AU FIL DES HOMELIES

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CORRUPTIBLE MAIS INCORRUPTIBLE

1 Co 15, 35-44 ; Jn 6, 35-47

Samedi de la troisième semaine du temps pascal – A

(5 mai 1990)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

epuis tout temps, le dessein de Dieu, en son conseil trinitaire, en son secret le plus intime était de rejoindre l'homme dans la vie qu'il menait, afin de transformer cette vie qui avait un terme "cette vie corruptible" comme le dit saint Paul en une autre vie. Lorsque Dieu a créé l'homme à son image, l'imaginant dans ce dessein d'amour qui avait motivé son cœur, Il pensait que l'homme ferait un chemin pour rejoindre Dieu. Et dans une liberté toute spontanée et joyeuse l'homme s'élancerait, heureux, vers l'achèvement de cette création à laquelle il était destiné et retrouverait ainsi la totale image que Dieu avait conçue et pensée pour lui. L'affaire commence bien, mais il s'avère vite que l'homme a quelque petite idée sur cet élan joyeux et amoureux. Il a mis du temps pour rejoindre Dieu et Dieu a dû multiplier et redoubler son invitation. Et voyant que cette invita­tion, Dieu a choisi un peuple parmi les peuples de ce monde, en choisissant Israël, Il lui envoie des pro­phètes pour rappeler son message sublime et puissant, son amour de Dieu. Mais l'homme est resté un peu sourd dans son infidélité, restant comme un boiteux sur le chemin de la vie éternelle qui lui était promise.

Enfin Dieu a envoyé son Fils afin qu'il par­tage notre vie et vienne nous prendre à l'endroit où nous sommes restés sur place. Et l'Incarnation du Fils nous prend, nous saisit à l'endroit où nous sommes dans notre vie quotidienne. Plus loin encore que l'In­carnation et comme en prolongement de la volonté de Dieu de venir partager notre chair humaine, il aurait pu, après son départ de cette terre, après son Ascen­sion, choisir de nous donner quelques moyens pour entrer en communion avec Lui, quelque image, quel­que idée, quelque symbole qui pourrait nous permet­tre, tout au long des siècles qui suivent l'Incarnation de Dieu de retrouver la trace, la pensée ou la présence de ce Jésus-Christ.

Mais la logique de Dieu est si implacable qu'Il a voulu aller jusqu'au bout de l'Incarnation, du Verbe qui prend chair humaine. Comme le dit l'évan­gile, Il a voulu que "rien ne se perde." C'est dire que non seulement Il a voulu partager notre vie humaine, mais Il a voulu encore que cette chair humaine soit l'occasion d'un ensemencement et que notre corps, aussi corruptible soit-il, aussi précaire nous apparaît-il, soit l'occasion de cette éternité promise depuis longtemps. Loin de considérer qu'il fallait séparer en l'homme ce qui est corruptible et ce qui est incorrup­tible, comme nous le faisons en séparant brutalement l'âme et le corps, il en a fait une réalité plus solide encore puisque dans cette unité qui est âme et corps Il fait descendre, par ce pain et ce vin, l'âme et le corps de Jésus.

Alors, lorsque nous pensons presque instinc­tivement à notre corps, nous le pensons dans son côté précaire, corruptible, qui va essuyer la maladie, qui va aller à la mort. C'est une façon un peu fausse de rai­sonner car nous l'empêchons de participer à cette éternité à laquelle notre corps est promis. Il vaudrait mieux raisonner en disant : ce que nous voyons du corps aujourd'hui ce n'est que l'écorce d'un corps plus condensé qui serait au centre de même qu'une graine tombée en terre comporte les téguments qui l'entou­rent, téguments appelés à mourir pour que la graine puisse germer. De même que ce qui entoure la graine lui permet de se développer, de même cette écorce apparente que nous connaissons protège notre être intime qui est appelé à la Résurrection. C'est pour cela que le Seigneur va au bout de sa logique personnelle pour nourrir réellement et non pas fictivement, ou comme on dit parfois symboliquement, ce corps qui est le nôtre afin qu'une fois nourri, ce corps arrive à la fécondité à laquelle il est appelé.

Ainsi, loin de séparer la destinée spirituelle et la destinée purement corporelle, l'une et l'autre fina­lement se détachant pour réaliser cette union difficile, le Seigneur a comme but de tenir solidement unie toute notre unité d'être à laquelle notre corps parti­cipe. C'est pourquoi nous avons entendu dans l'évan­gile l'annonce du pain qui descend du ciel, d'un pain que nous allons réellement mâcher. Et au moment de la Cène il nous parlera du vin qui coulera sur nos lan­gues, sur nos bouches et réellement nourrira notre être intérieur. C'est ce qu'on peut souhaiter à Adrien et à nous tous en ce jour où nous nous réconcilions avec ce dessein de Dieu, en reprenant la vision de ce que Dieu veut pour nous et pour notre vie, car l'ensemble de notre vie participe et participera totalement à cette vie éternelle et ce qui paraît faible aujourd'hui dans ce qui est semé ressuscitera dans la force et la puissance de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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