AU FIL DES HOMELIES

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 MORT, RÉSURRECTION ET COMMUNION DES SAINTS

2 Co 4, 8-14 ; Jn 6, 51+60-69

(12 avril 2008)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Corinthe

F

 

rères et sœurs dans la deuxième épître aux Corinthiens dont nous lisons quelques passages actuellement, saint Paul évoque les difficultés et les circonstances de sa mission. Il se rend compte que la mission qu'il a accomplie à Corinthe ne portait pas tout à fait tous les fruits qu'il en espérait, et surtout que la manière dont il a annoncé le mystère du Christ n'est pas encore vraiment entré dans le cœur des Corinthiens.

        Nous avons vu dans les semaines qui précèdent, la longue analyse de Paul sur le mystère de la résurrection, pour essayer d'expliquer aux Corinthiens autant que faire se peut, en quoi consiste le mystère de ressusciter par le Christ et avec le Christ. Ici, dans cette deuxième lettre, Paul ne fait que des allusions passagères au mystère de la résurrection, mais elles sont éclairantes. En effet, il explique la résurrection à ce moment-là non plus comme un sujet académique dont il traiterait, mais il explique la résurrection à partir de sa situation d'apôtre et de la situation des Corinthiens comme communauté évangélisée par lui, cet apôtre.

        Il dit que pour pouvoir évangéliser, il doit passer par beaucoup de souffrances qu'il assimile par une image, à des morts. Il explique que lui-même, Paul, dans son ministère, a éprouvé de nombreuses fois ce mystère de la mort à la fois spirituelle, et en même temps de la mort ascétique, des conditions imposées par le ministère et l'annonce de l'évangile, et en même temps, il reconnaît que les Corinthiens en ont tiré bénéfice, c'est-à-dire  qu'ils sont vivants, peut-être parfois au gré de Paul un peu trop vivants parce qu'ils  sont souvent des "joyeux vivants", mais ils sont vivants. De cette espèce d'opposition, entre Paul qui souffre mort et passion pour annoncer l'évangile, et les Corinthiens qui ont reçu la vie par l'évangile, de cette situation, de cet échange et de vases communicants, Paul explique en fait, le mystère de la résurrection.

       A un moment donné, il ajoute : "Quoique vivants en effet, nous sommes continuellement livrés à la mort, à cause de Jésus". Donc, il fait l'épreuve de la Passion, pour que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre chair mortelle, pour que lui-même bénéficie un jour de cette mort dans les fruits de la résurrection. Mais il conclut ensuite : "Ainsi la mort ait son œuvre en nous, et la vie en vous". On s'attendrait évidemment à ce que ce soit : "la vie en nous", on s'attendrait à ce que la résurrection soit à usage interne. A la fois, il bénéficie des grâces de la Passion, et en même temps, il accède à la résurrection. C'est ce qui est intéressant dans cette formule : "la mort fait son œuvre en nous, par le ministère de l'annonce et tous les renoncements qu'il suppose, mais la vie fait son œuvre en vous parce que vous recevez l'annonce de la résurrection".

        Paul ici, lie d'une façon originale ce que nous-mêmes nous aurions tendance à appeler la résurrection d'un côté, et la communion des saints de l'autre. La communion des saints, c'est le fait que toutes les existences individuelles de croyants sont interactives. Comme le disait Elisabeth Leseur : "toute âme qui s'élève élève le monde", c'est-à-dire qu'il ne se passe rien dans le cœur d'un homme ou d'une femme qui n'ait de répercussion dans le cœur d'un autre croyant. C'est ce qui fonde la communion des mérites, de la prière, on peut prier pour les autres, et là, Paul applique cela au mystère de la résurrection. Il y en a qui vivent le mystère de la mort pour que d'autres vivent le mystère de la résurrection. Il faut que lui, Paul, vive le mystère de la mort, pour que ses Corinthiens vivent le mystère de la résurrection.

        C'est un nouvel aspect du mystère de la résurrection, ce n'est pas uniquement le processus interne à l'intérieur de chaque croyant, mais c'est le processus de communication et de communion entre les croyants. Il y a des croyants qui meurent pour que d'autres ressuscitent. Chez Paul, c'est une des choses les plus tangibles dans son apostolat et dans sa manière de comprendre sa mission. Il a su que par cette mission par laquelle il participait à la mort du Christ, c'était non seulement lui d'abord qui bénéficiait de cette résurrection, il l'a dit plusieurs fois : je veux obtenir le prix, je veux atteindre le but, mais il savait aussi que l'acte même de ce ministère qui était une sorte de mort, et tout le service normalement est une mort à soi-même, mais cela n'empêche que déjà, dans d'autres, cela porte les fruits de la résurrection. Ce que le Christ a vécu en plénitude en lui-même, en son propre corps, en sa propre existence, ici Paul montre que cela se vit dans l'interaction entre le ministre et la communauté. La mort fait son œuvre quelque part, et c'est la vie qui ressurgit ailleurs.

        Frères et sœurs, je crois que c'est très intéressant pour nous de savoir et de croire que le mystère même de notre propre vie, quand elle est mystère de mort, peut être résurrection pour d'autres, ou quand elle est mystère de résurrection pour nous, elle est peut-être le fruit du mystère de mort qui s'accomplit dans quelqu'un  d'autre. C'est ce lien de mort résurrection qui n'est pas simplement dans une seule personne, dans un seul sujet, mais c'est ce lien de mort et résurrection qui finalement conditionne toute la communion des saints. Ce n'est pas simplement un "être ensemble", c'est véritablement le fait que la puissance de la mort et de la résurrection communique les uns avec les autres, c'est le mystère de la communion de l'Église, et c'est son originalité.

 

       AMEN

 

 

 

 
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