AU FIL DES HOMELIES

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LES DEUX EXODES

1 Co 15, 20-28 ; Jn 6, 24-35

Mercredi de la troisième semaine de Pâques – B

(7 mai 2003)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

F

rères et sœurs, on va essayer d'éviter le dialogue de sourds, en l'occurrence, entre la tronçonneuse et la prédication, comme la surdité qui a existé entre Jésus et ceux qui l'écoutaient.

Nous continuons aujourd'hui la lecture du livre de l'Exode selon saint Jean. Le livre de l'Exode selon saint Jean a commencé l'autre jour de la même manière que la Pâque des hébreux en Égypte. Dieu lui-même est venu nourrir son peuple avant de l'envoyer, de le faire partir pour quitter l'Égypte. Comme dans le livre de l'Exode, le Christ a fait traverser son nouveau peuple constitué par le don de quelques pains et de quelques poissons, lui a fait traverser la mer de Tibériade. Et aujourd'hui, nous arrivons avec la lecture de saint Jean, sur la montagne du Sinaï, une montagne qui est une synagogue, celle de Capharnaüm, dans laquelle le Christ va faire le don d'une nouvelle alliance, le don de son corps et de sa vie.

Je crois que ce qui est intéressant dans cette visite de l'Exode par saint Jean, c'est que autant que dans l'Exode selon Moïse c'est le peuple d'Israël qui a le sentiment d'être la proie de l'Égypte, autant dans l'Exode selon saint Jean, c'est le Christ qui est la proie de son propre peuple. Le Christ est celui qui fuit toujours, qui s'en va, qui est solitaire, qui n'est pas compris par son peuple au moment de la multiplication des pains. Le Christ est celui qui fait peur sur la mer de Tibériade, et le Christ est celui qui engage comme je le disais tout à l'heure, une sorte de dialogue de sourd entre ceux qui ont partagé ce pain, entre ceux qu'Il a sauvés, et Lui-même. En fait, il y a comme une course poursuite entre le chasseur et la proie. Tout est dans cette phrase que le Christ dit à ses chasseurs : "Vous me cherchez, mais pourquoi me cherchez-vous ?" Pourquoi le chasseur cherche-t-il sa proie ? Je pense que c'est pour manger. La faim, une faim physique comme on l'a vu dans la multiplication des pains, mais aussi une autre faim telle qu'on la voit aujourd'hui, une faim de parole. Or, ce qui est intéressant dans la faim et dans le repas, c'est que ce qui est de l'ordre du "manger", et de l'ordre de l'assimilation. Cette foule qui poursuit le Christ comme un chasseur poursuit sa proie, a faim. Le Christ va leur apprendre que cette faim, la faim de Dieu que nous ressentons est beaucoup plus subtile que nous ne le pensons. Pour revenir à l'Exode selon Moïse, on découvre que le peuple d'Israël, chassé ; devenu la proie du chasseur, va faire cette expérience de la mort. Quand on chasse et qu'on veut manger, ce que l'on désire, c'est manger pour se constituer en tant que corps. Dans l'Exode selon Moïse, la constitution du corps de ceux qui vont être sauvés par Dieu se fait à travers la mort et en étant mangé. Les hébreux sont mangés par des événements qu'ils n'ont absolument pas choisi, et ils n'arrivent pas à tenir. Ils sont mangés par cet ange exterminateur qui leur passe par-dessus, ils sont mangés par cet événement du passage de la Mer Rouge, et ils sont mangés dans le désert quand ils découvrent que ce Dieu qui les as sauvés n'est pas le Dieu auquel ils pensaient.

Ainsi, cette ligne que nous découvrons dans l'Exode selon Moïse et l'Exode selon Jean et notre propre vie spirituelle, nous dit quelque chose de très intéressant. Nous aussi, parfois, nous avons vis-à-vis de Dieu une âme de chasseur, dans ce que nous appelons le désir de Dieu, et nous partons en chasse de Dieu. Très souvent, nous avons envie de "manger Dieu", mais nous n'avons pas nécessairement envie d'en payer les conséquences, car en fait quand nous mangeons, nous assimilons ce que nous avons mangé, et manger Dieu, c'est aussi assimiler ce qu'est Dieu. Peut-être qu'à l'image de notre société contemporaine vis-à-vis de ce qu'est la nourriture, nous aimons bien les choses sucrées, comme nous aimons bien Dieu, mais nous n'avons pas nécessairement envie de payer les conséquences d'un bon repas composé de gâteaux, c'est-à-dire la prise poids, entre autres !

Dans notre recherche de Dieu, c'est un peu la même chose, nous avons envie de manger Dieu, mais nous n'avons pas envie de nous laisser manger par Lui. Or, ce que nous apprend l'expérience de la Pâque juive, et ce que nous apprend l'expérience de la vie du Christ dans cet Exode selon saint Jean, c'est que Dieu nous appelle à être mangé par Lui-même. Et quand la foule demande au Christ : "Qu'est-ce que faire l'œuvre de Dieu ?" Je crois que l'œuvre de Dieu justement, consiste pour nous de manger Dieu et de nous laisser manger par Lui afin que nous puissions véritablement constituer le corps ressuscité du Christ.

 

 

AMEN

 

 
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