AU FIL DES HOMELIES

Photos

QUAND ES-TU ARRIVÉ ICI ?

1 Co 15, 20-28 ; Jn 6, 24-35

Mercredi de la troisième semaine du temps pascal – C

(12 avril 1989)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

Q

uand es-Tu arrivé ici ?" nous rappelle l'éton­nement des disciples lors de l'apparition au bord du lac, après la Résurrection. Après la nuit infructueuse, les apôtres discernent, sur le rivage, la silhouette du Christ. Ils s'aperçoivent qu'Il était là avant qu'eux-mêmes ne le découvrent et que, dans la nuit de leur échec, de leur peine, Il était sur le rivage, déjà présent, mais que la nuit le leur cachait. Et sa présence, Il va la leur livrer, de façon totale et défini­tive, pas simplement par cette apparition momenta­née, mais par le repas que Lui-même a préparé pour eux avec du pain et du poisson.

Aujourd'hui, avec ce passage du chapitre sixième de saint Jean, nous sommes déjà, quoique chronologiquement avant, dans ce mystère de la Pâ­que : la présence du Christ qui est là, antérieurement à notre découverte et même antérieurement au don visi­ble qu'Il nous fait : "Quand es-Tu arrivé ici ?"

Nous venons régulièrement à l'eucharistie. Non pas que nous venions chercher le Christ, mais plus encore parce que le Christ, qui est là, nous y at­tend. Et au fond, nous pourrions lui dire, non pas "Quand es-Tu arrivé ici ?" parce qu'Il est déjà avant nous, là même où nous sommes, et par le fait même d'ailleurs que nous sommes, Il est avant nous mais nous pourrions plutôt ouvrir notre cœur et nous dire : "Seigneur, Tu es déjà ici !" Passer de l'interrogation, qui peut être un peu de doute, à l'exclamation de la foi. "Seigneur, Tu es ici !" Et c'est pour cela que je viens. Et Tu es ici par ton eucharistie, par ta présence laissée dans ce sacrement. Sacrement qui ne se réduit pas seulement au pain et au vin consacrés, mais qui est, plus largement, ce mystère du Christ présent à son Église. Car si le don eucharistique du pain et du vin a précédé l'existence visible de l'Église, plus profondé­ment, plus théologiquement, plus spirituellement, il n'y a pas l'un avant l'autre. Mais l'Église est ce sacre­ment eucharistique, ce corps du Christ, présent au­jourd'hui, dans lequel nous sommes insérés, tout sim­plement parce qu'Il nous précède, parce qu'il est là avant nous.

Et c'est parce que cette Église, corps mystique du Christ, corps écclésial du Christ, c'est parce qu'elle est là avant nous, que nous pouvons venir y chercher le signe visible, le signe matériel, le pain et le vin, le corps et le sang du Christ. C'est cela l'œuvre qu'il nous faut faire. Non pas quelque chose à ajouter à nos œuvres humaines ou à nos œuvres pieuses, mais en­trer plus profondément dans cette antériorité de la présence du Christ dans son Église. Antériorité qui nous est manifestée dans le présent, dans le moment du pain et du vin qui nous est partagé.

Oui, il nous faut probablement retourner un petit peu notre vision de la foi. Non pas chercher la présence du Christ, mais nous étonner qu'elle soit là, avant même que nous soyons présents à Lui. "C'est Toi, Seigneur !" sur le rivage de ma vie, et Tu es là, peut-être encore comme une silhouette vague et dif­fuse, mais dans cette nuit, Tu es là !

"Pourquoi Me cherchez-vous ? Comment es-Tu venu ici ?" le Seigneur est présent à chacun de nous et à son Église par sa Pâque, par sa résurrection. Que ce soit bien dans cette orientation spirituelle et profonde que nous vivions ce temps de Pâques, cette reconnaissance de la présence de Jésus qui est là, qui nous sauve et qui nous nourrit, tout simplement parce que nous sommes présents à l'église, ou plus exacte­ment parce que l'Église est rendue présente en nous.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public