AU FIL DES HOMELIES

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JE LE RESSUSCITERAI

1 Co 15, 50-57 ; Jn 6, 48-59

Samedi de la troisième semaine de Pâques – A

(9 mai 1987)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

A

travers les deux textes que nous avons en­tendus, nous avons comme en raccourci tout ce qui fonde notre espérance chrétienne en face du mystère du Christ Ressuscité.

Nous avons d'abord cette certitude exprimée par Paul : "Il faut que cet être corruptible que nous sommes, revête l'incorruptibilité, et que cet être mor­tel revête l'immortalité." La mort est toujours cette expérience du dépouillement de soi-même, de tout ce que nous avions de vie, de richesse humaine et spiri­tuelle, elle nous apparaît toujours comme ce dépouil­lement radical de nous-même dans lequel il ne nous reste plus rien.

Et pourtant les chrétiens, depuis le jour où le Christ est ressuscité, n'ont jamais cessé d'affirmer que dans ce dépouillement même le chrétien était revêtu d'immortalité. Le cœur même de notre foi consiste à croire que Dieu Lui-même veut nous revêtir de sa gloire, qu'Il veut être la splendeur de notre éternité. Il veut être notre gloire, le vêtement désignant toujours ce resplendissement d'un être. Et c'est précisément tout cela le mystère que saint Paul veut évoquer à ses chrétiens de Corinthe quand il leur dit : Lorsque nous sommes confrontés à la mort, ce n'est pas simplement un mystère par lequel nous serions arrachés à nous-même, mais c'est le mystère par lequel nous sommes enfin rendus à nous-mêmes, par l'amour de Dieu, car il n'y a que Dieu qui puisse faire cela.

Mais ce mystère par lequel nous sommes rendu à nous-mêmes par l'amour miséricordieux et le pardon de Dieu, ce mystère même a, dès ici-bas, un commencement. C'est précisément celui que Jésus enseignait aux foules qui l'avaient suivi dans la syna­gogue de Capharnaüm. "Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour." Jésus situe explicitement le fait qu'un jour nous serons revêtus de sa gloire et de sa vie, le fait qu'un jour, nous serons rendus à nous-mê­mes tels que nous sommes, en référence à ces mo­ments de notre vie où nous recevons son corps et son sang. Pourquoi, de dimanche en dimanche, l'Église se rassemble-t-elle pour l'eucharistie ? C'est parce que en célébrant le mystère du corps et du sang du Sauveur, ce corps livré, ce sang versé, donné pour nous réelle­ment dans une chair d'homme, Jésus de Nazareth, ressuscité, glorifié réellement le troisième jour au matin de Pâques, c'est parce que dans ce mystère-là, dans ce signe apparemment dérisoire de prendre un peu de pain, de boire un peu de vin, nous sont donnés ces premiers moments de la reconstitution de nous-même. L'eucharistie c'est le moment où commence, en nous, l'œuvre de la résurrection du Christ pour nous et en nous. L'eucharistie, ce signe du pain et du vin, c'est le moment où, le recevant, nous commen­çons à laisser Dieu agir en nous pour nous rendre vraiment à nous-mêmes.

C'est pour cela que l'eucharistie est toujours mémoire de ce qui s'est passé (Jésus-Christ mort et ressuscité), proclamation de ce qui est à venir (nous ressusciterons pleinement un jour avec Lui dans la gloire quand Il reviendra) et proclamation de ce qui se passe maintenant (nous sommes engagés dans ce pro­cessus même de résurrection). Ce geste par lequel Dieu nous rend à nous-mêmes est déjà, dès mainte­nant, ici-bas, commencé. C'est ainsi que nous sommes vraiment le corps du Christ. En mangeant son corps et son sang, nous devenons véritablement ce que Dieu voulait que nous soyons de toute éternité. Nous com­mençons à devenir vraiment, dans le Christ, ce que Dieu veut que nous soyons pour toujours. C'est notre visage d'éternité qui commence petit à petit à se fa­çonner, à prendre chair, à prendre gloire.

Que chaque fois que nous sommes rassemblés pour l'eucharistie, chaque fois que nous proclamons : "Seigneur, nous annonçons ta mort et ta résurrec­tion!" que ces paroles se gravent en nous car cette mort et cette résurrection ne sont pas simplement des choses qui se sont passées en dehors de nous, mais c'est la manière dont Dieu a voulu que, petit à petit, par la mort et la résurrection de son Fils, par son corps et son sang à nous réellement communiqués à chaque eucharistie, commence en nous ce processus de résur­rection inaugure par le baptême et qui se déploie et qui s'approfondit et qui nous transfigure, "de jour en jour et de gloire en gloire" comme le dit saint Paul, pour que nous devenions vraiment les membres du Christ Ressuscité, enfin rendus à nous-mêmes, tels que Dieu le voulait pour nous, de toute éternité.

 

AMEN

 

 

 
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