AU FIL DES HOMELIES

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 CORPS RESSUSCITÉ

1 Co 15, 50-57 ; Jn 6, 48-59

(9 mai 1992)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

Enfance heureuse ! 

N

 

ous entendons aujourd'hui, dans l'épître de saint Paul aux Corinthiens, une affirmation longue et développée sur la résurrection des corps. Il y a un vocabulaire assez précis et assez technique qui décrit la manière dont nous ressusciterons et quels seront nos corps de résurrection. J'aimerais reprendre quelques termes, non pas pour vous donner la clé de cette résurrection puisqu'elle reste un mystère qui est devant nous, mais pour nous expliquer le principe de cette résurrection.

       Saint Paul parlait du "corps psychique". Dans la bouche de saint Paul, "psychique" veut dire que, dès le début de notre vie, a été mis en nous un principe vital. Quand nous disons que nous sommes vivants, c'est à ce principe que nous nous référons. Saint Paul l'appelle psychique en raison du mot grec psychè, un principe qui nous fait vivre, qui nous donne la vie, le principe naturel. Il y a donc en nous, dans la vie humaine, un principe de base, un principe donné par la naissance, que les scientifiques ont essayé de décrire en l'identifiant à notre patrimoine génétique inscrit dans ces molécules d'ADN et d'ARN. Ce que je suis n'est pas ce que vous êtes et ce que vous êtes n'est pas ce que je suis puisque notre patrimoine génétique est différent, et c'est ce qui forme l'identité de chaque personne. Cela c'est le principe de base naturel.

        Mais la personne humaine que nous sommes n'en reste pas là, elle doit recevoir un autre principe de vie, un principe de résurrection qui est commencé, qui commence dès maintenant par le don de l'Esprit Saint. A chaque sacrement, à chaque eucharistie, nous recevons, par le don de Dieu, un nouveau principe qui se substituera au premier. C'est le principe du "corps spirituel" dont parle saint Paul. A la naissance c'est notre corps et son identité qui donne naissance à notre personne. A la résurrection, c'est ce moi déjà ensemencé par le don de l'Esprit, renouvelé par tous les sacrements, qui est ce "Je", cette personne humaine construite au fil des ans de ma vie, qui va reconstituer un nouveau corps. Un nouveau corps matériel, un nouveau corps spirituel, un nouveau corps dans la résurrection, dans un nouveau monde dont le centre de référence ne sera plus les quatre dimensions de cette terre, mais sera le Christ "mort et ressuscité".

        La vie humaine a donc un principe initial et un principe final. Et la vie chrétienne consiste à faire mourir ce principe initial naturel pour lui substituer un nouveau principe de vie divine. C'est pourquoi saint Paul écrit : "Nous avons été semés dans la corruption" c'est-à-dire nous avons été semés pour mourir et "nous hériterons de l'incorruptibilité " c'est-à-dire que nous allons recevoir, comme des héritiers reçoivent un trésor, une part d'héritage, nous allons recevoir une part d'incorruptibilité. Et c'est ce que je suis qui va redonner naissance de nouveau à mon corps. Car d'un bout à l'autre de la chaîne humaine il y a un corps. Mais le principe vivant, le principe cheville qui va permettre de donner naissance à ce nouveau corps c'est la personne humaine que je suis et qui me constitue dans le face à face avec le Seigneur, jour après jour.

        Alors, quand saint Paul parle de mort, il parle de péché. Dans ce cas-là, le péché c'est précisément ce qui s'oppose à ce que je devienne personne humaine. C'est ce qui s'oppose à ce que je devienne ce "Je" partenaire du face à face avec Dieu, partenaire unique du face à face avec Dieu, parce que, de cette personne, pourra naître la personne ressuscitée dans son corps.

        Demandons au Seigneur qu'ayant conscience de l'enjeu de notre vie terrestre qui est comme le support, le réceptacle de la vie éternelle, nous fassions grandir en nous la volonté de recevoir davantage ce don de Dieu, d'affermir ce face à face pour que notre corps, notre corps final, éternel, notre corps de résurrection commence, dés maintenant, à prendre racine en nous, à ensemencer nos vies et celles de nos frères. Ainsi, au jour de notre mort, au "clin d'œil" dont parle saint Paul, au son final de la trompette, tous, d'un seul bond, nous nous lèverons à la suite du Christ et nous marcherons dans la joie à la vue du corps Ressuscité que nous formerons les uns avec les autres dans le Christ, en Dieu.

        AMEN

 

 

 
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