pas le temps de repartir à Corinthe pour y mettre les choses au point, donc on avait envoyé des gens d'un des partis pour faire part de tous les problèmes et de toutes les questions qui se posaient à Corinthe, Paul y répond par cette lettre qui est un peu moins longue que l'épître aux Romains, mais c'est en tout cas un grand traité de vie pratique de l'Église avec toutes les questions qui s'y posaient.

        On peut dire que c'est une sorte de lettre pastorale, une encyclique pour résoudre les questions sur le moment où elles se posent. Parmi toutes les questions, évidemment, il y en avait une qui était particulièrement brûlante dans ce milieu fait essentiellement de grecs. A Corinthe, il ne faut pas imaginer des gens tellement cultivés, c'étaient les dockers de Marseille, mais ils étaient convertis et ils croyaient au Christ, donc ce qui les préoccupaient, ce n'étaient pas les problèmes théologiques comme on se les posaient à Athènes, là où il y avait des philosophes qui venaient faire des stages et des conférences. Corinthe était nettement plus modeste, il fallait de la religion pratique. Donc, un des problèmes qui se posait dans la communauté de Corinthe qui avait démarré. Pourquoi ? C'est un lieu commun de le dire, les grecs avaient quelque méfiance vis-à-vis du corps, d'ailleurs plus les philosophes que les gens de la rue. L'idée que tous les grecs aient été des disciples de Platon est une naïveté qu'il ne faut pas croire. Pour la plupart, dans la sensibilité de l'époque, on pensait qu'effectivement, avoir un corps n'était pas nécessairement un cadeau et qu'il vaudrait mieux être un esprit délié, moins assujetti aux problèmes de l'espace, du temps de la mortalité, des maladies, des faiblesses, etc … Il n'est donc pas étonnant qu'on se soit posé des questions pour se demander si la résurrection était si nécessaire que cela. C'est un peu le problème que les gens posent à Paul en lui disant : tu nous a annoncé la résurrection, d'accord, cela fait partie de ton évangile, mais qu'est-ce que cela veut dire exactement ?

        Paul commence le chapitre quinzième en expliquant son traité sur la résurrection. La première chose qu'il leur dit c'est que de toute façon, la résurrection dans la foi chrétienne, c'est incontournable. Il leur dit : je l'ai reçu moi-même de la tradition la plus authentique et la plus ancienne des apôtres : Christ est ressuscité le troisième  jour selon les Écritures. Pour Paul, c'est une réalité aussi incontournable que la mort du Christ. C'est d'ailleurs à partir de ce texte-là qu'on a toujours considéré (ce texte est ancien, autour des années 50-52, donc à peine vingt ans après la mort du Christ), que c'était une des premières formulations qui lient fondamentalement les deux affirmations : Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, Christ est ressuscité selon les Écritures. Ce qui sauve ce n'est pas simplement ou la mort ou la résurrection, mais ce sont les deux événements. Ce qui faisait problème pour les Corinthiens ce n'était pas la mort, mais c'était la résurrection. Paul envisage plusieurs problèmes sur la résurrection, celui que nous avons entendu tout à l'heure, un petit problème qui aujourd'hui nous semble tout à fait naïf, c'est de montrer que la résurrection n'a pas encore porté tous ses fruits. Le Christ est "prémices" de la résurrection. Les prémices, vous savez ce que c'est, ce sont les paysans juifs qui apportaient les premières gerbes qu'ils avaient récolté de leurs moissons au temple. Ce n'est vraiment que la première gerbe. Paul nous présente ici une vision de la résurrection qui est très intéressante, c'est que le Christ est comme la première gerbe de la moisson.

        Paul donne ici une vision historique de la résurrection, non pas au sens de l'événement de la résurrection du Christ, mais il dit aux Corinthiens que la véritable importance de la résurrection, c'est que vous êtes dedans. Ce n'est pas que vous fêtez, que vous commémorez ou que je vous ai annoncé un événement qui a eu lieu il y a vingt ans, mais l'événement qui s'est produit à ce moment-là de la résurrection, fait qu'aujourd'hui tout le problème de la résurrection s'est petit à petit soumis tous les ennemis et toutes les puissances de péché et de mort qui s'opposent à la résurrection. Cela rejoint en le développant de façon extraordinairement belle et profonde la fameuse phrase que Jésus dit à ses disciples au moment de sa résurrection, lorsqu'il va sur la montagne en Galilée : "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre". Dans ce cas-là, tout pouvoir, on a l'impression que le Christ est devenu le roi du monde. Mais Paul dit beaucoup plus que cela. Il interprète la phrase du Christ, car ce pouvoir est un mouvement même de combat et de conquête pour que tout soit soumis à ses pieds. Donc, c'est ce qui a donné cet aspect très conquérant à la première mission chrétienne, il fallait prouver dans les actes, les gestes et la prédication, ce mouvement même de la résurrection.

        L'annonce du salut n'est pas simplement la répétition ou l'information concernant un événement un peu comme les bulletins tous les quarts d'heure de France-Infos, mais la prédication c'est le déploiement de la puissance de la résurrection qui petit à petit soumet toutes choses, et lorsque le Christ aura tout soumis, alors le monde pourra entrer définitivement dans la plénitude de la résurrection.

        C'est une chose très importante, quand Paul répond aux Corinthiens, les Corinthiens se demandent si la résurrection existe et Paul leur répond, la résurrection, c'est vous ! Cela devrait nous parler de façon extrêmement profonde et particularisée, parce qu'aujourd'hui, si on nous demande ce que c'est que la résurrection on devrait pourvoir répondre, c'est nous ! De temps en temps, on a des mines de dépressifs, insupportables et râleurs, mais la résurrection, c'est nous. Le témoignage de la vie que nous donnons actuellement de nos communautés et de nos vies individuelles, cela doit être la mise en œuvre de la résurrection qui met toutes choses aux pieds du Seigneur, dans la mouvance même de sa vie éternelle et de son salut.

 

       AMEN

 

 

 

 
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