AU FIL DES HOMELIES

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LE PAIN VÉRITABLE

1 Co 15, 12-19 ; Jn 6, 48-59

Mercredi de la troisième semaine de Pâques – C

(23 avril 1980)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

D

 

ans cette page d'évangile, Jésus part de deux signes. L'un qui remonte à l'Ancienne Alliance, au temps des fiançailles entre Israël et son Dieu au désert, quand dans la solitude, le peuple harcelé par la faim, criait vers le Seigneur et que Dieu lui donna le pain du ciel, cette manne mystérieuse qui, comme un givre, recouvrait la terre au matin et que les Israélites pouvaient recueillir et dont ils se sont nourris pendant tout le temps de leur exode, à travers le désert.

Le deuxième signe, n'est pas un signe lointain, mais immédiat, celui qu'il vient d'accomplir, la veille, quand il a multiplié les pains pour une foule affamée, encore une fois, et encore une fois une foule dans le désert.

Jésus a en quelque sorte renouvelé le miracle de la manne, mais il veut conduire beaucoup plus loin ses disciples. Il ne s'agit pas simplement d'une nourriture de la chair, d'une nourriture terrestre, il ne s'agit pas de nourrir le corps pour enlever la faim qui tenaille, il s'agit d'une nourriture spirituelle. Et Jésus l'a dit clairement : "C'est moi qui suis le véritable pain". Vous n'avez pas simplement à vous nourrir d'un pain que je vous distribuerais fut-ce miraculeusement, c'est moi qui suis la nourriture de vos cœurs, la nourriture de vos âmes. "Je suis le pain vivant, le véritable pain de Vie qui descend du ciel car la vie que le Père a en Lui, puisque toute vie vient de Dieu et jaillit du cœur de Dieu, la vie que le Père a en lui, il me l'a donnée pour qu'à mon tour je la donne". Ce n'est pas une vie temporelle, une vie biologique, une vie corporelle, c'est la vie éternelle, c'est une vie qui ne finit pas. C'est pourquoi celui qui mange ce pain vivra éternellement et je le ressusciterai au dernier jour.

Mais ces paroles pourraient induire en erreur les auditeurs de Jésus. Ils pourraient croire que le miracle de la manne et celui de la multiplication des pains, ces miracles qui utilisent une nourriture charnelle sont seulement une image, seulement des façons de parler et que, quand Jésus dit : "Je suis le pain vivant", il veut simplement employer une comparaison, comme quand il dira : "Je suis le berger" ou "Je suis la vigne". Ou quand il dira encore : "Je suis le roi d'Israël", toutes choses qui sont seulement des images pour nous induire à une réalité spirituelle que l'on pourrait croire désincarnée, affaire purement intérieure, purement mentale, morale.

Et, dans la page que nous venons d'entendre, Jésus renverse, en quelque sorte, d'un seul coup ces propos. Car, il ne cesse pas d'affirmer que le pain véritable est un pain de l'esprit, est un pain qui nourrit le cœur, mais, au même moment, il dit : "Le pain que je vous donnerai, c'est ma chair, ma chair offerte pour la vie du monde. Ma chair est vraiment une nourriture, mon sang est vraiment une boisson." Et voici que, tout à coup, notre perspective, comme celle des auditeurs de Jésus, est ramenée à ce qu'il y a de plus concret, de plus matériel, de plus charnel. Il ne s'agit pas de pure comparaison, il ne s'agit pas d'une nourriture qui serait simplement mentale, il s'agit d'une nourriture physique. C'est physiquement que le Christ est le pain de vie, c'est physiquement que le Christ est notre nourriture. Aussi bien, dans l'évangile, ce qui est spirituel ne veut pas dire quelque chose de mental ou de désincarné, ce qui est spirituel ne s'oppose pas au corporel et au charnel, mais au contraire, le spirituel, c'est ce qui est animé par l'Esprit. Et l'Esprit de Dieu, le souffle vital de Dieu anime toute la création, y compris ce qu'il y a en elle de plus matériel, de plus corporel, de plus charnel. L'Esprit de Dieu anime et vivifie toutes choses et jusque dans nos propres corps. Et c'est pourquoi Jésus, nourriture spirituelle se donne à nous d'une manière charnelle, dans une chair et un sang qu'il faudra manger, qu'il faudra boire afin d'en faire véritablement notre propre corps. Ce message est encore peu compréhensible, pour les auditeurs de Jésus, au moment où il leur parle. C'est une annonce de l'Eucharistie mais qui est encore voilée, car ils ne peuvent pas démêler exactement que cette chair du Christ leur sera donnée sous l'apparence du pain, que ce sang du Christ ils le boiront sous l'apparence du vin. Cependant, ce qui est fondamental, dans l'affirmation du Christ, c'est le caractère concret, charnel de ce salut spirituel.

Il ne faut pas que nous croyions que notre foi, que notre religion est un spiritualisme désincarné. Rien n'est plus loin du christianisme, que cette sorte de spiritualité vague et purement intérieure. Quelquefois, que ce soit les francs-maçons ou d'autres sectes spiritualistes disent qu'ils ont en commun avec nous l'essentiel, c'est-à-dire que nous croyons aux valeurs de l'esprit dans le dépassement infini des valeurs purement matérielles. Ceci apparemment pourrait sembler vrai, mais c'est tout à fait faux. Car être chrétien, ce n'est pas faire surnager quelques valeurs plus ou moins imaginaires, plus ou moins mentales, désincarnées, au-dessus d'une matière que l'on mépriserait, qu'on délaisserait comme quelque chose de secondaire à reléguer au rebut, être chrétien, c'est croire que l'Esprit de Dieu envahit de sa vie la totalité de l'univers qu'il envahit aussi bien l'univers matériel que l'univers spirituel, qu'il envahit notre chair aussi bien que notre esprit.

 

AMEN

 
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