AU FIL DES HOMELIES

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CELA VOUS SCANDALISE ?

2 Co 4, 8-14 ; Jn 6, 51+60-69

Samedi de la troisième semaine pascale – C

(19 avril 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

ela vous scandalise et quand vous verrez le Fils de l'Homme monter là où Il était aupara­vant". Dans ce discours que Jésus tient après la multiplication des pains, il y a déjà la perspective de sa propre mort. Manger la chair du Fils de l'Homme, boire son sang, c'est accepter que Celui-là même qu'on prend pour le Roi qui donne la vie, que l'on prend pour un messie, un sauveur d'Israël, envisage sa propre mort. Et si, à partir de ce moment-là, des foules vont se retirer de la suite de Jésus, c'est en partie parce que la perspective de cette mort se fait de plus en plus présente et de plus en forte dans les paroles de Jésus et dans ses actes, car le Fils de Dieu s'est incarné sur la terre pour faire face à la mort de l'homme.

C'est cela que nous croyons. Nous croyons que si Jésus est venu parmi les hommes, c'est parce que l'homme, par son histoire, par sa condition de pécheur, était marqué par cette mort, à la fois cette mort physique mais aussi cette mort spirituelle qui nous ronge le cœur et qui nous use et qui nous détruit. Et si le Fils vient, c'est précisément parce qu'Il ne veut plus que la loi de la mort soit la loi de notre cœur et de notre vie. Et même si les foules l'abandonnent en se détournant de Lui, même si elles ne croient pas à sa Parole, Il sait que le seul moyen d'atteindre l'homme dans sa mort c'est d'y entrer Lui-même. Et c'est pour­quoi notre foi chrétienne a une telle audace, une au­dace qui ne vient pas de l'homme mais qui vient véri­tablement de Dieu. C'est parce que Jésus, le Fils de Dieu, a eu l'audace d'entrer dans la mort de l'homme, que nous pouvons dire que nous sommes des croyants, que nous pouvons confesser de la même manière que Pierre : "Seigneur, à qui irions-nous ?" c'est-à-dire, en réalité nous ne pourrions que marcher vers la mort, mais nous savons que Toi, Tu es venu au-devant de nous et que Tu nous as ouvert Ton Royaume, par la Parole de la vie éternelle.

C'est cela le grand mystère de notre foi. Notre regard est double. C'est un regard à la fois lucide et terrible sur notre propre mort ou sur la mort des au­tres. Nous savons que notre foi ne nous fait pas échapper à la réalité même de la mort : c'est le mys­tère de notre propre existence qui, du point de vue humain, est si opaque, si sombre et si épais, que nos yeux humains n'y voient rien, sinon la brisure et la tristesse que cela peut créer en nous. Et cependant ce que nous croyons, dans un regard plus profond, qui ne vient pas de nous mais qui vient vraiment du Sei­gneur, dans cette épaisseur de la réalité de la mort qui travaille au cœur de notre vie, pas simplement quand nous mourons mais à tout moment, nous croyons qu'il y a une autre réalité qui commence invisiblement mais réellement, à travailler et à transfigurer cette pauvreté et cette fragilité que nous sommes. Et le premier à avoir confessé cela de son Seigneur, c'est Pierre."A qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle !"

Et alors Jésus reconnaît le choix de tendresse et de miséricorde de son Père qui, à travers la confes­sion de Pierre, enveloppe tous les hommes. "C'est l'Esprit qui vivifie". S'Il est venu, c'est pour répandre cet Esprit au cœur de nos morts et de notre mort. S'Il est venu nous apporter la Parole de vie, c'est pour que nous ressuscitions avec Lui, au dernier jour. Et cha­que fois que les chrétiens s'assemblent pour l'eucha­ristie, recevant le corps et le sang de Jésus, ils reçoi­vent une nourriture et un breuvage de résurrection. Ils sont petit à petit, transfigurés, saisis par la puissance même de la vie éternelle. Que notre cœur, à chaque eucharistie, soit affermi dans cette espérance.

 

AMEN

 

 

 
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