AU FIL DES HOMELIES

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UN VIRAGE À NE PAS MANQUER

1 Co 15, 20-28 ; Jn 6, 24-35

Mercredi de la troisième semaine du temps pascal – A

(17 avril 2002)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

ieu ne s'est pas posé comme un étranger par rapport à ce que nous sommes comme hommes, Il a voulu inscrire le désir que nous avons de Lui, dans la faim et dans la soif que nous éprouvons. Dieu n'a pas posé l'expérience religieuse, l'expérience de la relation que nous avons avec Lui, comme dans une sphère différente, comme s'il y avait l'expérience humaine d'une part, et puis à côté, comme à l'abri, une expérience avec Dieu. Les choses se conjuguent ensemble. C'est dans la faim et la soif que nous éprouvons que s'inscrivent comme en fili­grane, une autre faim et une autre soif. C'était risqué de la part de Dieu, et c'est d'ailleurs risqué, car nous pourrions nous contenter d'assouvir et de satisfaire notre faim et notre soif. Même si effectivement la répétition inlassable de cette demande de satisfaction de la faim et de la soif peut nous éveiller à l'idée qu'il y a peut-être autre chose, qui non pas viendrait satis­faire, mais l'ouvrir davantage.

C'est là que le virage se situe. En inscrivant la faim et la soif de Dieu dans la faim et la soif de notre vie humaine, Dieu a voulu nous donner comme un élan, pour que s'appuie en nous, dans notre expérience humaine, quelque chose d'autre, une autre faim et une autre soif qui s'arc-boute, qui utilise notre énergie, qui est notre besoin, notre désir, et en même temps, tente, propose de le dépasser. Le virage se situe au moment du dépassement de cette première faim et de cette première soif, mais elle n'est pas à côté. Il n'y a pas une sorte d'expérience religieuse qui se situerait plus céleste, plus éthérée. Il y a une unité profonde entre ce que nous éprouvons sur cette terre et ce que nous de­vons éprouver de Dieu. Mais c'est à nous d'accepter dans cette première expérience de faim et de soif, se laisse entrevoir une insatisfaction, un inachèvement qui entrouvre la porte sur un ailleurs, un au-delà, un quelqu'un qui nous attend. Un quelqu'un qui nous propose, non pas d'assouvir, mais d'ouvrir, d'épanouir.

En fait, au fond, cette faim et cette soif, sont comme des lignes directrices de ce que nous sommes. Elles nous ouvrent à une expérience dont nous ne savons rien d'avance, que Dieu ne viendrait pas com­bler comme nous comblent les aliments et les bois­sons, mais au contraire, nous éveillent.

Et c'est là que nous passons d'objets consom­mateurs, consommant les choses de ce monde, à des sujets, à des personnes qui désirent établir une rela­tion. La liturgie que nous célébrons, l'eucharistie que nous célébrons ne viendra pas combler notre faim et notre soif, elle viendra en aiguiser la pointe. Ce mor­ceau de pain et cette gorgée de vin viennent ouvrir l'appétit de notre âme à la rencontre avec Dieu qui ne sera jamais assouvie, qui ne sera jamais totale. Nous ne cesserons de nous ouvrir à cette expérience que chaque parcelle de pain et chaque gorgée de vin vien­dra éveiller en nous.

Que cette eucharistie fasse de nous des affa­més, des assoiffés de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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