AU FIL DES HOMELIES

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QUEL SIGNE NOUS DONNES-TU ?

1 Co 15, 20-28 ; Jn 6, 24-35

Mercredi de la troisième semaine de Pâques – B

(20 avril 1994)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

J

ésus a-t-il réellement rencontré ses contempo­rains ? C'est une question que l'on pourrait se poser car, personnellement, plus je lis l'évangile de Jean, plus j'ai l'impression que Jésus est toujours en déphasage par rapport aux gens auxquels Il s'adresse. On a l'impression que personne ne com­prend jamais ses discours, qui d'ailleurs sont bien compliqués, et qu'Il ne cesse de se répéter de sorte que la relation qui devrait s'établir entre le Verbe qui s'est fait chair, le Fils de Dieu et les hommes, ne se fait pas.

L'évangile de ce jour est assez significatif sur ce propos puisque Jésus Lui-même dit : "Vous venez à Moi, vous Me cherchez, non parce que vous avez vu des signes mais parce que vous avez mangé de tout votre saoul au désert", comme si, d'ailleurs, la multi­plication des pains n'était pas un signe. Ou bien Jésus renvoie la question, car il fallait découvrir un signe dans cette multiplication des pains "et vous ne l'avez pas fait"... Vous n'y avez vu que de la nourriture. Or il y a plus que de la nourriture. Jésus va s'engager dans un dialogue où les personnes qui l'ont suivi et qui le cherchent vont lui poser cette question: "Quel signe poses-tu pour que nous croyions en Toi ?" Or juste­ment, Il a posé le signe.

Ce qu'il faut bien saisir c'est que la "clé de lecture" est Jésus Lui-même. La "clé de lecture" de tous ses gestes, de toutes ses rencontres, de toutes ses paroles, c'est le Christ en sa personne. Les signes qu'Il pose n'ont de sens que si l'on comprend qu'Il est Lui-même "l'agir de Dieu". Il est Lui-même Signe de la présence de Dieu parmi les hommes. Il est Lui-même le pain du Ciel qui descend et qui donne la nourriture.

Mais Jésus en appelle à une chose importante pour chaque être quand le peuple pose la question : "Comment faire l'œuvre de Dieu ?" Jésus répond : "L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en Celui que le Père a envoyé !" En fait, je crois que s'il y a "dé­phasage" c'est justement sur ce mince espace qui est le lieu de la foi c'est-à-dire que lorsqu'un signe est posé, il n'a de compréhension et où il n'a même de répercussion dans l'être des gens que s'il est posé dans l'ordre de la foi, que si s'engagent, d'une manière ir­rémédiable l'œuvre de Dieu, l'agir de Dieu, le signe qu'il pose et la liberté de l'homme qui fait confiance, qui pose un acte de foi. Et je crois que cela va très loin.

Cela va loin parce que dans notre propre vie religieuse, nous sommes toujours acculés, quels que soient les signes que Dieu nous donne, à cet acte de foi. Dieu ne remplacera jamais dans notre vie l'espace et la liberté de la foi. Dieu n'est pas un illusionniste, Dieu n'est pas un prestidigitateur. Il n'agit pas comme celui qui va tout changer pour que le monde croie. Il appelle d'abord la foi et le signe prend sens dans la foi. Et c'est pourquoi, pour un croyant, tout ce que nous voyons peut être signe de Dieu. Mais pas les signes extraordinaires, pas simplement les miracles, mais la création elle-même devient signe de la pré­sence de Dieu. Et c'est pourquoi tout chrétien n'aura une foi purifiée et réelle que si ce qu'il voit lui suffit et non pas s'il va à la recherche de Dieu parce qu'il a mangé tout son saoul. Non pas simplement pour pos­séder quelque chose de Dieu, pour changer quelque chose à sa vie pour un mieux-être, a la limite sans que l'intérêt de Dieu et de ce qu'Il est vraiment puisse avoir une répercussion.

Donc Jésus en appelle, pour nous-mêmes comme ceux à qui Il a fait face, à une véritable ren­contre. Et la rencontre, comme toute relation, ne peut se baser que dans la confiance et non pas sur la prise de pouvoir ou la prise de possession de quelqu'un sur quelqu'un d'autre. Même si nous aimions un Dieu qui "tire les fils" de notre vie, il faut abandonner cette idée. Dieu ne tirera jamais les fils de notre vie, Il ne fera que couper le fil pour nous laisser agir librement pour l'accepter tel qu'Il est, Lui le Seigneur. C'est là le véritable sens du signe. C'est là la véritable répercus­sion du signe dans chacune de nos vies.

C'est pour cela que dans l'eucharistie, nous vivons la même relation. Le pain est signe de la pré­sence de Dieu. Il nous donne la présence réelle, ef­fective de Dieu, présence qui prend toute sa répercus­sion dans notre vie si elle est reçue dans la foi. Nous sommes appelés à vivre chaque jour une véritable communion profonde ou notre relation avec Dieu se base sur la confiance qui est un appel à notre dignité humaine dans la liberté. Sinon Dieu ne pourra pas se donner, Dieu ne peut pas nous forcer. Comme dans son Incarnation, dans tout sacrement Il est le signe de la tendresse et de la miséricorde, de la présence dis­crète mais efficace et en tout cas réelle, de Dieu qui nous aime en respectant ce que nous sommes.

 

 

AMEN

 

 
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