AU FIL DES HOMELIES

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QUI MANGE MA CHAIR

1 Co 15, 50-57 ; Jn 6, 48-59

Samedi de la troisième semaine de Pâques – A

(12 mai 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

N

 

ous connaissons très bien ces quelques paroles du Seigneur Jésus, peut-être même les avons-nous écoutées un peu à la légère, habitués depuis trois ou quatre jours à lire cet évangile du chapitre sixième de saint Jean. Cependant elles portent en elles une extrême gravité, elles portent en elles une pesanteur et un poids que, peut-être, notre communion régulière si ce n'est quotidienne, nous fait souvent oublier. Ce n'est pas étonnant que les juifs, en entendant de telles paroles, de tels mots, aient dit entre eux : "Comment un homme peut-il donner à manger ?" C'est tout à fait inacceptable et tout à fait impossible et ce n'est vraiment pas désirable.

Si le Christ, qui est un homme, peut donner sa chair à manger, c'est parce qu'Il est le Fils de Dieu, qu'Il est la source de toute vie, qu'en Lui toute créature trouve sa vie, son mouvement, son être, sa nourriture, sa croissance. Si le Christ peut donner sa chair à manger c'est parce qu'Il est venu, en tant que Fils de Dieu, prendre la chair de l'homme, pour que cette chair de l'homme ne soit pas pour lui un poids de condamnation, un poids de séparation d'avec Dieu, mais qu'au cœur même de sa chair, il puisse retrouver cette vie, cette communion intime avec le Père, qu'en communiant à la chair du Christ, il puisse demeurer, comme le Christ, avec le Père.

Ces paroles du Christ sont graves également parce qu'elles mettent dans notre horizon immédiat une réalité qui nous paraît souvent lointaine, voire assez floue, si ce n'est vague : celle de notre propre résurrection. "Celui qui mange ma chair et boit mon sang, je le ressusciterai au dernier jour !" Ceci veut dire que chaque fois que nous prenons part au repas du Seigneur, pour consommer son corps et son sang, s'inscrit en nous la puissance réelle, efficace, féconde de cette résurrection finale. Chaque fois que le Christ nous donne sa chair à manger, voici que notre propre chair, tout notre être humain, esprit, corps et âme, est marqué de ce poids, de cette pesanteur de la Résurrection. Non pas pour nous écraser, mais justement pour nous élever vers la Pâque du Christ. Et, de jour en jour, de dimanche en dimanche, le centre de gravité de notre vie se déplace insensiblement parce que nous ne sommes pas attentifs à l'œuvre de la grâce en nous. Il se déplace, à l'intérieur même de notre chair, à l'intérieur même de notre vie humaine, à l'intérieur même de notre temps, de notre histoire. Il se déplace et nous conduit vers un autre temps, vers un autre jour, vers une autre chair, vers une autre histoire qui est celle du Christ, qui sera totalement accomplie pour nous, au jour de notre résurrection.

Alors, si cette communion quotidienne à la chair du Christ est si importante, il faudrait que nous puissions, au moins aujourd'hui, prendre une conscience plus vive avoir un sentiment plus aigu de ce vers quoi, insensiblement peut-être mais de façon inéluctable, elle nous conduit. Chaque jour nous penchons un peu plus de ce côté vers lequel nous tomberons, dans la mort et dans la résurrection. Chaque jour le corps du Christ vient poser son sceau, sa marque de vie, de nourriture, de croissance, d'unification, d'harmonie, dans notre propre être. Et, petit à petit, il ressemble ainsi à l'image selon laquelle il a été créé, le visage du Christ. Petit à petit, notre vie se déplace, le centre de gravité nous échappe parce qu'il n'est pas dans nos mains, il n'est pas dans notre compréhension humaine, il n'est pas dans nos responsabilités ou dans ce que nous pensons être notre liberté. Il est dans cette responsabilité du Christ qui répond de nous, quant à notre vie éternelle. Il est dans cette liberté du Christ qui inscrit, qui grave sa propre liberté dans la nôtre. Et ainsi, lentement mais de façon profonde, de façon en même temps très belle au regard de Dieu même si souvent cela nous échappe, nous avançons et nous coulons doucement vers cette Résurrection, jusqu'au jour où, quelles que soient les circonstances matérielles, événementielles de notre vie, ce centre de gravité se sera tellement déplacé que tout notre être basculera dans cette résurrection avec le Christ. A ce moment-là, nous comprendrons vraiment cette parole du Christ : "Celui qui mange ma chair et boit mon sang, je le ressusciterai au dernier jour !"

Que cette nourriture, que cette boisson fassent grandir en nous la foi en la réalité de cette parole de Jésus, fassent grandir en nous la charité pour le corps même du Christ qui va se faire nôtre, fassent grandir en nous l'espérance que cette gloire promise, nous l'avons déjà en prémices.

 

AMEN

 
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