AU FIL DES HOMELIES

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MARQUÉS DE SON SCEAU

1 Co 15, 12-19 ; Jn 6, 16-27

Mercredi de la troisième semaine de Pâques – A

(9 mai 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

orsque les juifs ont été témoins du miracle de la multiplication des pains, ils s'empressent de retrouver Jésus qui leur a échappé. Et lorsqu'ils arrivent la première chose que Jésus leur dit dans son enseignement, au début du discours qu'il fit à la synagogue de Capharnaüm c'est ceci : "Travaillez non pour la nourriture qui se perd mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l'Homme car c'est Lui que Dieu le Père a marqué de son sceau."

Cette phrase est étrange à plus d'un titre. D'abord parce que le Christ demande de travailler pour de la nourriture qui demeure en vie éternelle. Or il ne semble pas qu'il y ait une comparaison possible entre le travail quotidien qui nous fait acquérir notre nourriture pour chaque jour. Et d'autre part je ne sais pas quelle peine nous prenons pour acquérir le pain de vie et le sang du Christ, mais je ne suis pas sûr que cela se pose en termes de travail.

Il y a aussi cette étrangeté dans laquelle le Christ dit : "La nourriture que vous donnera le Fils de l'Homme car c'est Lui que Dieu le Père a marqué de son sceau." Pourquoi le Christ parle-t-il du sceau dont Il serait marqué au moment même où Il parle de nourriture. Apparemment les deux images ne vont pas ensemble. Il y a le registre du fait de manger et d'autre part le registre de marquer du sceau, c'est-à-dire de s'approprier, mais généralement ce n'est pas la nourriture que l'on marque d'un sceau. C'est plutôt du courrier, ou à l'époque du Christ, de la poterie et des outils courants.

Je crois que pour comprendre ces petites énigmes le fait de nous rendre compte du sens même de l'eucharistie peut nous aider. Qu'est-ce que c'est que l'eucharistie ? En réalité, quand nous communions, ce n'est pas tellement pour nous approprier Dieu que pour être appropriés à Dieu. Le mystère profond de l'eucharistie c'est cela. Déjà saint Augustin disait : "Ce n'est pas tellement le corps du Christ qui se change en ton corps que ta chair qui devient le corps du Christ." A la transsubstantiation par laquelle le pain devient le corps du Christ répond, si je puis dire, notre propre transsubstantiation, notre propre divinisation par la chair du Christ. Mais c'est plus nous-mêmes qui devenons le corps du Christ que le corps du Christ qui devient nous-mêmes. Plus exactement les deux réalités sont tellement indissociables l'une de l'autre qu'il ne faut perdre de vue aucune des deux. Mais finalement le but de l'eucharistie c'est de nous faire devenir le corps, la chair du Christ.

C'est pour cela que le Christ dit : "Travaillez pour là nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera la Fils que le Père a marqué de son sceau." Car lorsque nous allons communier, nous recevons la nourriture qui demeure en vie éternelle et qui est marquée du sceau de Dieu pour que nous-mêmes, à notre tour, nous soyons marqués du sceau de Dieu, c'est-à-dire d'un sceau s'appropriation. Nous devenons la propriété de Dieu, nous devenons la propriété du Père en recevant le sacrement de l'eucharistie.

Ainsi toute véritable communion est à la fois le Christ livré pour nous, donné pour nous et, en même temps, en réponse, c'est nous-mêmes livrés au Père, donnés au Père, marqués du sceau du Père pour demeurer nous-mêmes en vie éternelle. Et c'est pour cela que le Christ nous dit : "Travaillez pour cette nourriture." Car effectivement nous ne sommes pas dignes d'entrer dans cette demeure du Père, dans ce corps et cette chair du Christ. C'est pour cela qu'il faut nous laisser façonner, qu'il faut nous laisser pétrir, qu'il faut progressivement agir en nous ce pain de vie, cette nourriture pour que, véritablement, la vie éternelle s'implante définitivement en nous. Cela est un travail infiniment plus difficile que celui qui consiste à transformer le monde et la matière. C'est le travail dans lequel nous sommes totalement confiés à Dieu. C'est une coopération étroite entre l'œuvre de Dieu qui agit en nous et nous-mêmes qui nous laissons agir et qui essayons d'ordonner tout notre être, tous nos actes à la vie même et au dessein de Dieu.

Que toutes nos eucharisties quotidiennes qui, à certains moments, risquent de céder à l'habitude et la banalité, ravivent en nous ce sens de notre appartenance à Dieu. Nous sommes marqués du sceau comme le Christ Lui-même a été marqué de son appartenance au Père. Nous appartenons totalement au Père. Que cela éveille en nous le désir de nous laisser façonner et travailler par cet amour du Père manifesté dans l'Esprit.

 

AMEN

 
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